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Marie de l'Incarnation

L'histoire des Ursulines de l'Union canadienne commence avec l'arrivée de Marie de l'Incarnation en Nouvelle-France au 17e siècle.

À Tours, en France, le 28 octobre 1599, chez Florent Guyart, maître-boulanger, et Jeanne Michelet, naît une fille, quatrième d'une famille qui comptera huit enfants. Devant ce berceau, les parents ne peuvent absolument pas se douter combien leur fille porte les germes d'une riche personnalité. Avec le temps, se révéleront un cœur généreux, une intelligence vive, une force de caractère peu commune. Sa vie spirituelle et mystique s'incarnera d'abord dans sa famille et chez les pauvres de son entourage.

En France

Premier appel

D'abord à sept ans, dans son sommeil, l'enfant voit le ciel s'ouvrir et Jésus venir vers elle et l'embrasser. Veux-tu être à moi? Oui! Une question et une réponse qui tracent, dès l'enfance de Marie, une trajectoire dans laquelle elle marchera sans jamais revenir sur sa parole. Chez la fillette, ce rêve stimule le goût du bien, le désir d'union à Dieu et l'ouverture aux autres.

Épouse et mère

À l'âge d'environ quatorze ans, Marie Guyart confie à sa mère son désir d'entrer au couvent, mais sa famille la croit trop joyeuse pour ce genre de vie. Alors, selon la coutume du siècle, ses parents choisissent Claude Martin, un maître ouvrier en soie, comme époux pour leur fille.

Le couple connait la joie de la naissance d'un fils: Claude.

Le décès prématuré de son époux laisse Marie veuve à 19 ans avec un enfant de six mois. Elle hérite alors d'une fabrique en faillite. Douée pour les affaires, elle liquide le commerce familial. Puis, acceptant l'invitation de son père de retourner chez lui, elle se retire à la maison paternelle dans la solitude et la prière. Pendant environ un an, pour gagner sa vie et subvenir aux besoins de son fils, elle s'adonne à des travaux de broderie, art dans lequel elle excelle. Le voeu de chasteté qu'elle prononce alors coupe court aux avances de ceux qui lui proposent un remariage. 

Servante et chef d'entreprise

Par la suite, la jeune femme accepte la demande d'aide de sa soeur et de son beau-frère, Paul Buisson, propriétaire d'un commerce de transport par eau et par terre. Ce dernier, selon les habitudes sociales de l'époque, héberge ses nombreux employés.

Marie s'occupe d'abord des cuisines, des chambres, du soin des blessés et des malades. Son talent pour le négoce est plus tard largement exploité par son beau-frère. Elle raconte: Je passais presque des jours entiers dans une écurie qui servait de magasin, et quelquefois il était minuit que j'étais sur le port à faire charger ou décharger des marchandises. Ma compagnie ordinaire était des crocheteurs, des charretiers, et même cinquante à soixante chevaux dont il fallait que j'eusse le soin.

Dans le va-et-vient de tant d'employés et de clients, en mère responsable, Marie veille à donner une éducation solide à son fils. Pourtant débordée de de tous côtés, son désir de devenir religieuse est de plus en plus ardent. Elle prend le temps de prier et de se rendre chaque jour à la messe paroissiale. Le Seigneur la favorise de profondes expériences spirituelles et un jour, il lui signifie qu'il est l'heure pour elle d'entrer en religion.

Vocation éprouvée

Marie voit alors son amour maternel mis à rude épreuve: doit-elle quitter son fils pour se faire religieuse? Elle consulte afin de faire valider l'authenticité de sa vocation. Les objections sont nombreuses, mais l'appel demeure si fort qu'au delà du coeur et de la raison, elle décide d'entrer chez les Ursulines. De leur côté, sa soeur et son beau-frère, s'engagent à s'occuper de Claude comme de leur propre fils.

Pourtant, après son entrée au couvent, parents et voisins, gagnant facilement Claude à leur idée, tentent de dissuader Marie. Mais ils ne réussissent pas à décourager la novice. Elle est rassurée lorsque les Jésuites proposent d'accueillir Claude à leur collège.

Second appel

Entrée au monastère des Ursulines de Tours en 1631, Marie franchit les étapes de la formation. On lui confie des travaux de broderie pour l'autel ; ensuite, elle s'occupe des jeunes filles pensionnaires. Après ses voeux, elle seconde la responsable de formation des novices.

Dans les jours qui suivent Noël 1634, un second rêve laisse la religieuse songeuse. Sur un chemin montant, étroit et plein d'obstacles, Marie avance en tenant une jeune dame par la main. Elles se retrouvent devant une grande place. Là, un inconnu leur indique de la main la direction à prendre. Dans un vaste pays, plein de brumes et de brouillards, apparaît une petite église, seule lumière dans les ténèbres environnantes. Assise au sommet de l'église, la Vierge tient Jésus dans ses bras. À trois reprises, la divine Mère parle à Jésus, puis embrasse Marie qui lui tend les bras. À son réveil, l'Ursuline croit que les échanges entre la mère et l'enfant portent sur un projet qui la concerne.

Bientôt, le Seigneur confirmera son intuition : Je veux que tu ailles au Canada construire une maison à Jésus et à Marie. En 1639, le chemin qui la conduira en un pays autant pitoyable qu'effroyable ressemblera étrangement au dur sentier parcouru dans son rêve.

À partir de ce moment, sa prière et son zèle font éclater les frontières et la portent à accompagner les missionnaires: Je fais en esprit le tour du monde pour chercher toutes les âmes rachetées du sang très précieux de mon divin Époux.

 

 

Marie de l'Incarnation en Nouvelle-France

Entreprise nouvelle et périlleuse

Le 19 février 1639, Madame de la Peltrie, accompagnée de M. de Bernières, administrateur de ses biens, se présentait au Monastère des Ursulines. Elle désire partir pour le Canada. Elle a appris à Paris qu'une Ursuline de Tours le désirait aussi.

Étonnée, Marie de l'Incarnation reconnaît dans la visiteuse la dame qu'elle tenait par la main dans le songe de 1634.

D'étonnement en étonnement, les obstacles se lèvent, des réseaux se tissent, et des ressources financières sont assurées grâce à la générosité de Madame de la Peltrie. Soeur Marie de Saint-Joseph, âgée de 22 ans s'offre à partir avec elles.

Toutes autorisations accordées, le 28 février 1639, les deux religieuses, Mme de la Peltrie et Monsieur de Bernières se rendent d’abord à Paris conclure des arrangements contractuels avec la Compagnie des Cent-Associés qui gèrent la Nouvelle-France, et des ententes avec les Pères Jésuites, responsables de l'Église en Nouvelle-France. De son côté, Madame de la Peltrie met la dernière main à l'héritage reçu au décès de son mari. Malgré la forte opposition de sa parenté, elle consacre une large mesure de sa fortune à fonder au Canada un séminaire pour l'éducation des filles sauvages.

Les affaires étant réglées, elles se rendent à Dieppe et attendent les vents favorables pour l'embarquement. Les Ursulines profitèrent de l'hospitalité des Ursulines de l'endroit. À la grande joie de Marie de l'Incarnation, l'une d'elles, Soeur Cécile de Sainte-Croix, accepte de se joindre aux missionnaires. Le voilier, le Saint-Joseph, lève l'ancre le 4 mai 1639.

Le voyage dure trois mois. L'eau douce contaminée peu après le départ de France, la soif se fait vite sentir. De fortes et longues tempêtes donnent le mal de mer. Pire encore, tous croient leur mort arrivée quand l'embarcation frôle un iceberg. 

Le premier août 1639, après des transbordements à Tadoussac et à l'Ile d'Orléans, on débarque enfin à Québec. La forêt à perte de vue, un pays couvert de brouillards, un sentier abrupt et rocailleux: le rêve de 1634 revient à la mémoire de Marie de l'Incarnation. 

Lire le récit de voyage de Cécile de Sainte-Croix

Une communauté. Un monastère.

La petite colonie accueille les nouvelles venues avec tous les honneurs. Les trois Ursulines et Mme de la Peltrie sont conduites à un logis situé à deux pas du port: deux chambres, une cave et un grenier. Au-dessus, le magasin de la Compagnie des Cent-Associés. Elles admiraient les étoiles par les fentes du logis.

À peine ont-elles mis pied sur la terre ferme, que colons français et amérindiens viennent présenter leurs filles pour les faire instruire. Pendant les trois premières années au pays, elles vivent dans la promiscuité et assurent la vie régulière: office divin et messe, cuisine, enseignement, études des langues, soins des petites filles des bois, etc. De plus, dans un parloir improvisé, les religieuses reçoivent les parents, les gens de la colonie, les Jésuites et le Gouverneur.

Il devient urgent de bâtir un monastère pour répondre le plus adéquatement possible à la mission des Ursulines en Nouvelle-France. Marie de l'Incarnation obtient l'autorisation du Gouverneur de faire construire un bâtiment au lieu qui lui semble le plus à l'abri de la menace des Iroquois. L'Ursuline prépare plans et devis, embauche des ouvriers, surveille de près la construction.

Mais les dettes s'accumulent et il faut trouver des ressources. Comme les Ursulines ont reconnu la Vierge Marie comme première et principale Supérieure de la communauté, Marie de l'Incarnation s'en remet totalement à elle et affirme ressentir sa fidèle et sensible présence du début à la fin de l'entreprise.

Le 21 novembre 1642 la communauté déménage au monastère et bientôt, le pensionnat déborde d'enfants.


Premier monastère des Ursulines de Québec

 

Incendie et reconstruction

Or, un malheur s’abat bientôt sur la petite communauté. Une soeur ayant oublié d'éteindre les braises, placées sous la huche pour empêcher la pâte à pain de geler, le feu enflamme la huche et rapidement tout le monastère. Religieuses et pensionnaires sont sauvées de justesse, alors que Marie de l'Incarnation s'empresse de jeter par la fenêtre les papiers de la communauté avant de sortir rejoindre ses soeurs. Celles-ci sont à peine vêtues, la plupart pieds nus dans la neige. En cette nuit du 31 décembre 1651, s'inclinant devant Dieu les Ursulines chantent les louanges du Seigneur.

Toute la colonie apporte vêtements et couvertures pour secourir les religieuses. Pendant les trois semaines qui suivent, les soeurs hospitalières, bien que pauvres comme la plupart des colons, reçoivent les sinistrées à leur couvent et leur fournissent vêtements et nourriture. Les Ursulines viennent ensuite loger dans une petite maison que Madame de la Peltrie s'est fait construire près du monastère. À nouveau, elle connaissent la promiscuité et la disette.

Les autorités civiles et religieuses et les colons, croient inévitable le départ de la communauté réduite à la mendicité. Marie de l'Incarnation et ses compagnes ne partagent pas cet avis puisqu'elles sont venues pour rester.

La dette du premier monastère est loin d'être éteinte. Reconstruire sur les fondations exige un acte de foi en la Providence et un nécessaire recours à l'aide. Encouragées par la demande insistante des parents français et amérindiens et plus encore par leur foi indéfectible en Dieu, les Ursulines décident de rester au pays. L'été venu, en retournant en France, les matelots se chargeront du courrier relatant la pénible épreuve. Les secours risquent de venir un an plus tard.

Dès la fonte des neiges, Marie de l'Incarnation accepte de diriger la reconstruction. Les Ursulines n'attendent pas l'achèvement de l'aménagement intérieur pour occuper les lieux.

Marie de l'Incarnation porte de grandes responsabilités, alternant les rôles de supérieure, d'assistante, d'économe de la communauté et de maîtresse des novices. Elle réussit à apprendre quatre langues autochtones, compose des dictionnaires, participe à l'éducation des enfants et des adultes et partage les tâches domestiques.

Mais où trouve-t-elle les ressources pour nourrir la maisonnée, vêtir les petites pensionnaires amérindiennes, payer ouvriers et matériaux et porter le poids d'énormes dettes? Tandis qu'elle en remet toute la gloire à Dieu et à la Vierge Marie, ses contemporains crient Miracle! 

Relations épistolaires

Marie de l'Incarnation entretient une vaste correspondance d'affaires et d'amitié avec la France. Ses lettres constituent une mine d'informations sur l'histoire des premières décennies de la colonie.

En mère aimante, elle écrit des lettres touchantes à son fils devenu moine bénédictin. Elle sait répondre avec sagesse et avec une étonnante clarté aux conseils sollicités par le jeune religieux. En 1654, à la demande instante de Claude, elle recommence à écrire l'histoire des grâces de Dieu dans sa vie, la première copie ayant péri dans l'incendie de 1651. Entre ces deux êtres qu'un océan sépare, l'amour d'un même Seigneur les garde intimement proches grâce a une correspondance assidue.

La lumière du soleil est disparue quand Marie trouve le temps d'écrire. Alors, tard dans la nuit, les chandelles de suif malodorantes et fumantes, s'éteignent quand sa main ne peut plus tenir la plume. Après quelques heures de sommeil, à la levée du jour, Soeur Marie de l'Incarnation rejoint la communauté pour le chant de l'office divin, l'oraison et la messe. Puis, unie à Jésus, en collaboration avec ses soeurs, elle prend sa part du labeur pour bâtir une Église en Canada.

Vieillissement et décès

Une grave maladie menace d'emporter Marie de l'Incarnation en 1645. Une rémission lui laisse le temps d'une courte convalescence. Sournoisement, le mal continue son chemin. Elle écrit à son fils en 1657 : L'extrémité où je me suis trouvée dans ma maladie m'a fait concevoir plus que jamais qu'il faut travailler pour Dieu, et pratiquer fortement la vertu quand on est en santé, surtout qu'il faut conserver sa conscience nette et pure. Malgré un courage hors du commun qui la garde active, les dernières années voient sa santé grugée par la douleur du mal dont elle ne s'est jamais entièrement remise.

Jusqu'aux dernières heures, elle manifeste sa tendresse aux petites Amérindiennes qu'elle appelle les délices de son coeur. Elle reçoit en toute lucidité le sacrement des malades, demande pardon à son entourage et remercie ses soeurs de leurs charités à son égard. Elle les encourage à rester fidèles à leur vocation missionnaire. Elle fait ses adieux à son fils dans une dernière lettre. Puis, le 30 avril 1672, entourée des Ursulines, qu'elle a aimées et servies, elle part rejoindre son Grand Dieu.

Dans la nécrologie envoyée aux Ursulines des monastères de France, on lit : Tant de rares vertus et excellentes qualités qui ont éclaté en cette chère défunte nous donnent grand sujet de croire qu'elle est hautement placée dans la gloire. Et de l'abbaye bénédictine dont il était prieur, Claude écrit : Dieu n'a pas voulu que l'amour seul ait séparé son âme de son corps; il y a voulu joindre la souffrance, afin qu'elle mourût, à l'imitation de son Époux, d'amour et de douleur tout ensemble.

Le 20 juin 1980, le Pape Jean-Paul II, déclare Marie de l'Incarnation bienheureuse.

Elle est canonisée par le Pape François, le 3 avril 2014, alors que les Ursulines célèbrent le 375e anniversaire de son arrivée en ce pays.

Entendre la chanson de Robert Lebel composée lors du 400e anniversaire de naissance de Marie de l'Incarnation.  

Consultez la biographie dans le dictionnaire biographique du Canada

Le tombeau de Marie de l'Incarnation

Les restes de sainte Marie de l’Incarnation reposent au Monastère du Vieux-Québec. Vous êtes invités à visiter ce lieu de recueillement.     

Attenant à la Chapelle des Ursulines de Québec, 18 rue Donnacona, le tombeau de Marie de l'Incarnation constitue une oasis de prière pour les gens du milieu, les groupes de pèlerins et les touristes de tous pays. 

Coordonnées

418 692-2523
18 rue Donnacona, Vieux-Québec, 

Horaire 

Ouvert de:
Mai à octobre de 10h30 à 16h30
Novembre à avril samedi et dimanche de 12h30 à 16h30

et sur demande en d'autres temps

Centre Marie-de-l'Incarnation

Le Centre Marie-de-l’Incarnation a ouvert ses portes le 10 mai 2011. Ce lieu d’interprétation est un espace de transmission de l’héritage de sainte Marie de l’Incarnation. Apprenez-en plus sur la vie, les écrits et les expériences spirituelles de cette femme exceptionnelle.

Coordonnées

6 rue du Parloir, Vieux Québec
418 692-2523

Responsable : Sr Lise Munro

Horaire 

Ouvert de mai à octobre de 10h30 à 16h30
et sur demande en d'autres temps.