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Commentaires d’évangile avec Sr Rita Gagné

Pistes de réflexions en lien avec des textes évangéliques que vous suggère Soeur Rita Gagné OSU

Commentaires inspirés des évangiles

«La volonté du Père, écrite en notre chair, s'appelle désir de vivre. Jésus sait que ce désir qui nous tenaille rebondit toujours. »
(Commentaire du texte d'évangile: Jean 6, 37-40)

Je n'ai personne! - Jn 5, 1-18

Un missionnaire tout juste revenu d'Afrique me partageait son observation sur la pauvreté. Ici, me disait-il, les gens jugent qu'être pauvre c'est n'avoir rien; en Afrique, ils expérimentent que c'est n'avoir personne. «Je n'ai personne» répondit un homme paralysé depuis trente-huit ans quand Jésus lui a demandé s'il voulait guérir. C'est une des réponses humaines parmi les plus tristes des évangiles.

C'est peut-être ce que Jésus veut nous dire en vantant, dans l'évangile d'aujourd'hui, un homme qui a tout fait pour ne pas se retrouver seul un jour. La «une» de l'actualité ne manque pas de nous faire connaître de ces gens fort habiles à s'assurer de «bons contacts» en donnant des pots-de-vin, quitte à tromper pour y arriver! Malhonnêtes peut-être, mais plus habiles, dit Jésus, que des gens pourtant mieux éclairés, car ils le font pour se faire des amis qui, un soir de fin de règne, pourront les accueillir chez eux.

Nous faire des amis avec l'argent, c'est sentir d'une certaine manière que l'argent ne peut rien nous garantir, qu'il est vain de lui asservir notre vie, encore moins nos amours. Un jour vient où nous ne pouvons compter que sur la relation avec les autres et, en définitive, avec Celui qui est source de nos vies.

Au fond, le gérant dont Jésus nous parle aujourd'hui avait, en secret, un autre dieu que l'argent. Il comptait plus sur la relation qui demeure que sur l'argent qui passe. Jésus nous invite donc à servir un autre Dieu que l'argent, à devenir des êtres-de-relation, à prendre soin de la relation, à la nourrir, à la guérir s'il le faut, même à investir dans cette assurance contre l'isolement. Heureux qui, honnêtement, met son argent au service des relations, il est au service d'un autre Dieu!

Pauvre histoire de riche! - Lc 16, 19-31

Ses biens lui appartiennent, pensons-nous, il peut donc les donner à qui il veut. Lazare n'était certes pas le seul à le solliciter!

Ce qu'on peut lui reprocher ? De n'avoir pas écouté son coeur mais ses sagesses à lui, ces mille raisons qui obstruaient la route entre son coeur et ses yeux l'empêchant ainsi de se laisser affecter par Lazare et de consentir à le regarder. Accueilli dans l'autre monde, le riche devient mendiant. Il supplie d'envoyer quelqu'un vers les siens espérant que la vue d'un «revenant» les ferait changer de conduite. Mais on lui répond qu'ils ont les prophètes et la Loi. Qu'ils les écoutent donc! Car quand bien même ils verraient un ressuscité, ils ne croiraient pas davantage, lui dit-on.

En fait, à la suite des premiers chrétiens, nombreux, hommes et femmes de partout, nous chantons Jésus ressuscité d'entre les morts. Et puis?

Dans saint Luc, Jésus ne cesse de nous inviter à écouter la Parole gravée en notre être profond afin que notre coeur, libre, se laisse toucher de compassion à la vue d'un frère ou d'une soeur pauvre et accepte de partager les biens reçus. «Écouter pour voir» et pour comprendre, par le fait même, que nos biens ne nous appartiennent pas tant que ça!

Heureuses les personnes attentives à écouter la Parole qui fredonne sa mélodie au fond de leur coeur bien avant qu'elles voient écrits les mots de sa chanson. Heureux qui écoute la Parole pour reconnaître ses accents dans ce que voient ses yeux ou touchent ses mains. «Maintenant, je vois la vie avec les yeux du coeur, je suis plus sensible à l'invisible», chante Jerry Boulet! Le rocker aurait-il, à ce point, écouté son coeur?

Augmente en nous la foi, mais quelle foi? - Lc 17, 5

J'allais parler de foi à des personnes dont plusieurs étaient handicapées intellectuellement. Je me demandais comment le faire pour que ce soit simple. Et je ruminais dans mon coeur cette parole : «si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde.»

Arrivée dans le groupe, j'ai demandé : «Est-ce que ça aurait fait pareil si Jésus avait parlé de la foi gros comme un grain de sable?» Une jeune femme m'avait spontanément répondu:« Ben non!» - Mais «pourquoi?» - «Parce que du sable, ça pousse pas!» Je n'ai jamais oublié cette réponse pleine d'une vérité toute simple.

J'ai compris que si j'avais la foi en la force invisible qui m'habite  et qui habite le monde gros comme une petite semence en celle qui l'habite, je serais témoin de montagnes déplacées ou d'arbres déracinés. Car quelques centimètres de terre sur un tout petit grain de moutarde, c'est, pour lui, une grosse montagne à déplacer! Non pas au bout de ses propres efforts bien sûr. Mais grâce 'la poussée de la puissance cachée en lui. Pensons au pissenlit qui fait craquer l'asphalte!

L'apôtre Paul dit qu'il ne sert à rien d'avoir une foi à déplacer des montagnes, ça peut même, être dangereux, si ce n'est par la foi en l'amour, germe divin enfoui dans les coeurs et qui, en levant, peut déplacer ou mieux déraciner nos empêchements d'aimer,même durcis comme le roc. Avoir la foi dans les sports, dans un compte en banque ou dans un dieu quelconque, ça fait déplacer des montagnes, on le voit! Et la foi en l'amour donc! Heureux qui sent ou voit, malgré le flot des mauvaises nouvelles, la vague de fond de l'amour et ses miracles quotidiens.

Où sont les neuf autres? - Lc 17, 11-19

Des dix hommes guéris, un seul revient vers Jésus et c'est un Samaritain, donc un «hors-la-loi» pour les Juifs.  Rien ne dit que les autres  ne sont pas allés au Temple remercier  Dieu pour leur guérison! Ce qui est bon à entendre c'est que le Samaritain, lui, est revenu sur ses pas dire merci à celui par qui la guérison est venue.

 

Chez-nous,  lundi  sera jour d'action de grâces. Nous pouvons en profiter pour louer Dieu de ce que nous sommes et de tout ce que nous avons. Mais peut-être Dieu nous soufflera-t-il de retourner sur nos pas et d'aller remercier les personnes par qui Il est venu nous visiter, nous faire un clin d'oeil, nous guérir peut-être.

 

 Il m'est arrivé d'inviter des personnes âgées à remercier pour leurs orthèses et leurs prothèses! Et à penser à tous ces jeunes, hommes ou femmes, qui consacrent des années à étudier qui l'oeil, qui le coeur, qui le psychisme, etc., désireux d'améliorer notre qualité de vie et le plus longtemps possible. Un jour, dit Jésus, Dieu lui-même les remerciera! Même s'ils ne savent pas que ce qu'ils font touche Dieu? Bien oui! Car, il nous l'a dit, ce que nous faisons au plus petit, Dieu le sent et le prend pour lui. 

 

Dire que notre Dieu se lie à chacun, à chacune de nous pour continuer à créer, prendre soin de l'humanité intimement liée à l'univers!  Il nous donne même, par son Souffle de vivant en nous, d'accomplir plus grand que ce que Jésus a fait, écrit saint Jean!

 

Retournons donc sur nos pas remercier une personne par qui nous est arrivé quelque chose de bon!  Dieu va sûrement cueillir pour lui ce signe de notre reconnaissance et voir que nous avons reconnu sa Présence!

Foi de veuve! Lc 18, 1-8

Au temps de Jésus, les veuves n'avaient aucun droit juridique. Mais les juges devaient, en toute justice, prendre leur défense. Ça faisait partie, pourrait-on dire, de leur code de déontologie, qu'ils respectent ou non Dieu et ses créatures.

Une veuve savait cela. Et elle a tenu tête puisque le juge était le seul habilité à la tirer d'embarras face à ses adversaires. Elle ne lui demandait pas ce que d'autres pouvaient lui donner par pitié ou compassion; elle lui demandait d'exercer ce pourquoi il était juge : rendre justice. Ennuyé par l'entêtement de la femme, le juge finit par céder, non de bon gré, mais pour avoir la «sainte paix»! Peu importe sa motivation, l'important c'est qu'il fasse ce qu'il est seul à pouvoir faire! Et que la femme soit sauvée!

Voilà la foi que Jésus espère trouver sur terre! Encore faut-il savoir et désirer ce que Dieu seul peut nous donner en toute justice. Dieu doit bien avoir son code de déontologie face aux humains que nous sommes! Surtout quand nous nous sentons comme «veuves» d'une part de nous-mêmes, d'un Dieu tellement discret, et seuls en face d'adversaires invisibles!

Quel recours nous reste-t-il  donc?  Rappeler à Dieu, à corps et à cri, qu'il doit nous faire justice.  Qu'il le fasse pour se débarrasser de nous s'il le faut! Mais, quand notre coeur esseulé n'a plus son dû, qu'il nous donne ce que lui seul peut nous donner pour continuer la route et vaincre les adversités.

Mais avons-nous cette foi ? Sommes-nous prêts à tout pour  vivre à notre meilleur? Dans l'évangile, souvent Jésus vante la foi des gens qui défoncent les toits et les lois pour obtenir ce que personne ne peut leur donner sinon Dieu! C'est leur foi têtue qui les sauve, dit Jésus. 

Telle prière, tel Dieu! - Lc 18, 9-15

Deux hommes, un Pharisien et un publicain, sont au Temple pour prier. C'est quand même bien, non! Mais que se passe-t-il donc pour que l'un revienne chez lui changé,  ajusté au meilleur de lui-même,  et l'autre pas?

Les deux prient sûrement bien mais on dirait qu'ils n'ont pas le même Dieu, donc pas la même prière. Ils ajustent leur prière chacun à son Dieu. En fait, les mots et les accents de nos prières  dévoilent  quel est le Dieu auquel nous  pensons nous adresser, n'est-ce pas!

Le Pharisien semble nourrir l'image d'un dieu qui en demande beaucoup,  qu'on lui en mette même plein la vue de sa bonne conduite. Un dieu qui ne dédaigne pas  la compétition et la comparaison entre les humains. Un dieu appelé, d'une certaine façon, à rendre gloire à celui qui le prie et à lui donner une  bonne note  ou la haute marche du podium. Évidemment, le Pharisien  ajuste sa prière à ce dieu-là.  Mais il ne peut que rentrer chez lui comme il en est venu, repu, complimenté, confirmé par lui-même.

Se jugeant en deçà du désir de son coeur qui est le meilleur de lui-même, à une bonne distance de la profondeur divine qui l'habite, le publicain s'adresse plutôt à un Dieu de qui seul il peut attendre ce qui donne de continuer à vivre debout, à avancer encore. Son Dieu est pressenti comme Présence vivante et il ajuste sa prière à ce Dieu-là!  Confiant, il étale la béance de sa soif et aspire à rencontrer Celui qui est aussi soif folle de réciprocité filiale ou amoureuse. Et il revient chez lui ajusté au désir de son coeur.

La prière n'est-elle pas la rencontre de deux soifs? Comment serait-elle autrement qu'échange vraiment mutuel dans la vérité!

Petit Zachée devenu grand! - Lc 19, 1-10

Pauvre petit Zachée! Quand je pense qu'on le présente encore, dans certaines célébrations, comme un pécheur! Ferait-on partie du groupe de ceux qui le jugent et récriminent en reprochant à Jésus de loger chez lui! Zachée ne dit-il pas lui-même : «Si j'ai fait du tort à quelqu'un...»?

Difficile pour un riche d'entrer dans le Royaume des cieux, avait dit Jésus. Mais il avait ajouté que rien n'est impossible à Dieu. Et voilà qu'aujourd'hui, Jésus lui-même s'invite chez un riche qu'il a cherché afin de sauver ce qui est perdu chez lui. Zachée cherche à voir qui est Jésus et il semble trouver qui il est lui-même. Peut-être était-ce son identité qui était perdue sous les étiquettes dont tous l'affublaient!

Que s'est-il donc passé dans le regard partagé entre Jésus et Zachée pour que la vieille cassette serinant ses notes accusatrices dans les coulisses ne soit plus entendue par le petit homme qui,  pour voir Jésus, avait dû prendre de l'altitude et qui, en ce jour, le reçoit à sa table basse?

Un regard partagé semble avoir suffi pour que Zachée découvre le meilleur de lui-même, son identité de fils «né pour aimer».  Et après avoir retrouvé en lui ce qui était perdu, il réalise que ses biens aussi sont perdus s'ils ne sont pas partagés. La libre circulation de l'amour déclenche chez lui la libre circulation des biens. Et des pauvres qui n'ont probablement pas vu Jésus reçoivent, ce jour -là, quelque chose de bon pour eux : pain, vêtements, etc...  Les mains s'ouvrent quand le coeur est touché!

Comment  croire que nous pouvons donner ce que nous sommes et ce que nous avons quand des étiquettes étouffent  le meilleur de nous-mêmes? Que de Zachée perdus faute de regard qui les sauve! 

Dieu des vivants! - Lc, 27-38

Comment parler de résurrection? Certains ne peuvent croire en la résurrection alors que d'autres y croient ferme.  Et que penser de la réponse de Jésus aux Sadducéens qui  le piègent avec  l'histoire de sept frères ayant eu, l'un après l'autre, la même épouse? Qui sera l'époux de cette femme dans le Royaume de Dieu, veulent-ils savoir.

Jésus s'adresse à notre coeur, il va sans dire. Croire avec lui en la résurrection, c'est pouvoir relire l'histoire des générations antérieures en  voyant Dieu naissant et agissant dans et par elles. C'est affirmer avoir notre origine en Dieu, recevoir de lui notre identité divine de fils et de filles tout en étant aussi enfants de ce monde.  Le Dieu de Jésus apparaît comme le Dieu des vivants puisque naître de Dieu c'est pouvoir vivre à jamais du souffle reçu en héritage. 

Si par grâce nous adhérons à cela, certaines relations sont donc propres à ce monde, comme le sont ces touchantes relations humaines qui passent le souffle et durent le temps d'une histoire. Mais une autre relation demeure à jamais : celle de la filiation divine qui nous fait frères et soeur les uns des autres. Le même souffle créateur nous unit aujourd'hui sur la terre comme toujours dans le ciel et il nous fait prendre sérieusement à coeur, au quotidien, la venue concrète d'une civilisation qui ouvre sur l'infini.

Jésus nous a promis sa présence jusqu'à l'accomplissement de l'histoire, mais il demeure lui-même un témoin impuissant au milieu de nous. La résurrection, comme la vie, n'est pas objet de démonstration mais d'expérience!  «Aime et tu vivras» chante la Loi du coeur! Qui pourrait séparer de l'Amour quiconque croit et quiconque n'arrive pas à croire à la résurrection? Aimons donc jusqu'au bout comme Jésus et «qui vivra verra»!      

Ne vous effrayez pas! - Lc 21, 6-26

Comment Jésus peut-il parler de terreurs et nous dire en même  temps de ne pas nous effrayer?  
On dirait que des gens d'Haïti, ou certaines personnes qui ont survécu à une expérience de catastrophe,  parfois terrorisante, ont compris quelque chose à ce discours pour «adultes avertis». On en voit sourire à travers les décombres et continuer à prier; d'autres, sauvés in extremis, témoignent de leur étonnante «conversion». Auraient-ils saisi quelque chose que nous avons peine à comprendre quand tout va bien?

 «Touche à tous ses biens, mais ne touche pas à sa vie» a dit Dieu au diable qui voulait s'en prendre à Job. Y aurait-il un lien, pour certaines personnes, entre la perte de leurs biens matériels et la prise de conscience de la beauté de la vie? Faut-il perdre les uns pour s'émerveiller de  l'autre avec tout ce qu'elle suppose de richesse insoupçonnée, d'amitié toute simple, de solidarité humaine?

Que resterait-t-il, par exemple, de notre Église si tous ses temples étaient détruits, comme le prédit Jésus aux disciples qui admiraient la beauté du temple de Jérusalem? Et, en plus, il demande de ne pas marcher derrière ceux  ou celles qui semblent vouloir minimiser la situation!

Je me souviens avec émotion de cette pauvre femme non instruite qui s'est présentée lors d'une soirée sur l'Église. Après avoir partagé ses inquiétudes devant les bouleversements annoncés,  elle s'est soudain écriée : « Je suis donc contente, je vais m'en aller chez nous et rester tranquille» - «Qu'as-tu compris?», lui demandai-je. «J'ai compris qu'on peut bien brûler monsieur le Curé, on peut bien brûler l'église, on ne peut pas brûler le Bon Dieu!».

C'est peut-être de ce qui ne peut pas brûler dont Jésus veut nous parler en nous disant de ne pas nous effrayer! 

Tu seras avec moi... - Lc 23, 39-43

Nous rencontrons aujourd'hui le seul qui, de tout l'évangile de Luc, a appelé par son nom le crucifié du milieu. « JÉSUS», qu'il crie! Sa supplique? Que Jésus se souvienne de lui quand il sera dans son royaume à lui! Quel contraste avec les moqueries et les injures de ceux qui atteignent Jésus  dans sa vulnérabilité mise à nu! 

En révélant ce qu'il avait de plus précieux, son lien filial avec Dieu, Jésus se rendait tellement vulnérable et  donnait une arme pour l'atteindre au plus vif. C'est à ce qui touche son identité de fils que visent  les gens qui l'entourent.  Il me semble que cette blessure, faite d'impuissance radicale dans son rôle de messie ou de roi attendus, devait être plus grande que toutes les souffrances physiques sur lesquelles on met trop souvent l'accent.

Comment l'un des deux autres crucifiés a-t-il  pu saisir cela? Et demander à Jésus tout juste de ne pas l'oublier? Comme il dut être bon pour Jésus, dans la situation où on le juge condamné par Dieu pour avoir été condamné par des hommes et où lui-même se sent abandonné par son Père, qu'un compagnon  d'infortune lui demande cet ultime service : «souviens-toi de moi». C'est tellement facile de se sentir abandonné par Dieu quand on est abandonné de tous!

Un voisin fait pour Jésus ce que Jésus a souvent fait : demander une attention comme on demande à boire! Attention qui fait retrouver la force de murmurer à nouveau «Père» à Dieu et de remettre entre ses mains le souffle reçu de Lui!

J'aime la réponse de Jésus.  Elle éveille à la seule assurance possible : être avec lui aujourd'hui  même dans le royaume de l'invisible relation, à l'abri de l'oubli, ce terrible abandon du coeur.

Veillez donc! - Mt 24, 37-44

Nous passons aujourd'hui de l'évangile de Luc à celui de Matthieu et nous entrons dans une nouvelle année liturgique. Du moins dans notre tradition religieuse.


De multiples voix contemporaines nous lancent un appel urgent en écho à celui de Jésus en ce début de l'Avent. Cet appel touche précis à notre attente parfois angoissée qu'il advienne quelque chose de neuf dans notre monde. Mais attention! Car ce qui vient c'est souvent tout petit en son commencement et fragile comme un nouveau-né.

Quelqu'un nous a dit qu'il viendrait sans cesse sous de multiples visages. Nos yeux sont souvent empêchés de le reconnaître. Lui faut-il, comme fait un voleur, défoncer nos agendas, nos préjugés, nos murs de protection pour entrer chez nous? Il n'est certes pas facile de faire confiance quand ce quelqu'un se présente incognito au coeur de nos nuits. À moins que nous ne lui ayons confié une clé, comme à un ami, pour entrer chez nous à toute heure. Car il espère entrer chez nous comme chez lui l'Enfant de notre Humanité!

Quand il vient, nous trouve-t-il comme au temps de Noé, engloutis, sans même nous en rendre compte, dans une mer de consommation? Ou, éveillés, nous serrant les coudes, dans une arche fragile qui surnage et sauve ce qui est humain? Nous pouvons avoir le même travail et, nous le savons bien, avec ce même boulot, être pris jusqu'au cou, esclaves de «nos affaires» ou encore réserver un espace libre pour l'inattendu, l'imprévu. Il arrive même que c'est chez des personnes déjà très engagées qu'on ose se présenter quand on est dans le besoin, car on sent leur coeur libre, ouvert.

Demeurons donc éveillés car il vient! «Le jour, la nuit, l'été, l'hiver, il faut dormir le coeur ouvert!», chante Gilles Vigneault.

Convertissez-vous! - Mt 3, 1-12

Un héritage est vite à sec si on s'assoie dessus sans le faire fructifier. Ainsi peut s'éteindre et mourir un nom de famille, coupé de la terre comme un arbre stérile.

Jean le Baptiste parle fort aujourd'hui à des gens  assis sur leur titre d'enfants d'Abraham,  plus durs à bouger que des pierres « nature» telles  le vieux couple stérile Abraham et Sarah. Ils  sont en train d'éteindre leur lignée spirituelle car ils ne se soucient guère de porter  les fruits attendus. Ils viennent se plonger dans l'eau mais rien n'exprime leur désir de changer. Ils consomment un service sans communier au Dieu de la fécondité qui a surpris Abraham et Sarah.

Jean le baptiste garde en mémoire dans sa chair le tressaillement ressenti dans le sein de sa mère. Il n'a de cesse que ceux qui viennent à lui n'expérimentent, dans la rencontre de Jésus,  ce baptême du Souffle qui fait tressaillir tout l'être. Mais il ignore encore tout ce que cela peut signifier de changement de cap. Il invite à  plonger dans l'eau pour confesser ses péchés et revenir en bon terme avec Dieu. Il «intuitionne» pourtant une autre plongée où on entendra plutôt  Dieu  confesser son amour et nous appeler ses fils et ses filles! Quel retournement!

Il ne s'agit pas maintenant pour nous de nous asseoir sur l'amour reçu en héritage! Car« La loi est de porter fruit. Arbre noueux, percé de gel, cloué de cicatrices, vieilli, que du moins sur quelques branches neuves verdisse la feuille et croisse le fruit et le fruit, c'est le bon-à-manger. Qui nourrit son frère ou sa soeur, en toutes les formes de la faim, entre dans la seule Justice digne du Dieu qui est largeur du coeur et gémissement de tendresse des entrailles.» (Maurice Bellet)

Devons-nous attendre un autre? - Mt 11, 2-11

«Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?»  De toutes les sortes de prisons, cette question brûle encore le coeur de nombreuses personnes qui attendent un signe, un rayon de lune dans leur nuit, une oasis de paix dans leur désert!

Et Jésus témoigne simplement de ce qui, par lui, arrive de bon, comme un souffle neuf, à des gens qui ne voient pas ou n'entendent pas, qui boitent ou se sentent lépreux, et à d'autres qui sont pris dans les filets de la mort. Enfin! il se passe quelque chose pour des gens qui  se sentent enfermés dans un aspect ou l'autre de leur être et qui crient parfois désespérément dans une attente qui semble s'éterniser.

De quelles prisons, personnelles ou communautaires,  aimerions-nous envoyer quelques-uns des nôtres demander à Jésus s'il est celui qui doit venir ou si nous devons en attendre un autre pour nous-mêmes, pour notre milieu, pour notre monde?

Et si nous avons le privilège de vivre dans un espace de liberté, écoutons bien,  car cette question  nous est  adressée de partout encore aujourd'hui. Es-tu la communauté, l'Église, l'association, le leader, la conjointe ou le conjoint, la compagne ou le compagnon, le voisin, la voisine qui doit venir ou si nous devons en attendre un autre, une autre?

Car Jésus vient encore, et c'est souvent par nous qu'il vient. En nous, Jésus se fait encore le plus petit. Mais aussi le plus petit parce qu'il est toujours celui qui, comme un enfant, fait la plus grande confiance à notre Père. En cela, qui peut le dépasser?  La grandeur de la petitesse est peut-être cachée dans la folie de l'amour et dans la confiance au Père qui nous aime!

Prendre chez soi! - Mt 1, 18-24

Prendre chez soi!

Joseph, un homme ajusté à son flair de Dieu! Que lui est-il demandé pour demeurer dans la note juste? Plusieurs fois la même chose : prendre chez lui ce qui vient de Dieu.

Joseph est de la lignée d'Abraham qui, sans savoir où il allait, est parti après avoir pris chez lui une Parole entendue. Joseph, comme Abraham, apprend à ses dépens que le souffle vient de Dieu. Dans tout engendrement il y a de nous et de Dieu. Dieu donne le souffle, nous offrons la chair.

 

Mathieu redit ce même message dans la parabole qu'est la semence. Prendre chez soi,  avec soi, c'est le sens du verbe «com-prendre»!Le germe est donné, encore faut-il une terre qui prenne chez elle la semence jusqu'à ce qu'elle donne son fruit, en temps voulu. Écouter vraiment, c'est entendre et comprendre, c'est prendre avec soi, donc se laisser affecter en profondeur!

 

Les belles histoires de fécondité ont ainsi commencé. Une personne a entendu une parole venue d'ailleurs, l'a prise chez elle  même si c'était loin d'être évident. Ainsi Jean Vanier, à la suite d'un appel, a pris chez lui une première personne handicapée... et le fruit produit sauve encore des personnes : Foyers de l'Arche, Foi et partage, Foi et lumière.

Angèle Merici aussi a pris chez elle un appel entendu et, au bout de plusieurs années d'attente, est née la nouvelle Compagnie qui, au cours des siècles, aide sûrement des personnes à respirer au large!

 

Ne crains donc pas de prendre chez toi ce qui vient du Souffle saint! Avec Joseph, tu verras ou bien d'autres verront car le fruit sauveur arrivera en son temps.

 

Lève-toi, prends l'enfant et sa mère! - Mt 2, 13-23

À peine Jésus est-il né que la violence risque de l'emporter avec les autres enfants de sa génération. Il faut sauver l'avenir du monde! Sauver même celui  dont le nom signifie Sauveur!

À nouveau, un ange s'adresse à Joseph. Il lui demande, cette fois, de se lever, de prendre avec lui  l'enfant et sa mère et de fuir devant le danger puis, celui-ci conjuré, de revenir dans son patelin pour que s'y installe le «Sauveur sauvé» et qu'il prenne racine en sa terre d'humanité.

J'ai vu, étonnée, dans les jardins de la paix au Japon, des monuments offerts par différents pays après les horreurs d' Hiroshima et de Nagasaki

Plusieurs de ces monuments représentent une femme qui fuit avec un ou des enfants.

Prendre l'enfant et sa mère, c'est donner toutes ses chances à la continuité de la vie; c'est «garder la vie vivante pour la prochaine éternité» ou «garder notre terre enceinte» comme disent les mots du chant SOS né des inondations du Saguenay il y a plusieurs années déjà.

Quand arrivent les désastres, on prend avec soi les toutes jeunes pousses dans un peu de leur sol, plus quelques semences,  on se lève  pour fuir vers un ailleurs, même étranger. 

Joseph prend  avec lui  l'enfant et sa mère et il part. Pourtant l'enfant qu'il amène avec lui n'est qu'en sursis. La violence le rattrapera au détour. Mais  il aura eu le temps de se faire habitant de Nazareth, d'en pénétrer  la terre et d'y prendre racine pour donner des fruits qui pousseront en leur temps et donneront semences.

Que ce Noël nous donne d'accueillir les «semences du futur» et qu'elles puissent offrir leurs fleurs et leurs fruits tout au long de 2011 et encore après. Paix et Joie.

Par un autre chemin... - Mt 2, 1-12

Les mages, guidés par une étoile, sont venus à Bethléem. En route, ils sont arrêtés consulter le roi Hérode qui, lui-même, a tenu à interroger les chefs religieux sur le lieu de naissance du présumé roi des Juifs...

Ils apportaient des offrandes dignes d'un roi comme ils imaginaient un roi, mais ils ont trouvé un petit enfant avec sa mère. Curieusement, ils ont laissé leurs présents au pied de cet enfant, même s'ils ne lui convenaient absolument pas.  Par quelle grâce ont-ils reconnu en lui un roi et, le coeur chamboulé,  sont-ils retournés par un autre chemin?

En route, l'autre jour, j'imaginais les rois mages. Soudain, j'ai vu en  cet épisode raconté par Mathieu  une parabole de la difficile alliance entre la nature et la culture.

Les mages, intuitifs aux aguets des signes de la nature, sont partis sans savoir où ils allaient.  Après s'être arrêtés et avoir entendu  le grand responsable de la vie politique puis les responsables religieux, ils ont poursuivi leur route jusqu'à  la vue d'un enfant. Ils ont alors flairé les ruses dictées au roi Hérode par son goût du pouvoir et ils ont senti qu'ils devaient retourner par un autre chemin, celui qu'inspire la nature au coeur des marcheurs.

Puisse  une étoile, en 2011,  nous mener à l'enfant et à sa mère. Que leur vue nous persuade d'emprunter d'autres chemins plus en harmonie avec la nature. Patiente, la nature a ses lois; elle est puissance vive.  Mais que d'innocence encore bafouée par la folie du pouvoir ou de l'argent qui exile la culture de la nature, dans le privé comme dans le public, dans le religieux comme dans le politique. 

Benoît  Lacroix, dominicain nonagénaire, disait qu'avant de soumettre la nature il faut apprendre à lui obéi... Sagesse de mage?   

«Mon fils bien-aimé!» - Mt 3, 13-17

Jamais cette parole n'avait été entendue aussi clairement! D'ailleurs, malheur à qui se serait dit fils de Dieu. On l'aurait accusé de blasphème et condamné à mort! Et pourtant, cette parole entendue par  Jésus  a fait basculer l'histoire : «Celui-ci est mon fils bien-aimé, en lui  j'ai mis tout mon amour!»

En effet, peu importe la croyance des peuples, notre calendrier nous situe par rapport à Jésus. Les événements prennent place  avant ou après lui.  Qui d'autre a eu autant d'influence durable?

Fils de Dieu depuis toujours, Jésus est dans la trentaine quand il entend cette parole inouïe qui le confirme dans son identité, l'investit d'une mission et qui servira de motif à sa condamnation.  La parole entendue par Jésus est toujours présente sur les ondes cherchant un coeur qui écoute. Heureuse la personne qui, comme Jésus, l'entend un jour et, bouleversée, reconnaît son origine et consent à naître chaque jour de l'Amour pour aimer jusqu'au bout. Car Jésus nous révèle qui nous sommes : fils, filles de  l'Amour!

Nous pourrions bien être ou devenir un ex-prisonnier, une ex-religieuse ou un  ex-conjoint, un ex-ceci ou une ex-cela, jamais nous ne serons des ex-enfants de Dieu! Personne ne peut nous enlever cette dignité originelle, notre véritable identité. Né-e-s de Dieu, sans cesse il «nous engendre du dedans».  

Un jour, je demandais à des grands et arrière-grands-parents réunis s'ils avaient fini de mettre leurs enfants au monde. Émue aux larmes, une dame de 102 ans répond: «Non! J'ai un fils à Montréal qui se meurt du cancer et je le sens ici», dit-elle, touchant son ventre. Comme elle ressemblait au Bon Dieu dont les «entrailles frémissent comme un cithare», dit Isaïe. Son fils avait 80 ans!

Et Dieu aurait fini de nous mettre au monde! 

Voici l'Agneau de Dieu!

Je partage la joie de Jean qui découvre ce qui le poussait à baptiser dans l'eau : c'était pour manifester la présence de Jésus, celui qui désormais baptisera dans le Souffle Saint.

Jean conservait sûrement, gravée à jamais dans sa chair, la mémoire de sa rencontre avec Jésus alors qu'ils étaient tous deux dans les eaux maternelles. Ce jour-là, à six mois de gestation, Jean fut baptisé dans le Souffle Saint et il tressaillit dans tout son être. Dans l'évangile d'aujourd'hui, voyant Jésus venir à lui, il ne peut s'empêcher d'orienter vers ce nouveau venu le regard de ses propres disciples et ceux du peuple tout entier. Et ses disciples suivront Jésus...

Car désormais, la rencontre qui fait tressaillir n'est pas avec quelqu'un qui nous presse de confesser nos péchés, ce qui est déjà beau, mais avec celui qui enlève le péché de nos vies, si nous y consentons bien sûr, ce qui ne va pas de soi.

Désormais, nous savons que le Souffle n'est pas donné pour la seule durée d'une action particulière, comme ce fut le cas pour Habacuc qui, saisi par les cheveux, fut amené pour une mission puis ramené chez lui. Le Souffle qui descend de l'Ailleurs demeure en nous, présence durable, vivifiante. Ce «Souffle impérissable» nous crée et nous recrée sans cesse. Souffle d'amour, Il est mémoire de Dieu en nous.

C'est pourquoi saint Paul écrit aux disciples de Rome : «l'espérance ne vous décevra pas car l'Amour a été répandu dans vos coeurs par le Souffle saint qui vous a été donné».

Comment ne pas désirer que les personnes qui souhaitent être nos disciples puissent un jour rencontrer Jésus? Et si nous les  laissons aller avec joie, quel beau signe de la sincérité de notre désir!

Venez avec moi! - Mt 4, 12-23

Établi à Capharnaüm, Jésus prie ses contemporains de prendre la route de leur coeur car le germe d'un royaume de justice et de paix est sur le point d'éclore.

Il commence donc par créer une cellule de ce royaume depuis longtemps en gestation. Marchant au bord du lac de Galilée, il appelle des pêcheurs à le suivre. Ce récit, souvent confisqué pour présenter les vocations particulières, révèle pourtant la vocation de toute personne : suivre Jésus dans la voie de l'amour.  Toute autre vocation, secondaire par rapport à celle-là, est comme le «milieu» où telle personne pourra vivre au mieux selon sa nature profonde.

Des enfants ont dessiné cet appel des premiers disciples. Ils m'ont aidée à saisir à quelle conversion Jésus nous appelle. Au début du récit, nous voyons deux paires de frères séparées, ayant chacune son père,  sa barque et ses filets. À la fin, cinq frères avancent ensemble. Quatre ont quitté leur père pour adopter le Père de Jésus et s'adopter aussi comme frères. Un même souffle anime les cinq frères.

À la place des poissons, ce sont des êtres humains, prisonniers des eaux profondes, qu'ils pêcheront désormais. Sans barques ni filets, comment  le feront-ils ? Les enfants ont trouvé : ils plongeront! Voilà notre mission commune : plonger avec Jésus dans notre monde pour délier les êtres humains de leurs filets et les appeler à marcher dans la voie de l'amour.

Avant de quitter les siens, alors qu'ils doutent encore, Jésus nous promet sa présence et nous envoie faire des disciples en plongeant nos contemporains dans le réseau des relations qui est celui du Père, du Fils (en qui nous sommes un) et du Souffle saint. Il nous demande de nous adopter mutuellement et à tout faire pour devenir des «entrepreneurs relationnels»

En marche! - Mt 5, 1-12a

Comment demeurer  libres et en marche dans notre traversée du désert? Il est si facile de nous laisser entamer! Jésus ne s'est laissé arrêter par rien. Il a passé «outre à tous les empêchements d'aimer». Quel est donc son secret?

Son secret? Se fier à sa Source! Le ruisseau est une soif, une pauvreté radicale, car il se reçoit constamment de la source qui «ne vend pas son eau» et ne gèle pas en hiver. Sa richesse est faite de l'eau qui passe en lui. Vouloir la retenir serait la perdre. Heureux le ruisseau qui se fie à sa source quand vient l'hiver et ses tempêtes, l'eau de la source est en lui et l'engendre sous la glace qui l'habille. Heureux le ruisseau qui se fie encore à sa source pour retrouver au printemps sa limpide pureté.

La première béatitude est peut-être la clé ou l'attitude fondamentale à développer pour tenir debout et libres dans les différentes situations de nos vies. Alors que les autres béatitudes nous annoncent une promesse au futur, la première comme la dernière nous présentent la promesse au présent. Heureux qui se fie à sa Source pour, en avançant, devenir doux, juste, pur, miséricordieux, artisan de paix, car l'eau de la Source sera toujours en lui.

Quand Matthieu écrit, les premiers chrétiens, persécutés, expérimentent au présent la vérité de la première béatitude : sûrs de La Présence, ils repartent joyeux.   

Marie de l'Incarnation présente à son fils le Sermon sur la montagne comme un bastion. Elle prie souvent le psaume : «Je sais en qui j'ai mis ma confiance, je ne serai pas confondue»! Le film LES HOMMES ET LES DIEUX illustre le dur combat à mener pour vivre la première béatitude et pouvoir ainsi aimer jusqu'au bout comme et avec Jésus!

Sel et lumière! - Mt 5, 13-16

Bientôt un an que j'offre un bref commentaire de l'évangile du dimanche. Je me demande si je dois continuer. Au fond voici ma question: suis-je sel et lumière pour des personnes qui fréquentent le site?

Je revois ma mère ajouter un peu de sel et tester le goût de la soupe. Elle ajoute encore quelques grains, goûte à nouveau avec attention puis, satisfaite, ferme la soupière. C'est curieux comme un peu de sel ajuste et conserve au mieux la saveur des aliments.

Jésus dit à ses disciples qu'ils sont sel de la terre. Se pourrait-il qu'une personne qui goûte à ce qu'elle veut offrir aux autres, ajoutant encore et encore un brin d'amour, soit comme du sel pour son milieu? Qu'elle donne du bon-à-manger et contribue à conserver harmonie, paix, et même humour? Elle  empêche sûrement la glace d'envahir son réseau de relations. Et que dire alors d'une petite communauté de disciples qui serait ainsi sel dans son milieu!

Jésus dit aussi à ses disciples qu'ils sont, comme lui, lumière du monde! Je me revois perdue dans une tempête de neige à l'approche de la nuit quand j'ai aperçu une lumière au loin me parler d'une présence. J'ai osé frapper à la porte. On m'a ouvert et, sans me connaître, on m'a généreusement offert l'hospitalité. Cette maison a été pour moi étoile d'espoir au coeur de la nuit.

Qu'arriverait-il à la terre, à la communauté, si l'amour qu'on a dans le coeur perdait sa saveur? Qu'arriverait-il si le feu allumé en nos coeurs était caché derrière des volets fermés? Un ami me disait que s'il y a un milieu humain quelque part, on aurait beau fermer les portes, les gens entreraient par les fenêtres!

Quoi! Réapprendre? - Mt 5, 17-37

Jésus nous demande, avec aplomb, de désapprendre et de réapprendre à partir de sa sagesse à lui. C'est difficile : ce que nous savons, nous l'avons parfois appris à la dure, peut-être même avec des coups de règles sur les doigts.

Faut le reconnaître, certains slogans, habitudes, principes nous collent à la peau et conduisent à violence, à la division. Jésus demande de tout rebâtir à partir du coeur, ce lieu secret où l'amour, Loi de notre être, est allumé à jamais. Jésus n'est pas venu abolir cette Loi, mais l'accomplir. Jusqu'au bout, il a «carburé» à l'amour et «chassé» les «solutions qui seraient sans amour», comme chante Brel.

Nous ajuster sur l'amour, c'est nous engager autrement dans nos relations aux autres qui ne sont pas des objets à convoiter pour en tirer profit et laisser tomber après usage, mais des personnes, des frères ou des soeurs de même souffle. C'est tout faire pour nourrir, guérir, refaire les relations avec Dieu, entre nous et avec l'univers. Prendre soin de la relation, ça nous amène loin, très loin. Ça chamboule nos manières de voir, d'agir. Ça nous fait saisir, à nos dépens, qu'il vaut mieux regarder avec un seul oeil, celui du coeur, couper peut-être dans le faire et prendre d'autres directions, inventer d'autres moyens, plutôt que de briser, de laisser se détériorer ou mourir nos relations. Car, beaucoup échappent spontanément, le coeur dans l'eau : «c'est l'enfer!», quand les relations sont tordues ou, pire, inexistantes!

Voici la question qui m'habite en présence de Jésus : d'où partent mes choix, paroles, attitudes, décisions? De mon coeur profond ou de mes blessures, préjugés, peurs, qu'en-dira-t'on, frustrations, routines? Sa réponse: «Viens, suis-moi!»

Tant que l'amour n'a pas vaincu la sagesse, écrit Jean Sullivan, on demeure un impuissant!

Eh bien! Moi je vous dis! - Mt 5, 38-48

Chez la baronne de Hueck, en Ontario, j'ai entendu un témoignage bouleversant. Elle racontait avoir vu entrer chez elle un de ceux qui l'avaient chassée de son pays pendant la révolution russe. Son premier mouvement aurait été de lui arracher les yeux, ce dont elle était bien capable! Mais quelque chose s'est retourné en elle et elle est allée l'embrasser. Ce jour-là, disait-elle, elle a su qu'elle était chrétienne et que si Jésus nous demande d'aimer nos ennemis, c'est qu'il nous donne l'amour qu'il faut pour les aimer.

Je pense à elle en méditant l'évangile d'aujourd'hui. Et  à François d'Assise avec son baiser au lépreux, à d'autres personnes dont j'accueille le récit dans le secret et qui, jamais, ne feront la manchette des journaux. Et il y en a!

Rappelons-nous la première béatitude : heureux qui se fie à sa Source pour aimer jusqu'au bout. La source ne gèle pas en hiver et ne vend pas son eau. Jamais nous ne pourrons devenir accomplis dans l'amour comme notre Père céleste en pensant y arriver à la force de nos poignets, écrasés sous la récurrence de culpabilités, de vains regrets.

Puisons plutôt, au fond secret de nos coeurs, à l'inépuisable source de cet amour «reçu en héritage» pour aimer comme nous sommes aimés, comme Jésus  nous a aimés, car l'amour vient de Dieu... Aimer sans attendre d'autre récompense que la joie d'aimer dans la fidélité au meilleur de soi : c'est le projet de toute une vie! Mais...

«.. nous retrouverons, bonnes gens, croyez-moi, toutes ces joies profondes, on les retrouverait au fond de soi que ça ne m'étonnerait pas... on les retrouverait sous la poussière... et c'est tant mieux, on pourra voir enfin d'autres que les fous chanter l'amour, chanter l'espoir" (J. Brel).   

Pas de souci! - Mt 6, 24-34

La personne qui enfouit une semence de pomme dans une bonne terre espère cueillir un jour les meilleures pommes au monde. Avec ces bonnes pommes, elle aura sûrement, par surcroît, des bonnes tartes, du bon cidre...Elle s'engage d'abord au service de la vocation fondamentale inscrite dans la semence non au service des livres savants qui parlent des pommes ni des vendeurs qui veulent en tirer profit. Elle fera tout, chaque jour, pour offrir l'environnement favorable à l'éclosion des meilleurs fruits.

Jésus nous invite à dialoguer avec la nature pour en écouter les secrets. Il nous retourne ainsi à notre nature à nous, à notre commande intérieure qui est semence d'un vivre ensemble plus harmonieux. «Le livre de la Nature, le livre des Écritures et le livre du coeur entrent en résonnance et nous découvrent la Présence de l'unique Logos...» (J.Y. Leloup). Le livre de la Nature cependant est premier! La promesse y est inscrite.

Cherchons d'abord à vivre à partir du meilleur de nous-mêmes, nous rappelle Jésus, à être ce que nous sommes appelés à devenir les uns pour les autres, le reste viendra par surcroît : la paix, la joie, le pain du jour, la justice. Nous inquiéter pour demain embrume notre aujourd'hui et ça nous casse vainement la tête. Le souffle mystérieux qui nous a tissés au ventre de nos mères nous travaille en ce moment, il est en nous mémoire d'origine et promesse d'avenir. Une même présence, d'une mystérieuse origine, n'a pas fini de nous mettre au monde ensemble. 

Maison bâtie sur le roc - Mt 7, 21-27

L'évangile nous conduit encore vers la même attitude profonde de Jésus, sa foi  en ce qui lui vient de son Père : le don inépuisable de l'amour. Ce don,  pour Jésus, est vécu comme un «impératif» intérieur, un mandat à partager avec  son Père : Comme le père m'aime moi aussi je vous  aime; aimez-vous aussi les uns les autres comme je vous aime.

Jésus nous présente aujourd'hui un homme prévoyant et un homme insensé qui entendent bâtir leur maison. Avant d'entrer dans sa passion, il nous présentera alors cinq femmes prévoyantes et cinq femmes insensées invitées à une noce. Pour qui veut se rendre jusqu'au bout, le message est le même : mettre notre foi non pas dans notre construction ni dans notre lampe, mais dans le roc qui tient solide la maison  ou l'huile qui nourrit la lampe du dedans. Oublier cela, c'est nous construire sur du sable mouvant; un rien nous ébranlera et nous fera nous écrouler. Nous irons de déceptions en frustrations.

Saint Paul semble avoir saisi cela d'une manière convaincante. Quand bien même je parlerais toutes les langues, dit-il, si je ne parle pas l'amour, ça risque de sonner faux. Quand bien même j'aurais une foi à transporter les montagnes, si ce n'est pas une foi en l'amour, ça peut mal tourner pour moi et pour les autres. J'aurais beau donner tous mes biens aux pauvres,  me brûler à la tâche,  faire des miracles en invoquant celui que je crois adorer, si je ne carbure pas à  l'amour, ça ne sert à rien.  Seul demeure l'Amour qui tient tout ensemble.

Avec Jésus, saint Paul et tant d'autres, souvenons-nous que nous sommes solidement fondés,  «enracinés dans l'Amour» pour porter des fruits bons à manger et qui demeurent à jamais. 

Après avoir jeûné... - Mt 4, 1-11

Confirmé dans son identité de fils par le Père, Jésus est poussé au désert par le souffle Saint qui l'habite. Être mis au monde, avouons-le, n'est-ce pas être poussé dans un long désert à traverser sans voir la terre qui nous est promise? Après quarante jours au désert, Jésus eut faim.  Et le tentateur s'est approché pour lui offrir de faire que des pierres deviennent du pain, puisqu'il était Fils de Dieu.

Je me souviens avoir demandé, dans un groupe, de quoi Jésus pouvait-il avoir jeûné pour répondre non et affirmer que l'homme ne vit pas seulement de pain mais aussi de parole. Un homme m'a immédiatement répondu : de relation!

Après avoir consenti à observer, j'ai compris quel jeûne nous affame le plus dans la traversée de notre désert. Car j'ai vu une fillette de douze ans, hospitalisée après une tentative de suicide. Elle disait avoir tout ce qu'il faut chez elle mais qu'elle aimerait donc avoir un peu de temps pour parler avec papa et maman. J'ai vu un jeune garçon prendre rendez-vous et se présenter un jour au bureau de son père disant qu'il aimerait  lui aussi avoir du temps avec lui. J'ai entendu une infirmière me parler d'un vieillard qui retombait malade dès qu'on lui disait qu'il était mieux, car il ne savait pas où aller en sortant de l'hôpital.

De quoi pouvons-nous donc jeûner pour en arriver à dire à notre façon qu'on ne vit pas seulement de ce qui nous tombe sous la main mais de parole partagée.  Le diable sait bien cela et nous propose de combler notre soif de relations par la consommation pensant satisfaire  ainsi nos faims et nos soifs les plus profondes... Ah! Le désert de relations! Et la dépendance des compensations! Quel drame!

C'est mon Fils! - Mt 17,1-9

Dieu me fait penser à quelqu'un qui aurait fait des enfants un peu partout et qui, un jour, se mettrait à leur recherche pour leur révéler qu'ils ont un père et prendre sa place de père dans leur vie.

Dieu voit toujours sa ressemblance dans tout être humain. Mais comment faire entendre à nos coeurs qu'il est notre Père? Je l'imagine (fantaisie!) partageant cela avec son Fils, lui parlant de ses frères et soeurs de la terre et lui avouant son désir qu'ils sachent qu'il est leur Père et qu'il les aime à de toujours à toujours. Et son Fils lui répond qu'il ne parle peut-être pas assez fort pour être entendu d'eux. Lui, tout proche au dedans, entend l'incessant murmure qui l'engendre : «tu es mon fils bien-aimé!» Mais nous autres, sur terre, nous avons si épais de chair sur les oreilles de notre coeur!  J'aime entendre le Fils  proposer à son Père de l'habiller de chair tout comme nous. Ainsi le Père devra parler plus fort pour être entendu de lui et de tous.

Avez-vous remarqué que, dans le récit du jour, nous sommes tous ensemble sous la nuée, ceux d'autrefois, présents par Moïse et Élie, et nous, présents par Pierre, Jacques et Jean, quand le Père dit : «Celui-ci est mon fils bien-aimé»? Oui, tous ensemble, une seule humanité en qui Dieu reconnaît son unique Fils.

 Nous arrive-t-il, comme aux trois disciples, de ne voir que Jésus seul en cette humanité belle et souffrante qui est son corps?

De quoi Dieu peut-il avoir soif? - Jn 4, 1-42

Nous savons l'héritage reçu de nos ancêtres. Si nous savions le don de Dieu pour y puiser à chaque instant!

Dieu et l'humanité se cherchent, dirait-on. En soif l'un de l'autre, ils marchent vers d'étonnants rendez-vous alors que la fatigue pèse lourd et que brille le soleil. Au puits des ancêtres. Au puits de l'origine!

Mais Dieu serait-il le plus assoiffé? En Jésus, c'est bien lui qui, le premier, demande à boire. L'humanité, dans la femme de Samarie, cherche, sans le savoir, l'eau dont la source déjà en elle l'aiguillonne du dedans, comme une boussole cherche le nord. Mais de quoi Dieu a-t-il soif? À quel échange assistons-nous que sa soif soit étanchée?

La femme a soif de l'héritage qu'elle ignore avoir déjà reçu : une «incroyable puissance d'aimer».  Dieu aurait-il soif de ce qu'il n'a pas et qu'on pourrait lui donner en échange?  Devinez-vous? La dernière quête de Jésus sur la croix nous le révèle : «J'ai soif!», soupire-t-il.  On lui donne du vinaigre et tout est achevé!

Dieu aurait soif du  vinaigre du monde! Il désire un véritable échange pour que vienne un «être nouveau». Que nous lui donnions notre vin aigre en échange du bon vin reçu en héritage. «Je vous en supplie, dit saint Paul, laissez-vous réconcilier avec Dieu! Celui qui n'a péché, Dieu l'a fait péché pour que notre péché ne nous soit plus compté» mais enlevé. «Va chercher ton mari»,  demande Jésus à la femme. Elle d'avouer qu'elle n'en a pas vraiment! Elle a donné son manque, son échec. Venue en clandestinité, elle repart «créature nouvelle». Ô merveilleux échange!

À notre tour de lui donner à boire ce qui acidifie nos relations et empoisonne la vie! Et de puiser sans l'épuiser à notre héritage!

De la boue sur les yeux! - Jn 9, 1-41

Pour qui la boue sur les yeux de quelqu'un qui, déjà, ne voit pas? Saint Jean affirme avoir écrit pour nous. Se pourrait-il que la boue soit pour nous et que nous soyons les aveugles? Et qu'il faille nous laver les yeux dans le regard de Jésus, l'Envoyé du Père!

L'homme né aveugle se lave d'abord les yeux à la piscine de Siloé (= l'Envoyé) et il voit les choses autour. Puis, chassé du temple, il les lave dans les yeux de Jésus et voit Dieu au dedans!

Quelle est donc la boue sur les yeux des voisins que nous sommes les un-e-s pour les autres? Les habitudes, les préjugés, les étiquettes, les "ça ne se peut pas qu'il change", "qui a bu boira", "c'est quelqu'un qui lui ressemble" et quoi encore?

Et quelle est la boue sur nos yeux de parents, de membres d'un groupe? La peur d'être exclus de la gang, de la famille, de la communauté, par des personnes qui s'arrogent le pouvoir d'exclure, d'excommunier, par un seul parfois? Peur qui empêche de se prononcer quand on sait par en dedans et qu'on s'en lave les mains?

Enfin, quelle boue, si tenace, couvre nos yeux de pharisiens? Celle des certitudes religieuses figées, d'une mainmise sur un Dieu qui a parlé autrefois et ne parlerait plus aujourd'hui, un Dieu qui, à nos yeux, n'habite pas d'abord le coeur mais le temple bâti de mains humaines où on ose juger en son nom au lieu de le révéler? Le pire: on penserait voir!

Faut-il nous surprendre que, chassé par les tenants du pouvoir religieux, l'homme guéri rencontre Jésus hors temple et lave ses yeux dans le regard qui se révèle tout en le révélant à lui-même?

Vienne celui qui aime! - Jn 11, 1-45

Vienne celui qui aime!

Ce récit fait appel à notre odorat... pour sentir ce que sent Jésus en entrant dans la maison de Béthanie : la même atmosphère que celle dans laquelle il avance. Ça sent la mort à plein nez. Climat plus étouffant que la mort elle-même et qui donne envie de crier à quelqu'un qu'on aime : «sors de là!»  Le bon berger «mène ses brebis dehors» a dit Jésus (Jn 10).

Au chapitre 12, Jésus sera à nouveau dans cette famille où on le prie de venir. La maisonnée sera alors remplie d'un parfum suave. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Jésus qui parlait de la mort naturelle comme d'un réveil entre là où ça pue. Les signes d'un milieu mortifère sont évidents:


Reproches: "Si tu avais été là!". Cachotterie: "Marthe parle en secret". Sarcasme: "S'il l'aimait tant que cal, il aurait bien pu...". Croyances d'une vie pour après la mort: "il ressuscitera 'la fin des temps...". Consolation qui endort au lieu de la parole qui relance... Marinade dans le deuil: "Ça fait quatre jours"; le temps du deuil, symboliquement, dure moins de trois jours, sinon il empoisonne la vie (Sir 38, 16ss).

Lazare semble identifié à une maladie. Un malade! Béthanie n'est pas son village mais celui de Marthe et de Marie qui envoient dire à Jésus non pas: "celui que n us aimons" mais :"celui que tu aimes!"... Ce pourrait-il que Lazarre ait vécu dan un milieu où il n'existait pour personne! Heureusement: Jésus aime Lazare comme il aime ses soeurs. Je comprends qu'il pleure et crie: "Sors dehors!" puis qu'il commande à l'entourage: "déliez-le et laissez-le aller!"

Le signe de l'amour est présent et qu'il circule, c'est peut-être une atmosphère qui sent bon!

Pourquoi m'as-tu abandonné? - Mt 26,14-27,66

Quand j'écoute ce cri de Jésus je réalise combien on peut se sentir abandonné de Dieu quand on est largué par ses proches, par les personnes sur qui on comptait le plus. Mais comment Jésus peut-il être ainsi laissé seul après avoir été acclamé par une foule au chant des «hosanna»?

Pourtant, j'aime contempler Jésus enveloppé du silence de Dieu, criant, avec tant d'autres: «pourquoi m'abandonner, mon Dieu?». À quoi bon un Dieu qui fait sourde oreille quand on se meurt d'entendre sa voix même tout bas, tout bas. Il a bien dit que s'il arrivait qu'une mère nous abandonne, lui jamais!

Je revois une femme rencontrée dans un autocar à Paris. Elle essayait de lire sur mon teeshirt cette expression imprimée à la verticale : «Célébrer une présence»... Ses yeux croisant les miens, elle soupire : «Si seulement on la sentait cette Présence!». «C'est vrai, lui dis-je, elle est parfois loin derrière les nuages». Au bout d'un certain temps, nos yeux se rencontrent à nouveau : «Si les nuages pouvaient s'ouvrir de temps en temps!», dit-elle. En quittant l'autocar, j'attire son attention et lui dis : «Chère madame, je vais me souvenir de vous, c'est promis». Et je tiens promesse, souvent je lui donne rendez-vous dans la Présence et d'autres visages s'ajoutent.

J'en arrive à croire, à mes dépens, que Dieu est souvent seul à ne pas s'inquiéter de nos angoissantes nuits sans étoile. Il couve comme feu sous la cendre. Sinon, comment pourrait-on seulement crier vers lui? Il peut se permettre d'être discret, caché même, car il EST. Cela suffit! J'aime ce Dieu libre qui n'impose pas sa Présence... quitte à le sentir trop absent parfois! "Dieu est là et je ne le savais pas" s'est écrié Jacob, mon frère de combat.

"Va trouver mes frères" - Jn 20, 11-18

Il y a de la résurrection dans l'air!  Et une nouvelle inouïe nous est confiée ce matin: nous sommes tous frères et soeurs!

Impossible donc d'isoler Jésus ressuscité, de vouloir le toucher en imagination pour le retenir. Ni isolé ni fantôme, il entre toutes portes closes. En proclamant la mort du Seigneur Jésus et en célébrant sa résurrection, nous célébrons non seulement celles de Jésus, mais celles du corps de Dieu tout entier, ce corps que nous sommes! La tête de l'humanité, passée de ce monde au Père, jamais séparée de son corps, attire tout vers le Père, même l'univers matériel, lui qui espère tant, des enfants de Dieu que nous sommes, une alliance de communion visant l'harmonie. La croix, devenue lumineuse, nous dit que, dans les abominables chaos du monde, travaille inlassablement le souffle d'amour d'un ciel toujours nouveau pour engendrer une terre nouvelle.

Croire en la résurrection, c'est prendre tout de nous et marcher en misant sur le seul pouvoir, l'unique sagesse de l'amour qui seul ressuscite ce qui meurt. C'est continuer à faire, «en mémoire de Jésus», ce que nous aimons de Lui. Notre relation au Ressuscité commence quand une personne, sur sa route, «se fait proche de son prochain»!

En route, «cherchez à imiter Dieu comme des enfants bien-aimés, suivez la voie de l'amour à l'exemple de Jésus Christ qui nous a aimés et s'est livré pour nous» (Ep5,1). «À ce signe on reconnaîtra que vous êtes mes disciples» et que «je suis vivant!», nous redit le Ressuscité! L'amour qui nous brûle le coeur, et le déchire aussi peut-être, chante en primeur ce matin l'alléluia d'une victoire, victoire tant de fois promise. 

Christ vivant murmure mon nom avec amour et dit : «Va trouver mes frères, mes soeurs..»

Avance ton doigt ici! - Jn 20, 19-31

Le ressuscité entre toutes portes closes. Heureusement, car les disciples doivent être deux fois déverrouillés. Tour d'abord de la peur, mais de quoi donc la deuxième fois?

Jésus répand son Souffle sur ses disciples et les envoie... Mais, huit jours plus tard, ils sont encore enfermés. Thomas, absent la première fois, est maintenant avec eux. On lui dit : «Nous avons vu le Seigneur!» J'ai l'intuition que Thomas, loin d'être naïf, pointe du doigt l'autre cadenas à faire sauter. Il garde sûrement en mémoire les avertissements de Jésus invitant au 'doute critique' quand il parlait de son retour : «On vous dira qu'il est ici ou qu'il est là, ne le croyez pas!» Thomas ne veut rien savoir d'un fantôme. Il a connu son maître marqué par les blessures de la vie et de la mort. Il demande, avec raison, à toucher ses mains et son côté.

Thomas vient, me semble-t-il, briser le verrou d'un certain idéalisme, cet état d'esprit qui fait qu'on s'aimerait donc si on était parfait, qu'on aimerait l'Église si elle n'avait pas telles blessures, qu'on aimerait l'autre s'il ou elle n'avait pas tel défaut. Illusoires fantômes, car ça n'existe pas! Quand des jeunes ou une nouvelle communauté disent vivre une relation paradisiaque, j'ai envie de dire : «Si je ne mets ma main dans vos plaies, je ne croirai pas!».

Le ressuscité n'est pas un fantôme. Nous sommes son corps, corps aux mille blessures, mais engagé dans un lent processus de transfiguration. Heureux qui croit en l'autre maintenant sans attendre de voir ce qu'il ou elle peut devenir; heureux qui croit en son enfant maintenant... Heureux qui a cru en Jésus quand il était tout près, humble habitant de Nazareth! Heureux qui croit en la vie maintenant!

Notre coeur était brûlant... - Luc 24, 13-35

Nous sommes dans la situation des disciples d'Emmaüs. Jésus ressuscité marche avec nous sur nos routes mais nos yeux sont souvent empêchés de le reconnaître. Qu'est-ce qui brouille notre vision? À quel signe  reconnaître sa présence?

«Écouter pour voir» clame Radio-Canada. C'est peut-être ce que nous écoutons, ce par quoi nous nous laissons affecter qui nous aveugle du dedans. Comme les disciples, nous marinons parfois dans les événements, connaissances ou images du passé : «Dans notre temps!» - «Tu ne sais pas ce qui s'est passé à Jérusalem!». Jésus est pourtant  le seul à savoir... car il est passé, il a expérimenté la Vie plus forte que désespérance. Et, heureusement, il les laisse débouler leurs déceptions!

Quand leurs coeurs sont vidés, libres pour une nouvelle intelligence, l'étranger rappelle aux disciples la promesse cachée des Écritures qu'ils n'entendent plus, tellement l'espérance est éteinte au-dedans d'eux. Peu à peu leur coeur est tisonné par une Parole chaude. Invité à entrer avant la nuit, l'étranger rompt le pain,  geste simple, réconfortant, tant de fois vécu sur leur route avec Jésus. Comme s'il faisait jour, leur vision s'ajuste à la nouvelle présence de Jésus et Lui disparaît à leurs regards. Ils ont repris souffle et retournent vers la communauté.

Au souffle reçu, nous reconnaissons la présence du Ressuscité. Il épouse tous les visages et marche avec nous : étranger, jardinier ou quoi encore. On le reconnaît au souffle qui rallume l'espérance. Le connaître, Lui, c'est expérimenter la puissance de sa résurrection, écrit saint Paul. Heureux-se qui flaire sa Présence quand, sous mille apparences, il réchauffe le coeur!

Le repas d'Emmaüs n'est pas un repas d'arrivée, c'est un repas de route. Aube dans la nuit, il nourrit de Présence et envoie multiplier les alliances fraternelles. Parole chaude, repas chaud! 

Entrer par la porte! - Jn 10, 1-10

Jésus nous dit d'entrer par la porte si nous voulons prendre soin les un-e-s des autres comme un berger qui aime ses brebis. Il ajoute qu'il est la Porte et que le portier ouvre à qui connaît le «mot de passe». La porte, serait-ce notre identité de fils ou de fille de Dieu? 

Entrer en relation avec une personne parce qu'elle est bien vue ou vient d'une famille noble, qu'elle tient bon compte en banque ou bon lobbying aux bons endroits, même pour l'amour de Dieu, c'est comme escalader des murs espérant tirer profit, extorquer quelque bien ou, inconsciemment peut-être, avoir bonne conscience. C'est fort risqué qu'on s'esquive si jamais l'eau devient trop chaude, qu'on sauve sa peau au lieu de nous sauver ensemble. En fait, aucune relation profonde n'est établie. Jésus  n'a envoyé personne mourir à sa place, il a donné sa vie pour les siens parce qu'il leur était lié en profondeur d'être.

Entrer chez l'autre par la porte, c'est peut-être se présenter, pieds nus, à l'entrée d'un lieu sacré où  coule la même eau de source, désirer faire alliance pour écouter ensemble la même voix, celle du souffle qui est en Dieu avant d'être en nous et qui¸ une fois en nous, reconnaît la voix de Dieu pour l'avoir déjà entendue. Aimer l'autre, en vrais bergers ou bergères, ne serait-ce pas nous offrir mutuellement bon pâturage, nous laisser grand espace de liberté dans la confiance mutuelle, désirant vivre et faire vivre jusqu'à donner sa vie!

Avec l'espérance au coeur, car chaque jour est sûrement jour «porte ouverte» chez le Père Portier! Ne tient-il pas à nous comme à la prunelle de ses yeux? Des places nous sont réservées dans sa Présence. Pourquoi ne pas les occuper ensemble dès maintenant!

Vous savez le chemin! - Jn 14, 1-12

Le carrefour de l'univers religieux nous offre de multiples voies! La nôtre n'est pas un livre de recettes, de trucs dernier cri ou de dogmes bien ficelés. La voie à suivre, c'est une personne nommée Jésus. Il EST un chemin à perte d'horizon!

Liés à lui par le même souffle, nous pouvons, nous dit-il, faire  des oeuvres plus grandes que celles qu'il a faites! Nous sommes donc et devenons avec lui, en lui et par lui, Chemin,  Vérité et  Vie. Quelle profondeur de mystère nous est servie aujourd'hui!Le chemin ne serait-il pas tracé par ce souffle qui nous unit tous ensemble au Père avec Jésus? Souffle qui nous pousse en dedans à devenir Vérité dans l'accomplissement de la Vie?  Par le même souffle, ce qui est réussi en Jésus est en voie de l'être en nous, personnellement et collectivement.

Qui vit de ce souffle de fils ou de fille se reconnaît en voyant Jésus et se sait du même Père. Nous logeons déjà ensemble à l'enseigne de l'Amour. Le chemin est ouvert entre le Père et nous. Plusieurs des nôtres sont établis chez lui à demeure. Nous, nous cheminons encore, mais nous habitons déjà notre place.

Jésus est comme la tête d'un arbre qui surgit en premier de la terre, trace le chemin et appelle à sa vérité, à sa vie, l'arbre tout entier. Il passe en premier et attire tout au Père jusqu'à l'accomplissement de tout. Les branches d'un arbre donnent sûrement plus de fruits que le premier surgeon ou première pousse, mais que donneraient-elles sans ce perce-neige! Nous sommes d'un même arbre, enracinés dans le même Amour!Heureuse personne qui, les yeux fixés sur Jésus,  marche dans la Voie de l'Amour, le Père accomplit en elle ses propres oeuvres!

Je reviens vers vous! - Jn 14,15-21

Jésus nous révèle  aujourd'hui le secret de son message de confiance : nous sommes des greffé-e-s de son Souffle! Souffle de Vérité dont on flaire la Présence!  Non, nous ne sommes pas orphelins, ni de frères ni de soeurs, ni de Père comme Source de nos vies!

Saint Paul écrit, avec raison j'espère: «l'espérance ne nous décevra pas car l'Amour a été répandu dans nos coeurs par le Souffle Saint qui nous a été donné!»  Nous sommes nés pour aimer. Dès notre origine, au fond de nos êtres, est mise en mémoire vive la commande de l'Amour. Jésus a fidèlement obéi, de tout son être, à cette commande intérieure dont le Souffle le guidait vers sa Vérité. C'était toujours pour lui l'heure d'aimer.

Nous sommes comme les ruisseaux d'une même Source. Heureux le ruisseau qui se fie à sa source! La source «ne gèle pas en hiver», « ne vend pas son eau», «n'arrête pas de couler même si personne ne la reçoit», ont dit les sages! J'ai demandé à des personnes intellectuellement handicapées comment un ruisseau connaît sa source. J'entendus une jeune femme  murmurer tout bas : «c'est la même eau»! Elle venait de me révéler une vérité tellement simple! Le ruisseau et la source sont de la même eau, le ruisseau naît sans cesse de la source. Ainsi, quiconque aime doit bien naître sans cesse de la source de l'Amour, il connaît la source.

Voir Jésus vivant, c'est nous voir vivants. Croire, c'est  peut-être dire oui à ce que nous sommes, à l'amour, être prêts à tout pour vivre. Que dire de plus? Je ne sais pas! Mais je désire dire oui à l'amour et, quand je le fais, c'est déjà bon comme la Vie, ça ouvre sur tellement plus grand! 

Il est avec nous, mais où? - Mt 28, 16-20

Les disciples que Jésus rencontre aujourd'hui en Galilée forment une communauté qui nous ressemble. Elle avance entre la foi qui la fait se prosterner et le doute qui la force à avancer vers un ailleurs au lieu de demeurer prosternée en disant «Seigneur! Seigneur!».

Jésus envoie ses disciples faire d'autres disciples,  il partage avec eux le seul pouvoir reçu du Père, celui de l'Amour. Faire des disciples, ça doit vouloir dire qu'on invite tous les autres à s'engager résolument avec nous dans la voie de l'Amour, les yeux fixés sur Jésus.  Et pour tenir la route, découvrir ensemble que nous faisons partie prenante du réseau de relations qui se vit en Dieu. Être disciple, c'est adopter le Père de Jésus et, animés de son souffle, passer  de petits ilots de «frères séparés»  à  la communauté de frères et de soeurs.  Être envoyés comme disciples, serait-ce  plonger avec Jésus dans le monde où nous sommes non pas pour  juger nos contemporains ni les prendre dans des filets, mais pour nous déprendre mutuellement de nos filets et nous  inviter au large?

Avec une assurance : Il est avec nous jusqu'à  l'accomplissement de l'histoire. L'Emmanuel, Dieu-avec-nous, a pris nom humain : Jésus. Il a aussi pris nom d'incarnation dans un lieu précis : Nazaréen. Maintenant il prend  nom de chacun, de chacune de nous : «ce que vous faites au plus petit des miens, c'est à moi que vous le faites!». «Qui vous accueille m'accueille»!

Avec nous même quand nous sommes dans les filets du mal, avec nous dans le passage que nous appelons la mort?  Oui, même là, Il est vraiment avec nous. C'est d'ailleurs là que des personnes l'ont rencontré.  «Où aller loin de sa face, où fuir loin de son Souffle?»

Toutes portes closes! - Jn 20, 19-23

Après un souhait de paix, il leur montre les marques laissées dans ses mains et son côté par les événements des derniers jours.  Et ce sont des disciples remplis de joie nouvelle, capables d'accueillir la paix, que Jésus envoie comme le Père l'a envoyé lui.

Cette page d'Évangile en est une de mes préférées! C'est la Pentecôte dans l'évangile de Jean. Le Ressuscité entre, toutes portes closes, là où sont les disciples, verrouillés par la peur. Il se trouve là au milieu d'eux. Après un souhait de paix, il leur montre les marques laissées dans ses mains et son côté par les événements des derniers jours. Et ce sont des disciples remplis de joie nouvelle, capables d'accueillir la paix, que Jésus envoie comme le Père l'a envoyé lui.

Comme au premier jour de création, le Vivant souffle en eux son souffle pour qu'ils deviennent une communauté de passeurs du souffle qui unit tout ensemble. Le péché, dans saint Jean, c'est de ne pas vivre alors que nous sommes faits pour vivre en abondance, c'est de ne pas aimer alors que nous sommes nés pour aimer. Le souffle de Jésus ressuscité nous est donné pour que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimé, c'est vivre et faire vivre. Nous sommes des communautés où l'amour est donné pour circuler librement. Nous avons le souffle qu'il faut pour aimer, même  nos ennemis!


Mais j'ai le sentiment que nous sommes encore des communautés à déverrouiller de nos peurs, nos multiples peurs. L'Église, pourtant belle, est toujours verrouillée. Mais je me console en pensant qu'Il entre toutes portes closes avec sont souhait de paix, le don de son souffle et qu'il envoie encore les uns vers les autres. Nous ne sommes jamais tous ensemble pour accueillir la venue du Ressuscité. Il manque toujours quelqu'un ou quelqu'une. Même quand nous vivons quelque chose de beau ensemble, il y a, la plupart du temps, une ou plusieurs personnes qui n'entrent pas vraiment dans le mouvement. Et tout le groupe est encore paralysé... avec les marques de ses plaies!

Dans une commune demeure! - Jn 3, 16-18

Une jeune femme me demande, émerveillée : «Est-ce possible qu'en faisant le signe de la croix nous soyons tous dedans?»  Quelle belle découverte! Oui, tous, toutes ensemble dans la Présence!

Depuis plusieurs dimanches,  Jésus nous redit que nous sommes en Lui et Lui dans le Père. Ce doit donc être simple pour les coeurs purs! Pas mathématique en tout cas! Quand Jésus monte aux cieux, il ne va sûrement pas bien loin, puisque tout est en Dieu et lui en nous! Tout juste présent autrement avec tous ceux et celles qui sont disparus de devant nos yeux!

Oui, quand nous traçons le signe de croix, tout l'univers est embrassé! Cette foi-là  nous habite le coeur, l'élargit dans toutes les dimensions, le remplit d'espérance. Nous sommes présent-e-s ensemble dans le monde non pour le juger mais pour l'aimer, animé-e-s du Souffle impérissable! Qui peut  réchauffer le coeur sinon chaque personne qui ne juge pas mais qui  aime?

Au début de l'Eucharistie, nous sommes accueilli-e-s au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, à titre d'enfants du «Dieu de l'univers». Pas de murs dans ce réseau!  Les seuls murs seraient dans nos coeurs. Et nous communions, espérant que tous  ces murs de séparation soient abolis dans notre propre chair, comme ils l'ont été en Jésus, murs élevés petit à petit, sournoisement, par nos peurs  et à coup de lois!  À la fin de l'Eucharistie, nous sommes encore enveloppé-e-s d'une bénédiction en  signe de croix  et envoyé-e-s, en mémoire de Lui, aimer le monde d'aujourd'hui.

Croire en  Dieu, qui est relation, c'est choisir et vouloir à tout prix multiplier les ponts entre nous les humains mais aussi avec tous les autres éléments de notre univers... jusqu'à ce que la Présence soit manifeste en tout!

Du bon-à-manger! - Jn 6, 51-58

Jésus a tout donné de lui. Il s'est donné lui-même à manger. Il désire continuer à le faire par tout son corps que nous sommes. Par nous, se donner comme Pain de vie quotidien.

Quiconque aime comprend un peu cette folie de l'amour. Mais quel sujet de discussions pour les personnes qui ne comprennent rien à l'amour! Il a fallu trois ans aux moines de Tibhirine pour que chacun consente, uni  aux autres, à se donner à manger au peuple qu'ils aimaient au point  d'en arriver à «demeurer-avec» jusqu'au déchirement de leur chair.

Manger la chair et boire le sang de Jésus, c'est laisser tout de lui pénétrer en nous pour devenir lui en tout ce que nous sommes. Manger ses paroles, ses attitudes, ses regards, sa manière d'être au monde et aux autres, son souffle, sa vie. Les manger et les digérer pour aimer jusqu'au bout.

Des contemporains de Jésus n'ont pu avaler ce discours fou! Ils ont pensé consommation au lieu de communion. Ils n'ont pas digéré ses paroles pleines de vie. Ils n'ont pas digéré non plus la présence des personnes qui partageaient sa table. Enfin, ils n'ont pu digérer sa présence tout court. Ils ont refusé de le manger du regard, des oreilles et du coeur, mais ils ont charcuté son corps! Ça prend vraiment une bonne digestion pour communier au corps de Jésus.Avec Jésus, le repas du passage est devenu le repas de l'urgence de faire corps pour vivre nos passages! Urgence de nous donner en nourriture les uns, les unes aux autres. Urgence de réaliser que tout vient du Père, par les humains. Le pain donné par Moïse venait du Père! Jésus aussi venait du Père mais par Marie, Joseph, et par Nazareth! Verbe qui se fait chair!   

Je te bénis, Père! - Mt 11, 25-30

Jésus se désole à la vue des gens de chez lui qui n'arrivent pas à voir ce qui vient de Dieu au coeur de leur quotidien, mais il se réjouit de voir que d'autres, jugés païens, le voient! C'est à ce moment que, émerveillé, il bénit le Père pour ces gens au coeur d'enfant, coeur assez pur pour voir Dieu en toute chose!
Des «miracles» se passent sous nos yeux. Certains voient ces signes de Dieu, d'autres ne voient rien. Mais qu'est-ce qu'un miracle? Selon un maître, d'une autre voie spirituelle, un miracle, c'est l'oiseau qui vole, la fleur qui s'ouvre, l'enfant qui sourit, et le plus grand des miracles, c'est la transformation du coeur humain...
J'entends souvent parler de miracles et c'est tout simple, comme : «C'est un miracle, la circulation est fluide!». «C'est un miracle, je n'ai pas eu la grippe cet hiver!». «C'est un vrai miracle, dit une ado au chevet de sa grand-mère, tous les membres de la famille, jusqu'alors en conflit, se parlent aujourd'hui!». Un miracle, c'est donc quand les choses se passent ou sont comme elles sont sensées se passer ou être et qu'on s'écrie: merci, mon Dieu! Pendant que des savants attendent de Dieu des choses extraordinaires comme preuves, certaines personnes au coeur d'enfant s'émerveillent des nombreux signes de sa présence. Rencontrer des personnes comme celles-ci, c'est tellement reposant! Dieu même doit trouver en elles son repos puisqu'il cherche un lieu où se reposer!
Ce n'est pas en collectionnant des connaissances sur Jésus que nous connaissons le Fils, mais en devenant fils et filles de Dieu, donc en aimant comme lui de tout notre coeur! Quand un coeur fait pour aimer en arrive à aimer, c'est vraiment le plus grand des miracles!

Vive semence! - Mt 13, 1-23

Quand Jésus prend le temps, avec ses disciples, de contempler une semence, j'ai le sentiment qu'il leur donne et nous donne une clé précieuse pour comprendre, non seulement l'évangile, mais l'univers, de son origine jusqu'à son accomplissement. Il m'arrive de penser que Dieu aurait pu faire des choses toutes faites, arrivées à terme! Mais non, il fait des semences et nous les  confie.  Quelle doit être la joie de Dieu de nos émerveillements quand éclate de vie le don caché au coeur du grain!

C'est simple une semence. Une enveloppe où se cache la mystérieuse promesse d'un avenir qui n'en finira plus. La plus petite semence est capable de faire craquer les rochers! Et tant de semences!

Semences porteuses de Parole créatrice et pourtant muettes dans nos mains.  Semences aux multiples formes et couleurs! Semences ailées, semences humides, semences sèches. Semences oubliées dans nos coins secrets ou dans les pyramides des Pharaons mais encore porteuses d'une mémoire vive de  fleurs et fruits.

Semences en attente patiente d'une terre au flanc ouvert  pour y être accueillies en profondeur. Semences qui se déchirent sous la poussée du germe qu'elles protègent comme un secret mystère.  Semences disparues pour s'être vidées en pures offrandes aux alliances fécondes.

Heureux qui a des yeux pour voir l'invisible et des oreilles pour écouter la vie avant d'en voir les premiers signes extérieurs. Heureux qui se glisse dans la foi que Dieu a dans les semences qu'il nous donne en surabondance. Il est sûr, Lui, que sa Parole comme énergie sacrée, commande intérieure, ne lui reviendra pas sans avoir accompli sa mission!

Dire que toute Parole créatrice est comme le germe enfoui dans une semence! Heureuse toute personne qui, comme Joseph, prend chez elle ce qui vient de Dieu dans si petit!

Sainte patience! - Mt 13, 24-43

Nous voyons facilement nos défauts et ceux des autres et nous voudrions tant nous  en débarrasser pour de bon.  À tout prix parfois, quitte à hypothéquer l'avenir de notre propre jardin! Nous jugeons aussi que certains fruits tardent à venir. Jésus ne semble pas penser ainsi!

Faut-il, en effet, qu'un semeur soit sûr du bon germe enfoui dans une semence pour laisser pousser ensemble le  mauvais grain et le bon grain jusqu'à la moisson! Faut-il qu'une femme soit sûre de la force d'une mesure de levain enfouie dans trois grandes mesures de farine pour attendre patiemment que toute la pâte soit levée! Petite semence, petit levain, grand arbre et bon pain à venir!

Je me réjouis qu'à l'origine de tout, de moi, des autres, de l'Église comme de l'univers, est enfoui  quelque chose de bon,  comme ADN venant de celui que nous appelons Dieu.  C'est après coup que l'ennemi  a semé de l'ivraie dans le champ déjà ensemencé. Le bon grain a donc une longueur d'avance quand apparaît l'ivraie.

Comme une femme retire ses mains de la pâte qu'elle vient de  pétrir pour laisser le levain faire son travail, ainsi Dieu, au septième jour, s'est retiré de son oeuvre et laisse son Souffle, enfoui en toute chose, accomplir sa mission jusqu'à l'accomplissement de l'univers.  

Dieu croit en son propre Souffle, Il espère tout. Amoureux-ses de la vie comme Lui, soyons patient-e-s de sa patience et tenons ferme dans la foi! Tout a tenu jusqu'à ce jour et l'oeuvre de Dieu n'est pas finie! Elle n'est finie ni en moi, ni en vous, ni en nos enfants et petits-enfants, ni  dans l'Église ni dans le monde. «Au long des jours, au long des nuits, il fait lever l'arbre aux oiseaux» et  le pain de Vie.

Un trésor! Une perle! - Mt 13, 44-52

Michel Rivard chante  qu'il y a un trésor,  une richesse qui dort dans le coeur des enfants mal aimés! Serait-ce de ce trésor qu'aucun mal ne peut détruire dont parle Jésus?

Jésus ne dit pas de tout vendre pour acheter un champ afin d'y trouver un trésor. C'est plutôt quand une personne découvre un trésor caché dans un champ qu'elle est prête à tout vendre pour acheter ce champ. Le message de Jésus est une révélation du don caché dans le coeur de chaque personne et de chaque créature : ce doit bien être son identité. De même, dit-il, quelqu'un est prêt à tout négocier pour avoir la perle qu'il a découverte dans sa faim de rencontre signifiante.

Mus par ce que nous avons de plus précieux dans le coeur, il nous arrive d'être comme un filet qui ramasse bien des choses, qui accepte toutes sortes de relations.  Puis, un jour, nous sentons le besoin de faire du ménage, de garder ce qui fait vivre et de nous délester de ce qui est inutile ou dommageable.

J'ai même souvent observé qu'au moment de la mort de quelqu'un, c'est comme si on ne voyait que la vraie personne. Le trésor caché en elle est enfin dégagé de sa gangue. Ce que l'on avait de la peine à trouver beau, à aimer en elle, ce qui  semblait menaçant ou agaçant, manies ou défauts, on dirait que ça n'existe plus, comme si ça ne passait pas la mort.

Je comprends que des gens pleurent quand meurt une personne avec qui ils ont pourtant eu mal à vivre, car il ne reste que la vraie personne, celle avec qui il y eut de ces moments  inoubliables qui avaient la beauté du trésor caché, de la perle découverte.

Tant de faims! - Mt 14, 13-21

Quelle faim pousse donc les foules, à pied, vers l'endroit pourtant désert où Jésus se rend en barque pour qu'elles arrivent avant lui? Et qu'est-ce que les disciples peuvent apprendre dans cette aventure? A sentir ce dont la foule a vraiment faim? A se donner eux-mêmes à manger?

Je me souviens d'un ado, très désemparé, qui souffrait de ne pas pouvoir parler vraiment avec son père. Chaque fois qu'il voulait le faire, son père lui donnait de l'argent pour aller s'acheter ce qu'il voulait: moto, veste de cuir, etc. Il désirait le temps d'une présence et le père l'envoyait ailleurs.  

C'est ce que les disciples proposent à Jésus: envoyer les foules ailleurs pour quelles s'achètent à manger. Et Jésus leur dit que, pour ce dont elles ont faim, elles n'ont pas besoin d'aller ailleurs: eux sont là pour se donner eux-mêmes à manger avec lui. Qu'ils s'offrent donc avec les cinq pains pétris par les humains et les deux poissons donnés par la nature, reconnaissant que tout vient du Père pour être partagé, et, une fois les foules assises, ils verront bien! Il en restera de cette nourriture. 

Pour devenir bergers avec les disciples, nous avons peut-être à passer de la consommation à la communion. Et nous découvrir ensemble héritiers, héritières d'une richesse naturelle, renouvelable à l'infini, "placement" divin dans le coeur de chaque personne, capable de nourrir toutes les sortes de faims. Cette inépuisable richesse, nous le sentons bien, c'est notre incroyable puissance d'aimer qui est désir de rencontres nourrissantes comme celle vécue par Jésus avec la femme de Samarie. Heureusement! des gens laissent libre cours à la logique de l'amour. Sinon le monde serait déjà mort de faim. Regardons, c' est plein de gens affamés tout autour! Pourquoi les envoyer ailleurs?

Fantôme ou main tendue? - Mt 14, 22-33

J'ai souvenir d'une nuit où mon père avait dû se lever pour contrôler le dangereux taureau qui, détaché, encornait tout sur son passage. Comme papa revenait de l'étable après y avoir enfermé l'animal, de ma chambre d'enfant, j'entends maman crier: "Tommy, un fantôme!". Papa, dans son blanc vêtement, de répondre: "C'est moi, bondieu!" Maman avait-elle peur du boeuf au point de penser que mon père ne reviendrait pas vivant de son aventure?

Nos peurs, amplifiées par les ombres de la nuit, peuvent-elles nous envahir à ce point que nous pensons disparues dans la brume ces personnes qui nous ont laissés partir nous forçant parfois à passer, seuls, sur une autre rive de nos vies?

Les premiers chrétiens, livrés aux bourrasques de nuit qui faisaient tanguer leur vie, ont peut-être eu tellement peur qu'ils ont douté de la présence de Jésus au point d'avoir remis en question leur foi en sa résurrection! Peut-être pensaient-ils, comme maman, que l'homme revenu de l'épreuve était un fantôme alors qu'il était bien réel.

De toute façon, avec Pierre, nous apprenons que la foi n'est pas un défi lancé à Dieu de nous faire marcher sur les eaux! Mais un cri de détresse qui, des eaux où nous sommes, nous oblige à accepter la main tendue pour sortir de nos embardées accidentelles ou téméraires et, raffermis, continuer à ramer avec ou contre le vent.

Le Ressuscité n'est pas un fantôme, mais une main tendue. Nous avançons non pas en marchant sur les eaux, mais "em-barqués" pour naviguer ensemble, mystérieusement unis à ces personnes qui, les yeux fixés sur Jésus, ont traversé l'épreuve. C'est possible qu'elles marchent maintenant, elles, sur les eaux et viennent vers nous aux premières lueurs de nos aurores. Puissions-nous les reconnaître dans une main tendue.

La force du désir! - Mt 15, 21-28

J'ai souvenir d'un couple qui apprit qu'un seul remède pourrait guérir leur enfant. La famille et les amis ont vaincu tous les «impossibles» pour trouver ce remède dans un pays étranger. Que ça peut être fort un désir pour vaincre tous les obstacles et devenir réalité!

Pas facile, par exemple, de traverser l'obstacle du mutisme quand nous appelons au secours! Comment justifier l'indifférence, encore moins celle de Jésus quand on lance vers lui un S.O.S pour l'enfant de ses entrailles!  Pas facile de passer outre aux récriminations d'un club d'amis qui, dérangés par les cris d'un intrus, demandent qu'on les en débarrasse, qu'on leur fiche la paix. Encore moins, quand on crie vers celui pressenti comme seule planche de salut.

Pas facile de dépasser le jugement qui frise l'exclusion quand, étranger ou étrangère, on n'est pas de «la bonne gang», encore moins quand cela vient de Jésus de qui on s'est désespérément approché! Pas facile de subir le sarcasme d'être comparés à des petits chiens qui mangent les miettes tombées de table, surtout quand cela vient de Jésus qui, pourtant, mange avec des pécheurs! Pourquoi pas avec celle qui vient des territoires païens?

Quelle foi en Jésus, vu comme dernier recours, chez cette femme! Quel urgent désir de voir sa fille guérie!  Elle passe outre à tous les obstacles. Ce qu'elle veut, c'est la délivrance de son enfant! Elle est prête, s'il le faut, à cueillir les miettes tombées de table. Une seule miette, mais venue du Jésus dont elle a entendu parler, ça peut sûrement guérir un enfant!


Jésus voit en gros plan la foi de cette femme pourtant païenne, il voit son désir devenir réalité! Au fond, notre désir est peut-être celui-là même de Dieu qui, comme Parole de Lui, s'agrippe en nous! 

Pour vous, qui suis-je? - Mt 16, 13-20

J'ai parfois envie de demander ce qu'on dit de moi! Est-ce qu'on me compare à d'autres? Me voit-on sous mon vrai jour? Combien me connaissent vraiment parmi les gens rencontrés? Certaines personnes sont rejointes par mes propos, d'autres, pas du tout. Alors, j'ai parfois envie de demander à mes véritables ami-e-s ce que je suis pour eux, pour elles!

Quelle joie alors de rencontrer une personne qui pressent qui je suis, qui effleure mon identité. Pas seulement comme fille de mes parents selon la chair et le sang, pas seulement comme celle qui fait des choses, pas seulement comme membre d'un groupe, pas seulement comme celle qui fait des bêtises non plus; mais  selon mon nom unique, ce que je suis appelée à devenir en vérité, ce qui demeurera quand seront effacées toutes les lignes de mon CV.

Jésus, heureux lui-même, déclare Pierre heureux de toucher à sa mystérieuse identité, ce que la chair et le sang ne peuvent manifester. Ça prend quelque chose qui vient du Père, dans le coeur de Pierre, pour flairer en Jésus un fils de Dieu. Pierre a sûrement «du fils de Dieu» en lui!

C'est sur la base solide de cette reconnaissance d'identité partagée  que Jésus désire rassembler l'humanité. Tant qu'il y aura, sur terre, une personne qui reconnaît dans l'autre l'inviolable dignité d'enfant de Dieu, tout sera possible. La Mort ne l'emportera pas sur cette communauté, car jamais nous ne serons des ex-enfants d'un père qui est Amour!

Il semble, selon un sage, que nous sommes passés de la nuit au jour quand nous discernons dans l'autre un frère ou une soeur. Heureuse personne qui se voit et voit les autres ainsi! Elle a sûrement en elle  quelque chose du ciel. Serait-ce l'amour reçu en héritage?

Passe derrière, Satan! - Mt 16, 21-27

Par intuition, Pierre vient de nommer Jésus «fils du Dieu vivant», c'est vrai. Mais ça veut dire quoi? Que Jésus multipliera les miracles, qu'il ne souffrira pas?

Tentation pour Jésus comme celle déjà repoussée au désert : faire appel à des privilèges pour éviter le sort du commun des mortels. Cette fois-ci, c'est encore le Satan, mais sous l'habit de Pierre, qui veut barrer la route que Jésus entend suivre, guidé par le souffle intérieur.

On dirait que Jésus veut ajuster son tir. Mais comment? Peut-être en disant que la foi n'est pas une garantie contre la souffrance? Que le diable voudrait bien transformer notre passion de vivre en passivité, en retrait du combat, afin d'éviter la souffrance, car ce sont les personnes qui s'impliquent qui mangent les coups comme on dit?

C'est comme si Jésus réalisait le temps venu de révéler aux siens que ce ne sont pas les actions d'éclats qui manifestent que nous sommes d'origine divine. Mais c'est quoi alors? C'est plutôt cette force qui, en nous, nous donne de vaincre les obstacles, et surtout, en définitive, l'obstacle qui se nomme MORT. «Vraiment cet homme était Fils de Dieu» s'écrie le soldat au moment de la mort de Jésus.

Ce doit être pour cela que Dieu n'a pas craint d'envoyer son Fils parmi nous, de le voir s'aventurer dans les «ravins de la mort». Dieu  peut bien attendre que nous réalisions quelle promesse d'amour nous habite, comme des parents qui aiment leurs enfants et qui, loin de les gâter dans l'immédiat, sont prêts à attendre le temps qu'il faut pour qu'ils en prennent conscience.

Si le souffle en nous est d'origine divine, pourquoi ne nous ramènerait-il pas  à Dieu au temps voulu! Qui a déjà réussi à éteindre le vent? 

Si ton frère, ta soeur... - Mt 18, 15-20

J'ai le vif sentiment que pour vivre en vérité l'évangile d'aujourd'hui, il faut nous situer au niveau de la foi en toute personne jusqu'à voir en chacune un frère ou une soeur envers qui nous serions décidément engagés par solidarité humaine. D'ailleurs, n'est-ce pas à ce niveau que l'évangile de Matthieu entend nous toucher?

Comment vivre et grandir ensemble, égaux et différents, sans décider de nous engager les uns, les unes envers les autres et d'avoir à coeur l'humanité tout entière? Nous engager à poursuivre inlassablement le dialogue afin d'en arriver à mieux nous connaître pour mieux nous comprendre. Nous engager à accepter la remise en question, la correction fraternelle, et même à nous laver les pieds mutuellement. Ne sommes-nous pas appelés, dans la foulée de Jésus, à deux ou à plusieurs, à prendre le risque d'aimer pour contribuer à l'avènement d'un univers plus harmonieux? C'est dans la juste relation entre des personnes que se manifeste la présence du divin. Christian Arnsperger, économiste, invite quiconque désire tenter l'aventure vers un monde nouveau à devenir «entrepreneur relationnel» et à transformer les différents milieux de vie en lieux de guérison.

Comment faire cela sans réaliser que nous sommes d'une même origine, d'un même souffle et destinés au même accomplissement? Parler de «péché» dans cette optique, c'est parler de faute dans les relations. Comme il faut avoir le coeur libre pour oser rencontrer l'autre qui a «péché» et lui parler d'abord seul à seul pour l'aider à voir sa faute! Et pour accueillir un-e autre qui ferait ainsi pour moi!

L'évangile nous propose donc, claironné par plusieurs voix actuelles, de dépasser les «accommodements raisonnables». Nous qui nous disons disciples de Jésus, comment faire une différence dans le monde? Sommes-nous un sel gouteux, une lumière exposée?

Combien de fois pardonner? - Mt 18, 21-35

Comment passer d'un réflexe de calcul à celui de la gracieuseté comme Pierre est invité à le faire aujourd'hui sans  faire appel à notre foi en  cette « incroyable puissance d'aimer» au coeur de toute personne?

Pardonner! «Que c'est difficile!» «C'est fou!». «C'est se laisser manger la laine sur le dos».  Si au moins on limitait cela à un nombre de fois. Il y a quand même des limites!

Difficile oui! Tellement difficile que c'est presqu'Impossible! Pourtant ça fait mal à nous rendre malades de ne pas laisser l'amour circuler librement dans nos artères! Ne pas pardonner, c'est bloquer des chemins de vie. Chaque jour nous voyons à quel point les occlusions d'amour font mal aux familles, aux Églises, aux peuples, à l'humanité.

La réponse de Jésus à Pierre est une belle application de la parabole qu'est la semence. Le serviteur à qui on vient de remettre une grosse dette ne prend pas le temps d'accueillir la semence de pardon qui lui est offerte gracieusement, de la goûter, de la laisser pénétrer en profondeur pour qu'elle produise des fruits de même espèce. Aussitôt sa dette remise, il rencontre l'autre qui lui doit fort peu et agit comme une personne qui a vite consommé et s'en va  sans  avoir pris le temps de communier pour devenir ce qu'elle a reçu.

Au fond, Jésus répond à Pierre qu'il découvrira  la juste réponse à sa question quand il aura goûté à quel point  celui qu'il a trahi a tout juste continué à l'aimer et qu'il en pleurera de joie. Alors, il ne se demandera plus combien de fois. Heureux et émondé, il produira, en toute saison, des fruits de même espèce, fruits de compassion, de pardon. L'amour en lui aura vaincu la courte sagesse des calculs!

Quand on n'a que l'amour à offrir en salaire! - Mt 20, 1-16a

De nouveau  Jésus nous invite à passer d'une mentalité de calcul à celle de la pure gratuité. Un homme au coeur d'enfant  m'a aidée à goûter cette histoire d'ouvriers embauchés à la vigne à différentes heures du jour. La célébration eucharistique allait commencer quand cet ami, venu me rejoindre, me dit à l'oreille qu'il venait de comprendre quelque chose de difficile. «Quoi?» lui demandai-je.

Il venait de saisir le secret de la parabole des ouvriers. «C'est simple, dit-il, avec le bon Dieu il s'agit de se présenter et on a tout!» Comme un enfant qui se présente à la dernière minute pour un réveillon et à qui on sert tout comme à l'autre arrivé beaucoup plus tôt pour participer à la préparation. On est tellement content qu'il soit là! La source se donne sans mesurer à qui vient cueillir de son eau à toute heure du jour.  Une source ne vend pas son eau, dit G. Vigneault et le Père Bourassa,  jésuite, disait qu'une source, même si elle n'est pas reçue, n'arrête pas de couler, elle se donne. Gaspillage?

L'histoire de Jésus demeure quand même difficile à «prendre». «Comment! Une personne a bamboché toute sa vie et elle peut aller au Ciel... à quoi bon, alors, avoir été fidèle tout le temps, si c'est comme ça!» Oui, difficile d'entrer dans la gratuité de l'amour quand on évalue sa vie et celle des autres à l'étalon des mérites, des droits et des sueurs ou de la rectitude morale. On voit bien que la difficulté ne vient pas du Père qui n'a qu'amour à donner, mais des enfants entre eux, de leur attente d'une part qui leur serait due pour tant d'heures de services rendus. Peut-être connaissons-nous mal notre Dieu! 

Qui me précède au Royaume de la bonté? - Mt 21, 28-32

Jésus s'adresse aujourd'hui à ceux dont il a déjà dit à Pierre qu'il aurait beaucoup à souffrir : les chefs des prêtres et les anciens. Déjà Jésus souffre de leur part, de leur refus de croire à la Parole qui, gravée dans leur coeur, pourrait changer leur attitude,  leur donner d'être plus attentifs aux personnes, plus humains dans leur rapport aux autres. Il peut arriver que l'on dise oui à l'amour au point de départ mais, qu'emportés par l'amour du pouvoir, on n'agisse pas dans le sens de cette Parole. Il peut arriver qu'on dise non et qu'après avoir été amené, par une expérience inattendue, à écouter son coeur et s'être ajusté à la Parole, on porte des fruits de l'amour comme la bonté, la compassion, la justice.

Ce n'était sûrement pas très agréable pour les chefs des prêtres et les anciens de se faire dire par Jésus que les publicains et les prostituées les précéderaient dans le Royaume dont il nous parle. 

Et pourtant, Jésus avait raison. Sans amour, le monde meurt. Aimer même trop, même mal, mais laisser la Parole de Dieu faire en nous ce qu'elle dit. Puisque la Loi de l'être gravée dans le coeur est celle-ci : «aime et tu vivras», il ne faut pas nous surprendre que, pour Jésus, la catastrophe  c'est de ne pas aimer, car alors notre vie ne tient pas. Ne pas aimer est plus dommageable que de faire des bêtises en apprenant à aimer, car l'amour est  plus fort que nos bêtises, il nous fait nous relever et marcher encore, même en boitant, dans la voie qui mène à la vie. Mourir, c'est peut-être suivre enfin son coeur!

Qui  précède qui dans la bonté, la compassion et la justice?

Quel vêtement faut-il? - Mt 22, 1-14

De quel enfant célèbre-­t-on le mariage, quel repas savoureux veut-on offrir à tout prix quand on remplace les invités récalcitrants par des «quidam» au banquet des noces?

Que dire des invités qui refusent! Ils n'ont pas le temps ou bien ils en veulent au roi au point de se débarrasser cruellement de ses émissaires! Et ces autres, bons ou mauvais rencontrés à la croisée des chemins, qui n'y comprennent rien et qui, surpris, curieux peut-être, se retrouvent  ensemble au hall du festin!

Le plus déroutant de l'histoire, c'est l'importance du vêtement de noce. Comment les gens de la rue, rassemblés par défaut, peuvent-ils être sur leur trente-six? L'habit dont il est question est sûrement autre chose qu'un juste agencement de tissus. Mais c'est quoi?

Plus j'y pense, plus je crois qu'il s'agit d'une disposition intérieure qui habille le coeur. Les personnes qui ont décliné l'invitation ne devaient pas l'avoir. Et, parmi les personnes amenées, un pauvre homme, forcé à venir, ne l'a pas non plus. D'ailleurs il n'a que le silence comme réponse au reproche qu'on lui adresse!

Quel  modèle de vêtement convient donc à la noce? À partir de l'expérience des rassemblements de fête, j'imagine, pour ma part, que ce pauvre mec devait être quelqu'un qui, une fois entré, demeurait enfermé dans ses ténèbres intérieures, sans avoir le coeur à la fête ni le corps à la danse. Seul dans son coin, comme un boudeur, poings et pieds liés,  alors que la fête est commencée! C'est pire que d'être laissé dehors!

Abandonné à lui-même, peut-être que le mouvement des autres, comme un bon souffle, ravivera le feu qui couve à l'intime de lui. Pourront alors se délier, à partir du dedans, ses mains et ses pieds. Peut-être sera-t-il  prêt pour la  danse du feu!

Quel vêtement faut-il? - Mt 22, 1-14

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...avec soeur Rita Gagné

Quel vêtement faut-il? Commentaire du texte d'évangile du 9 octobre 2011 - Mt 22, 1-14

De quel enfant célèbre-­t-on le mariage, quel repas savoureux veut-on offrir à tout prix quand on remplace les invités récalcitrants par des «quidam» au banquet des noces?

Que dire des invités qui refusent! Ils n'ont pas le temps ou bien ils en veulent au roi au point de se débarrasser cruellement de ses émissaires! Et ces autres, bons ou mauvais rencontrés à la croisée des chemins, qui n'y comprennent rien et qui, surpris, curieux peut-être, se retrouvent  ensemble au hall du festin!

Le plus déroutant de l'histoire, c'est l'importance du vêtement de noce. Comment les gens de la rue, rassemblés par défaut, peuvent-ils être sur leur trente-six? L'habit dont il est question est sûrement autre chose qu'un juste agencement de tissus. Mais c'est quoi?

Plus j'y pense, plus je crois qu'il s'agit d'une disposition intérieure qui habille le coeur. Les personnes qui ont décliné l'invitation ne devaient pas l'avoir. Et, parmi les personnes amenées, un pauvre homme, forcé à venir, ne l'a pas non plus. D'ailleurs il n'a que le silence comme réponse au reproche qu'on lui adresse!

Quel  modèle de vêtement convient donc à la noce? À partir de l'expérience des rassemblements de fête, j'imagine, pour ma part, que ce pauvre mec devait être quelqu'un qui, une fois entré, demeurait enfermé dans ses ténèbres intérieures, sans avoir le coeur à la fête ni le corps à la danse. Seul dans son coin, comme un boudeur, poings et pieds liés,  alors que la fête est commencée! C'est pire que d'être laissé dehors!

Abandonné à lui-même, peut-être que le mouvement des autres, comme un bon souffle, ravivera le feu qui couve à l'intime de lui. Pourront alors se délier, à partir du dedans, ses mains et ses pieds. Peut-être sera-t-il  prêt pour la  danse du feu!

De qui est l'effigie? - Mt 22, 15-21

Les Pharisiens se concertent avec les partisans du roi en vue de piéger Jésus. Ils énumèrent ce qu'ils croient savoir de lui: vrai comme il est, il enseigne le vrai chemin de Dieu, ne se laisse influencer par personne, ne fait pas de différence entre les personnes.

Le piège tendu? Est-il permis à un Juif de payer, oui ou non, l'impôt à César?  Libre de toute peur, Jésus dévoile l'hypocrisie de ses interlocuteurs et, gardant le cap sur l'amour, oriente vers le vrai chemin.  Il demande à voir une pièce de monnaie et qu'on nomme l'effigie dont elle est frappée. «De César!», reconnaissent les «trappeurs». La parole de Jésus  est  limpide. La pièce de monnaie montre la figure de César? Qu'on la rende donc à César et, par lui, espérons-le, au peuple!

Chaque personne a plusieurs couches, souvent superposées, d'appartenance. Mais, au-delà de ce qui nous différencie, nous sommes tous  burinés,  à l'origine,  de la même effigie : celle de Dieu lui-même.  Un jour, après avoir rendu ce qui revient aux divers groupes d'appartenance, nous rendrons à Dieu ce qui est à lui : le souffle! Que les pharisiens rendent aux pharisiens ce qui leur vient d'eux; les partisans du roi, au roi; les sujets de César, à César.. Ah! si nous pouvions tous accueillir, de notre identité commune et de nos différences, la grâce de bâtir un monde plus humain!  Sinon, nous décidons  puis agissons à partir de nos seules différences  et divisons au lieu d'unir! C'est peut-être cela l'hypocrisie : vivre en deçà (=hypo) de son inaltérable identité!

Tout est à nous, dit saint Paul, mais nous sommes au Christ et le Christ est à Dieu. La terre, l'Univers aussi bien entendu, car tout est harmonisé par le même Souffle!

«Tu aimeras!» - Mt 22, 34-40

Les pharisiens,accompagnés d'un docteur de la Loi, viennent encore tester Jésus. Connaissant le nombre croissant de petites lois ajoutées à la Loi, le docteur demande à Jésus quel est le grand commandement.

Jésus, à l'écoute de son coeur, rappelle ce qui, depuis longtemps, est proclamé dans le temple et les synagogues : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit». C'est le grand commandement. Mais un deuxième lui est semblable : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même». Jésus reconnaît que ce qui est écrit jusqu'alors dans les livres sacrés témoigne que ces deux commandements n'en sont qu'un : celui de l'amour.

Loin d'être un ordre dicté de l'extérieur, l'amour est une commande intérieure, un mandat que Dieu partage avec nous. Dieu est Amour et dans chaque coeur humain, coeur de chair, est gravée la Loi de l'amour qui est celle de Dieu lui-même. Nous recevons de Source ce qu'il faut pour aimer!

J'ai demandé à des personnes intellectuellement handicapées comment un ruisseau connaît sa source. Une femme répond immédiatement : «C'est la même eau!». Quelle belle réponse! Dieu et nous, de la même eau, du même Amour. C'est pourquoi saint Jean dit que quiconque aime connaît Dieu, car chaque personne naît de Dieu comme le ruisseau naît sans cesse de la source. Saint Jean l'a bien compris : l'Amour est un élan unique qui vient de Dieu pour circuler entre les ruisseaux que nous sommes. Penser qu'on aime Dieu  sans aimer ceux et celles qui naissent de lui, dont soi-même, c'est se conter des histoires.

D'ailleurs, voici une des dernières paroles de Jésus adressée trois fois à Pierre: «Si tu m'aimes, prends soin des miens, des miennes». Alors, Pierre, on te reconnaîtra comme disciple! 

Attention! Danger! - Mt 23, 1-12

Plusieurs fois piégé par les scribes et les pharisiens, Jésus met la foule et les disciples en garde contre leur manière d'être et de faire. Il n'y va pas avec le dos de la cuillère quand il nomme ce que tous remarquent, tellement c'est évident!

Il le fait pour demander à qui l'écoute de ne pas imposer à d'autres des fardeaux qu'on ne peut porter soi-même, ne pas s'arranger pour être remarqué en portant des «attire-l'oeil», ne pas courir après les places d'honneur, les premières places dans les lieux de culte, les poignées de main sur les places publiques, les titres qui en imposent.  

C'est tellement facile de voir ces tendances ou tentations de pouvoir chez les autres! Et ce n'est guère évident d'échapper au «levain des pharisiens». Mais ne craignons pas, Jésus va bientôt parler dans les yeux aux scribes et aux pharisiens, les interpeler vivement pour les réveiller si possible avant qu'il ne soit trop tard. Demandons pour nous et pour tous la grâce de nous laisser vraiment affecter par ce que Jésus propose aux siens pour marcher avec lui dans la voie de l'amour. Il rappelle simplement qu'étant frères et soeurs nous avons à vivre en conséquence : ne donner à personne le nom de père car nous n'avons qu'un seul Père;  ne pas réclamer le titre de maîtres, car, toujours vivant, Il est notre seul Maître. Et quiconque désire être plus grand, qu'il serve davantage car qui s'élève par soi-même risque, malheureusement, de tomber de son escabeau!

Comme Il faut aimer quelqu'un pour lui faire un massage cardiaque! Jésus aime sûrement les pharisiens car, pour les voir manquer ainsi à leur être de vivants, il les tient contre leur gré la tête dans le vent, selon l'expression de Saint-John-Perse!

De l'huile svp! - Mt 25, 1-13

Toutes invitées aux noces les «jeunes filles»! Toutes parties à la rencontre de l'époux! Toutes assoupies et tombées endormies parce que l'époux tarde à venir! Qu'est-ce qui fait donc que cinq d'entre elles sont qualifiées de sages et les cinq autres, d'insensées? Qu'est-ce qui fait que cinq entrent dans la salle des noces et que les cinq autres, arrivées plus tard, ne sont même pas reconnues par l'époux qui, lui, a quand même tardé à venir?

Pas toujours faciles ces paraboles qu'invente Jésus pour parler de sa venue! Mais, avec le Souffle promis, je désire me laisser toucher, car c'est pour nous que Matthieu a écrit. J'accueille aujourd'hui, important pour ma vie, l'appel pressant à demeurer branchée à ma source et de compter sur elle pour garder mon coeur en état de veille même quand je dors. La différence entre les deux groupes de jeunes filles est dans cette nuance : les sages  ont apporté de l'huile avec leur lampe; les autres, non. Huile qu'on ne peut acheter chez les marchands. Et à quoi bon une lampe, même de cristal, si elle est asséchée?

Reliée à ma source, jour et nuit, je désire être toujours prête à entrer dans la beauté féconde des rencontres. C'est toujours l'heure d'aimer! Que l'Époux se présente par la beauté du monde, le visage d'un enfant ou le cri d'un laissé-pour-compte, le chant du vent ou celui de l'oiseau, la misère du mendiant ou celle du riche, un coeur qui veille flaire sa présence et entre dans la danse. Je compte sur toi, mon Dieu, mon coeur est vierge! Que s'éveillent mes sens!

Aujourd'hui, je suis invitée, même plus «vieille» d'âge, à discerner à quelle fontaine de jouvence je demeure branchée car je désire tellement, avec Jésus, aimer jusqu'au bout!

Ah! Cette peur d'aimer! - Mt 25, 4-30

À l'écoute de l'évangile d'aujourd'hui, je me demande ce que devient le don que j'ai reçu en exclusivité.  Quel est ce don?  Plusieurs l'ont heureusement découvert. Nana Mouskouri  ne chante-t-elle pas : «J'ai reçu l'amour en héritage» et Jacques Brel : «Quand on n'a que l'amour à offrir en partage»?

Nous avons généreusement déployé les dons reçus pour l'activité humaine. Si nous en avons reçu cinq, nous en avons facilement développé cinq autres pour participer, au quotidien, à l'évolution de l'humanité et de l'univers. Le chiffre 10 représente la totalité des activités humaines. Nous avons aussi doublé les dons reçus pour la communication. Si nous en avons reçu deux pour entrer en dialogue les uns avec les autres, nous en avons certainement développé deux autres pour communiquer, comme nous le faisons, dans un instant record, avec des personnes aux quatre points cardinaux.

Mais le don qu'est l'amour et qui baptise d'un nom unique chaque personne, le don du «je suis», l'aurions-nous enfoui par peur? Je me suis demandé pourquoi Jésus parle de banque à celui qui, rendu frileux de peur, a enfoui le don reçu. Je prends conscience que le don de l'amour est un placement de lui-même que Dieu dépose, en exclusivité,  dans le coeur de chaque être humain. Ce don ne se développe pas à la force de nos mains, de nos intelligences. Comme un placement en banque, il croît par lui-même grâce aux placements de chacun, de chacune des autres. L'amour ne fait pas que se doubler, il s'accroît sans cesse quand il est investi au fur et à mesure qu'il est reçu.

Voici la question la plus dérangeante que j'ai entendue : «Pourquoi avez-vous peur d'aimer?» Puisse cette question labourer notre coeur jusqu'à la fructification espérée du don reçu!

Quel roi! - Mt 25, 31-40

Le roi que nous fêtons aujourd'hui affirme qu'aimer les siens comme s'ils étaient son corps c'est l'aimer, lui. En fait, comment une personne dont on n'aime pas le corps pourrait-elle se sentir aimée? Voilà où Mathieu nous amène. Celui qu'on appelait Emmanuel, c'est-à-dire Dieu-avec-nous, est l'un de nous : il s'appelle Jésus. Revenu d'Égypte, il se nomme le «nazaréen». Relevé de la mort, Jésus promet qu'il sera présent jusqu'à l'accomplissement de l'univers en Dieu. Il nous révèle même sous quel visage le reconnaître maintenant : celui de nos soeurs, de nos frères humains. Qui pourra prétexter qu'Il ne savait pas!

Cette parole lapidaire si souvent citée me dérange chaque fois : «Ce que vous faites aux plus petits d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites». Dieu ressent donc en lui ce que nous faisons ou refusons de faire les uns, les unes pour les autres. Il affirme par Isaïe : «mes entrailles en moi frémissent comme une cithare»! Les «indignés de la terre», sans le savoir, entendraient-ils cela mieux que les grands parleurs, décideurs du sort des humains dont plusieurs sont victimes impuissantes de la cupidité aveugle des autres? Ne sommes-nous pas témoins, chaque jour, du rejet des prophètes et du jugement de l'histoire?

J'éprouve un grand malaise à relire les paroles de saint Basile (4è s.)  : «Il appartient à celui qui a faim, le pain que tu gardes; à celui qui est nu, le manteau que tu conserves dans tes coffres; l'argent que tu tiens enfoui. Ainsi tu commets autant d'injustice qu'il y a de personnes à qui tu pourrais donner!» Radicalisme dépassé?

Ce Roi vivant que nous fêtons aujourd'hui se reconnaît-il dans nos célébrations? Son Nom serait-il le mien, le tien, celui des laissés-pour-compte? Est-il drapé d'or ou dépouillé? 

Un trousseau de clés! - Mt 13, 33-37

Comment dormir le coeur en paix avec cet avertissement de Jésus? Il faut bien dormir non! Veiller jour et nuit, c'est vraiment impossible, surtout si le temps s'étire à n'en plus finir.

J'ai trouvé une solution qui me laisse le coeur en paix et qui me permet de dormir sur mes deux oreilles,  tout en laissant bien ouvertes les oreilles de mon coeur. Je l'ai trouvée quand je parcourais régulièrement les routes de la Gaspésie. C'est très simple : je collectionnais les clés ou les combinaisons qui me permettaient d'entrer de nuit chez des gens qui me faisaient confiance. Le matin, on pouvait aussi bien me trouver dans mon sac de couchage sur le divan du salon que dans un lit disponible! Un bon café d'accueil et, revigorée,  j'étais prête à reprendre la route.

Mon secret : donner à qui peut arriver à toute heure, même ténébreuse, le secret pour ouvrir la serrure de ma maison. Cette personne entrera comme chez elle, sachant que mon coeur est tout à fait ouvert et sans inquiétude. Qu'il est bon le café matinal en présence de qui peut entrer à l'improviste tant la confiance est mutuelle!

Jésus désire peut-être ajouter à son trousseau la clé de mon coeur. Ne m'a-t-il pas donné la clé du sien? La clé de ma maison est unique mais je peux faire des doubles pour ceux et celles à qui je fais confiance. Quand Jésus vient de jour, il se tient à la porte et il frappe désirant que je lui ouvre et lui offre le pain. Mais du soir au matin, quand je dors, je préfère qu'il ait sa clé et puisse entrer tout à l'aise. Quelle joie à mon réveil quand je le reconnais sous son habit d'emprunt!

Un cri dans notre désert! - Mc 1, 1-8

Si tout commençait par un cri, premier signe de notre désir de vivre à la naissance! Notre vie dans ce monde est comme un long désert à traverser où l'envie de crier, comme un appel du dedans, est signe avant-coureur de nouveauté à venir.

Notre tradition se nourrit de l'expérience de nos ancêtres qui, depuis longtemps, cultivent la certitude que Dieu entend le «cri de l'enfant». C'est la première prière montée de notre terre qui a touché le coeur de Dieu : «Dieu entend le cri de l'enfant» alors que c'est sa mère qui criait pour lui, lisons-nous dans la Genèse.

Le temps de l'Avent nous invite à écouter nos cris et ceux de notre monde. Nous sommes tentés de les faire taire, car, habillés de peaux de bête, ils sont souvent dérangeants. Nous voulons tellement avancer sans nous laisser arrêter! Pourtant les cris nous rappellent l'urgence de vérifier si les chemins que nous traçons mènent à une vie meilleure  pour tous. Peut-être faudrait-il écouter et corriger certains tracés, même dessinés par des spécialistes.

Mais quels cris? Ceux des laissés-pour-compte en marge des autoroutes du progrès car on y file à folle allure. Ceux de l'enfant dans  les femmes et les hommes qui n'ont personne et qui se découragent d'espérer un regard d'humanité. Ceux des gens qui n'ont aucun pouvoir politique pour sauver la terre de tous ces prédateurs qui la vident de ses ressources. Comment écouter la voix de ces personnes qui, comme Jean le Baptiste, crient dans le désert pour sauver les enfants de leurs enfants!

Ajustons notre coeur sur celui de Dieu pour écouter, avant qu'ils ne deviennent muets, ces cris qui brouillent les ondes des  ténors de tout acabit! Ils sont le fidèle écho d'une humanité en douleurs d'enfantement.

Qui donc es-tu? - Jn 1, 6-8.19-28

Jean baptise dans l'eau du Jourdain. Il s'identifie à une voix qui crie à travers le désert demandant qu'on aplanisse les chemins déjà tracés pour qu'ils rejoignent celui du Seigneur, chemin qui mène à la Vie. Car le but de la vie, c'est la VIE.

Jean affirme ce qu'il n'est pas. Il  n'est pas le Messie, ni Élie, ni le prophète! On dirait qu'en lui le cri est recherche d'identité. D'où vient qu'il flaire ainsi la présence de quelqu'un qui aurait cette identité, quelqu'un qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas?

J'ai le sentiment que Jean conserve, bien enregistré dans sa chair, le souvenir vif d'une première rencontre. Il avait à peine six mois de gestation quand il a tressailli de tout son être lors de l'embrassade de sa mère, Élisabeth, et de Marie, tout juste enceinte de Jésus. Et depuis, il est la voix d'un cri d'espérance qui a commencé dans la joie d'une rencontre. Il désire se connaître à la lumière de celui qui vient et par qui il a déjà été touché dans son être.

Serait-il possible que le grand cri dans notre désert soit celui de naître à notre véritable identité d'hommes et de femmes, celle que personne ne pourrait  nous enlever même si on perdait tous les vêtements identitaires qui la recouvrent? Aurions-nous, dans la profondeur de l'être, un  sens intérieur, comme un souvenir profond de Celui d'où nous venons, donc du chemin de retour?

Jean-Paul II a écrit que toute personne sur la planète, sans aucune exception, est participante de Jésus-Christ, «dès l'instant se sa conception près du coeur de sa mère». Il dit aussi que Jésus révèle  «pleinement» l'être humain à lui-même!

Quelle identité Jésus vient-il nous révéler?  Noël serait-il si précieux? 

Marie la fiancée... - Lc 1, 26-38

Marie de l'Incarnation avait raison de demander que jamais on isole Marie de Joseph. Aujourd'hui ce n'est pas une Marie esseulée mais une jeune femme en alliance de confiance avec Joseph que nous présente l'évangile. C'est par Marie fiancée à Joseph que nous est révélée notre identité, réponse au cri de Jean le Baptiste.

Celui que Marie porte en elle, par la puissance du Souffle divin, est grand en lui-même, il est fils du Très-Haut. C'est lui qui vient nous révéler qui nous sommes tous et toutes en lui : des fils et des filles nés de Dieu, nés pour marcher avec lui dans la voie de l'amour.

Cette page en est une des plus belles de l'évangile de Luc. Elle nous révèle la grâce des commencements qui ont une chance de continuité pour un avenir à n'en plus finir. Cette grâce est de croire en la fécondité de la Parole de Dieu au point de consentir à faire des alliances de confiance entre nos différences et de  nous offrir ensemble  au quotidien pour que tout arrive dans l'humanité selon cette Parole.

Car tout ce qui est beauté d'humanité commence ainsi. Reconnaître qu'isolés entre humains et  sans croire ensemble à la Parole créatrice de toute fécondité, nous ne pouvons mettre au monde une humanité qui soit belle, harmonieuse, porteuse d'avenir. Tout ce qui existe est le fruit d'une rencontre, dit un philosophe.

Marie, fiancée à Joseph,  n'a pas vu la présence du divin, mais entendu une voix dans sa maison de Nazareth. Sans consulter qui que ce soit, elle a dit oui. Et, porteuse de Dieu, elle est partie en hâte vers Élisabeth, la stérile devenue mère quand Zacharie est rentré chez lui. Rien n'est impossible à l'Amour quand il y a fiançailles.

L'Amour à naître! - Lc 2, 1-14

Un récit doux pour l'âme nous parle d'une naissance au passé pour raviver en notre coeur le désir d'une terre nouvelle aujourd'hui. Le rappel de la naissance de Jésus nous réchauffe l'espérance et, loin d'un certain romantisme autour d'une crèche, il désire tisonner le feu qui ne s'éteint pas.

Pourquoi une mangeoire comme berceau d'accueil et pourquoi les bergers comme premiers visiteurs? Une mangeoire, dit clairement le récit, parce qu'il n'y a pas de place dans la salle commune pour ces pauvres d'ailleurs en quête d'un endroit pour accoucher de leur premier-né. Pas de place libre pour eux! Dans tout son évangile, Luc insiste sur la place libre, sur cet espace de pauvreté qui permet d'accueillir la nouveauté de Dieu, ce qui, pour une terre nouvelle, commence en tout petit et en tout fragile.

Des bergers, parce qu'ils sont veilleurs de nuit, dit le récit. Ils écoutent, dans le silence de la nuit, ce que chantent les voix du grand et joyeux signe des temps. Affectés par le dedans, ils se mettent en marche pour voir ce qu'ils ont entendu. Ils trouvent un tout petit enfant, emmailloté, couché dans une mangeoire. Dans la suite de son évangile, Luc rappelle souvent l'importance de demeurer des veilleurs dans la nuit pour accueillir ce qui vient de Dieu, souvent à l'improviste, hors agenda et plan quinquennal.

Ne rangeons pas ce récit avec les boules de Noël. Où donc pourrions-nous célébrer  Noël 2011? Dans quelle mangeoire pour boeuf et âne trouverons-nous les signes d'une terre nouvelle? Qui écoute aujourd'hui, dans la nuit du monde, et se laisse toucher par l'écho des signes d'un temps qui peut devenir meilleur? Qui s'avance vers les espaces où sont les bourgeons d'une humanité plus juste, plus fraternelle?

Car Noël, c'est l'Amour à naître! Qu'il soit joyeux! 

Bénédictions! - Lc 2, 16-21

Que de bénédictions depuis notre naissance! Que de bénédictions ont traversé le temps et l'espace pour venir toucher notre coeur au bon moment! Comme, par exemple, celle que Dieu lui-même a confiée à Moïse pour qu'elle devienne celle d'Aaron et ses descendants: "Que le Seigneur te bénisse et te garde! Qu'il tourne vers toi son visage, qu'il se penche vers toi et t'apporte la paix." 

Quand j'écoute bien les souhaits qui me sont adressés au début de chaque nouvelle année, je suis touchée d'y reconnaître quelque chose de la bénédiction qui vient du coeur de Dieu car je suis sûre qu'elle est toujours sur les ondes. Elle passe par le coeur de chaque personne, se transmet dans une poignée de main, un regard qui se donne du temps, un souhait qui touche au bon endroit, à la bonne heure.
 
Quand je contemple les bergers avec Marie, Joseph et leur bébé à peine né, j'ai le sentiment d'être invitée dans une maison pleine de la bénédiction de toutes les générations passées, présentes et à venir. À genoux, j'accueille l'enfant comme la plus attendue des bénédictions. Le contempler et le laisser poser sur moi son regard, ça vaut toutes les paroles du monde, ça fait tellement de bien! J'en arrive à croire que la présence de Jésus, même muet, est la Parole de bénédiction qui contient toutes les autres. 

Alors, comment nous souhaiter meilleur que de nous rendre présents à la Présence de Jésus au quotidien de nos vies! Que nous reconnaissions son visage quand il le tourne vers nous et accueillions sa tendresse, sa joie et sa paix quand il nous les offre en silence. Et que nous prenions le temps de tout ruminer cela dans nos coeurs! 

Une étoile! - Mt 2, 1-12

Les Sages venus d'Orient sont de la lignée des croyants. Le coeur pur, ils déchiffrent dans la nature un signe qui les appelle à prendre la route sans savoir où aboutiront leurs pas. Comme Abraham autrefois et comme tant d'autre...

Une étoile, de tout son scintillement,  leur parle d'un ailleurs à découvrir. Et ils partent, chargés de présents dignes d'un roi  comme ils se l'imaginent!  Normalement, ce roi doit être de la descendance de celui déjà en place à Jérusalem. Ils ont donc raison d'arrêter chez Hérode, alors roi des Juifs, qui  consulte les grands prêtres et tous les scribes d'Israël. Informés du lieu où, selon les Écritures, naîtra le roi à venir et avec la demande piégée d'Hérode, pèlerins joyeux, ils reprennent leur marche les yeux rivés sur leur bonne étoile. Fidèle étoile qui les conduit tout près d'un enfant et de sa mère.

J'emprunte les yeux de Joseph pour voir entrer dans la maison ces mystérieux grands savants. Ils se prosternent devant l'enfant! Un roi? cet enfant né d'un couple tellement ordinaire! Roi sans trône, sans gardes du corps, sans vêtements d'apparat! Que fera-t-il des présents déposés à ses pieds?  Ça  brille, ça sent bon mais ça lui convient si peu!

Dans le coeur des mages, tout bascule. L'étoile d'amour les a guidés vers cet ailleurs qu'ils ignoraient pour leur faire pressentir un autrement! Ils ne peuvent retourner par le même chemin, un tout autre itinéraire les appelle du dedans.  Ce qu'ils ne savent pas, c'est que l'enfant qu'ils viennent d'adorer devra échapper au jaloux pouvoir d'Hérode. En sursis seulement, car un trône en forme de croix l'attend. Roi d'un royaume qui n'est pas de ce monde, il ne compte que sur un trop fragile pouvoir, celui de l'Amour qui vainc toute humaine sagesse! 

Où demeures-tu? - Jn 1,35-42

L'appel des disciples nous offre une page merveilleuse. Jean le baptiste reconnaît en Jésus celui dont son être a sûrement gardé mémoire depuis le ventre de sa mère. Il le présente à ses disciples comme celui qui nous plonge, non plus dans l'eau, mais dans le feu, dans le souffle.

Deux disciples entendent sa parole et suivent Jésus qui se retourne et leur demande ce qu'ils cherchent.  «Où demeures-tu?»  disent-ils. «Venez et voyez», répond Jésus.  Ils vont, voient et restent pour un jour. Mais pourquoi ne révèlent-ils pas où demeure Jésus?À la librairie ou à la boutique de vêtements, quand on me demande si je cherche quelque chose, je réponds parfois : «Non, je regarde si un livre, ou un vêtement, me cherche!». Peut-être sommes-nous ainsi pour les personnes. Nous nous cherchons et comme ça donne du souffle quand nous nous trouvons.Le récit de Jean présente, en effet, des personnes qui se cherchent et se trouvent. Jésus cherche et trouve. Les disciples cherchent et trouvent. Leurs attentes prennent un nom et un visage, habitent un lieu. Les grands titres donnés au Messie espéré se fondent dans celui de Jésus de Nazareth. Dieu n'est pas dans les nuages, dans les idées, il fait sa demeure chez nous et désire habiter avec nous. Serait-ce dans la rencontre qui réchauffe le coeur qu'il fait sa demeure?Ne sommes-nous pas en soif les unes, les uns des autres, en désir d'une rencontre où il fait bon demeurer? Dieu lui-même a soif de nous; comment n'aurions-nous pas soif de Lui? Comme nous, il fait sa demeure dans la rencontre, dans l'échange mutuel de ce que nous sommes les uns, les unes  pour les autres. « Je demeure où l'amour loge», chante Vigneault! Aurions-nous au coeur la mémoire de Dieu?

Offre d'emploi! - Mc 1, 14-20

L'appel des disciples, dans saint Marc, est d'une belle simplicité et d'une grande profondeur. Cet appel  n'est pas réservé à quelques privilégiés. Il s'adresse à toute personne, car Jésus est la lumière qui éclaire chaque homme, chaque femme.  «Tout être humain, qu'il soit d'Orient ou d'Occident, est orienté vers le Christ» (Durckheim) .

Des enfants ont illustré ce texte. Émerveillée, j'ai  découvert avec eux  notre vocation humaine et notre mission commune.  Appelés par Jésus, les deux premiers frères quittent leurs filets et prennent la route à la sa suite.  Ils sont trois quand Jésus appelle les deux autres frères qui, eux, quittent leur barque, leur père et les employés. Les voilà maintenant cinq à marcher, Jésus en tête.

Les enfants ont compris que les quatre pêcheurs avaient tout quitté pour faire confiance au Père de Jésus et, marchant avec lui, appeler d'autres frères et soeurs. De deux paires de frères séparés, ils sont devenus cinq frères. Voilà donc, bien révélée, la vocation humaine : comme fils et filles de Dieu, tout faire pour devenir une communauté de  frères et de soeurs afin de partager la même mission dans le monde: repêcher les êtres humains.

Quand j'ai demandé aux enfants comment  feraient les disciples pour pêcher les humains, à la place des poissons, puisqu'ils n'avaient plus de barque ni de filet, ils ont vite répondu : plonger! Voilà la mission qui nous attend quand, appelés, nous voulons suivre Jésus dans la voie de l'amour : plonger avec lui dans la profondeur de la misère humaine, souvent représentée par la profondeur des eaux, non pour prendre les humains dans des filets mais pour les déprendre de leurs filets!  Car  même là sa main nous conduit!

Combien sommes-nous maintenant à marcher avec Jésus pour en appeler d'autres à pêcher?

Attention aux allergies! - Mc 1,21-28

Comment se fait-il qu'un homme tourmenté par un esprit mauvais sente la présence de Dieu en Jésus alors que même les scribes et les pharisiens ne voient en lui, et jusqu'à la fin,  que l'homme de Nazareth? J'en arrive à penser qu'il s'agit d'allergie. Car seules, par exemple, les personnes allergiques au chat peuvent sentir, dans une salle, la présence d'un félin invisible et silencieux; elles éternuent!

Eh bien! Les esprits mauvais éternuent; ils doivent sentir le divin invisible en Jésus! Seraient-ils allergiques au Dieu de la vie? Je me souviens d'une petite fille tellement blessée qu'elle était allergique au moindre toucher. Personne ne pouvait l'approcher; elle se recroquevillait pour se protéger. Il a fallu l'apprivoiser,  lui injecter de loin un peu de tendresse à la fois... C'est ce que fait Jésus aujourd'hui avec l'homme qu'il rencontre. Pour entrer en relation ave lui, il ouvre une brèche et lui injecte un peu de ce à quoi il est allergique : une petite dose d'amour.

C'est pourtant jour de sabbat et dans la synagogue que cela se passe. Si l'homme n'éternuait pas avant la venue de Jésus, serait-ce que Dieu n'était pas là? Dans l'Ancien Testament, on voit Dieu quitter le temple avec sa gloire car les gens ne vivent pas la Loi de l'Amour! Ne chantons-nous pas : «où est amour et charité, Dieu est là», alors? J'ai déjà  entendu des gens éternuer dans certaines églises quand, par exemple,  des jeunes sont venus avec des danses... Ils éternuaient : ça ne se fait pas ici, on n'a jamais fait cela! Et les jeunes sont partis danser ailleurs la nouveauté qu'ils étaient.

Être allergique aux changements, serait-ce être allergique à Dieu qui est Vie? Cette vie qui n'en  finit pas  d'être neuve! Qu'est-ce qui me fait éternuer? 

La rencontre qui guérit... - Mc 1, 29-39

Un jour on m'amène chez madame Cohen dans sa roulotte de Neuville. Tôt le matin, des gens de partout y étaient entassés en attente silencieuse. On venait à elle comme à un dernier recours quand les médecins ne pouvaient plus rien pour l'enfant qu'on serrait dans ses bras ou pour ces adultes, un tantinet gênés, craignant d'être jugés naïfs ou crédules. Une folle espérance nous unissait, car la belle dame au châle blanc avait des yeux R-X.

Ce jour-là, je me suis imaginée au temps de Jésus. J'ai compris les foules qui le pressaient de partout espérant qu'il guérisse leurs malades. On le sentait libre de toute loi, car il touchait sans peur d'être contaminé. Comme si une force à l'intérieur de lui touchait ce qui était blessé chez les gens; son contact, plein d'onction, guérissait toujours de quelque maladie! Tout le monde le cherchait bien entendu. Mais je comprends que Jésus se sauvait parfois, dans sa bulle, pour faire le plein de la force reçue du Père...

Aujourd'hui, j'ai simplement le goût de m'offrir une visite fraternelle dans les hôpitaux, centres de santé ou infirmeries. Et croiser le regard de chaque personne en attente d'une rencontre qui guérit, celle qui écoute avec compassion, touche avec tendresse,met un peu de baume sur une plaie. Une sorte de rencontre aux mains nues : sans seringue ni médicament, sans hostie ni images, sans tout ce qui peut et doit s'offrir, mais seulement après avoir pris le temps...

Je désire aussi m'approcher de ces persnnes qui prennent soin de celles qui sont malades dans leur corps, leur coeur, leur âme. Et les remercier d'être la "mémoire de Jésus", car elles font aujourd'hui ce qu'elles aiment de Lui. Quel bel hommage elles rendent ainsi à Jésus!

Mal dans sa peau! - Mc 1,40-45

Ça semble peut-être facile aujourd'hui qu'un lépreux vienne à la rencontre de Jésus le suppliant de le guérir! Et pourtant c'était loin de l'être en ce temps-là! Une personne atteinte de la lèpre était, par la loi, exclue de la société; elle annonçait même sa venue par une clochette pour que les autres aient le temps de déguerpir. La lèpre était considérée contagieuse et nous savons maintenant qu'elle ne l'est pas. Mais comment quelqu'un peut-il guérir s'il est coupé de toute relation?

Il y a encore des lépreux à qui il faut grande dose de courage pour approcher une autre personne. Et un désir fou de s'en sortir! Oui des lépreux, il y en a! Comme ces gens mal dans leur peau qui ont le sentiment que les autres s'éloignent sur leur passage. Mal dans leur peau, ils sont mal partout où ils sont. Il arrive même qu'ils avertissement de leur passage pour voir comment les gens vont réagir ou pour leur donner le temps de quitter les lieux. J'en ai rencontré. Vous, en avez-vous rencontré? Peut-être le sommes-nous ou l'avons-nous été nous-mêmes? Mal dans sa peau d'homme ou de femme. Honteux d'avoir été touchés par des prédateurs sans l'avoir été par des mains de tendresse. Même quand des personnes sont libérées, peut-être leur faut-il un billet d'attestation pour que les autres, rassurées, les accueillent dans leur rang. Les préjugés comme les peurs sont si tenaces!

Suivre Jésus, c'est peut-être nous rendre approchables comme il l'était! Devenir des hommes et des femmes sans peur d'être contaminés, des hommes et des femmes au coeur pur qui peuvent toucher l'autre avec un infini respect. Des hommes et des femmes de compassion qui ont dans le coeur ce fol amour qui ne peut venir que de Source! 

Choisir la vie ! - Mc 1, 12-15

Jésus  au désert avec des bêtes sauvages et des anges! Ces bêtes  vivaient-elles ensemble dans l'harmonie comme celles dont parle Isaïe quand il rêve d'une humanité où  l'amour circule librement?

Nous sommes, une nouvelle fois, entrés en quarantaine. Ce temps, appelé carême, a pris pour moi un sens jamais oublié depuis 1963, avant Vatican II. Jeune religieuse, je suis alors aux études et je me retrouve avec un petit groupe pour la célébration du mercredi des cendres. Un missionnaire tout juste arrivé d'Afrique, très fatigué, préside notre assemblée. Assis comme s'il manquait de vigueur, il commence son sermon murmurant tout bas: «Le carême commence, on va encore parler de mortification». Puis, à notre surprise, il rassemble ses forces pour dire haut et fort: «on est tous à moitié morts, grand Dieu! C'est la mort qu'on veut fêter à Pâques ou c'est la vie? Si c'est la vie, parlons donc de vivification et, pendant le carême, débarrassons-nous de ce qui nous fait mourir ou fait mourir autour de nous!» Il ajoute quelques exemples du quotidien qui font rire mais...qui laissent leur sillon!

Je retiens combien cela rejoint le jeûne apprécié de Dieu dont parle Isaïe!  Quel beau programme pour  nous préparer à Pâques : décider, pendant quelques semaines privilégiées, de nous débarrasser  de ce qui fait mourir nos relations, notre espérance, nos amours, notre santé physique, mentale ou spirituelle, notre environnement! Tant de petits détails, manies, réactions, routines ou habitudes rendent la vie difficile, empoisonnent les relations.

C'est le temps d'ouvrir les fenêtres. Que le bon vent époussette nos vies! Que des pousses neuves fassent craquer l'asphalte! Que la sève d'amour circule dans toutes nos branches endormies! Faisons coeur ouvert au printemps! Laissons monter doucement la mélodie d'un bel alleluia tout neuf pour fêter Pâques! 

Les yeux fixés sur Jésus... - Mc 9, 2-10

Pierre, invité par Jésus à monter sur la montagne, a été marqué à jamais par une lumière et par parole.  Pasteur, il emploie tout son zèle à garder les siens éveillés  pour qu'ils puissent, après son départ et en toute occasion, se remettre tout cela en mémoire.(2 P 1, 12-21)

Une chose est sûre : Pierre, quand il écrit, a fortement réalisé que la parole adressée à Jésus : «Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur» est toujours sur les ondes. Elle est  dite pour être entendue de tous les humains de toujours, de partout.Pierre ne se voit plus que dans la lumière de Jésus. En effet, lui, Moïse, Élie, Jacques et Jean étaient tous ensemble, sous la même nuée, formant un seul corps avec Jésus,quand cette «parole prophétique»  se fit entendre. Il sait que tous, fils et filles de Dieu en Jésus, nous formons avec Lui un seul corps de mort et de gloire! Nous vivons sous la même tente!

Pierre nous  invite donc à fixer notre regard sur Jésus comme sur une lampe dans l'obscurité, jusqu'à ce que sa lumière brille aussi dans nos coeurs. Car, Pierre ne l'oubliera jamais, Jésus dont il a vu, un seul instant, l'éblouissante beauté intérieure, était habité de la même lumière quand on l'a bafoué, cloué à la croix. Il n'avait plus alors d'apparence humaine, mais il était toujours fils bien-aimé de Dieu!  

«Les yeux fixés sur Jésus, entrons dans le combat de Dieu», disons-nous dans la prière du matin. Entrer dans le combat de Dieu, c'est demander de voir en tout être humain la beauté intérieure qui l'habite, comme une lampe du sanctuaire qui brille dans l'obscurité des grandes églises du monde! Tel est Jésus, tels nous sommes! 

Une «sainte» colère! - Jn 2,13-25

Aujourd'hui, Jésus  fait une «descente» dans le Temple! Il est  indigné de voir qu'on a transformé en lieu de consommation ce Temple construit pour que les humains communient entre eux en Présence de Dieu. Jésus affirme connaître par lui-même le coeur humain. Peut-être sait-il la différence entre une «sainte» colère et une colère qui n'est ni belle ni juste. Dans la Bible, c'est plus souvent Dieu qui éprouve la colère. Mais d'où vient sa colère? Et celle de Jésus? D'où vient la colère des Juifs qui poursuivent Jésus pour détruire son corps au nom de leur Dieu? Pourquoi la colère de Jésus est-elle «sainte»?

 

Je revois un papa fâché contre sa fille. «Je la battrais», hurlait-il! Anorexique, elle refusait net de se nourrir devant une table chargée de mets délicieux. Le père la voyait s'étioler et ne pouvait rien faire. Sa colère criait l'impuissance de son amour. Depuis ce jour, je comprends ceci : la colère de Dieu exprime son impuissance! Il nous a tout donné en abondance et tant de malheureux, d'anorexiques de l'amour. «Que puis-je faire, ô mon peuple!»

 

Pour entrer dans les sentiments de Dieu, il nous faut tout goûter de l'amour : exultation et amertume. La «sainte» colère ne naît pas de la frustration, mais de l'amour pur qui ne peut absolument pas s'imposer encore moins punir. Jésus s'indigne car les dons de Dieu : sabbat, temple, biens matériels, affectifs et spirituels, sont accaparés par quelques prédateurs  boulimiques. Tout est pourtant mis sur notre table pour la convivialité entre tous.   

 

D'où sont venues mes colères? Certaines, trop «primes», sont venues de mes frustration... D'autres, trop  rares, ont traduit mes indignations devant les injustices ou l'impuissance de mon amour! Je vous l'assure : leur fruit n'a pas même goût dans le coeur! 

Le serpent et Jésus! - Jn 3,14-21

Je cherche depuis longtemps un lien entre le serpent de bronze élevé au désert et Jésus  élevé en croix. Les deux semblent nous inviter à corriger nos jugements à courte vue.  Les deux nous obligent à vaincre la peur par la foi et à discerner si nous faisons  des oeuvres pour Dieu ou les oeuvres de Dieu. 

Pourquoi le serpent sur les enseignes de nos pharmacies? Même si le venin du serpent  fait peur parce qu'il peut tuer, le serpent est avant tout symbole de vie et de renaissance car il change de peau et retrouve sa jeunesse.

 

Jésus a été mis à mort pour avoir été jugé complice du diable. Les chefs religieux ont eu peur que son message, comme un venin de serpent, fasse mourir leur religion et vide leur temple.  Ils l'ont jugé selon leurs propres critères de vérité et l'ont élevé sur la croix, châtiment réservé aux criminels. Ils pensaient faire cela pour leur Dieu.  S'ils avaient accepté de regarder leurs oeuvres à la lumière de celles de Jésus, ils auraient bien vu que les fruits n'étaient pas les mêmes. Jésus leur a même dit, un jour, que leur refus de lumière faisait d'eux des homicides!

 

Dieu n'a pas validé le jugement de ceux qui préférèrent leurs certitudes  à la Vérité de Jésus. En relevant son Fils de la mort, il a reconnu ses oeuvres comme étant les siennes, oeuvres commandées par l'amour et qui donnent vie. La croix, signe d'ignominie  et de honte, est désormais, pour nous, signe de victoire sur les ténèbres et sur la mort.  Signe que Dieu n'entre pas dans les jugements trop courts des humains. Ce qui fut jugé venin de mort est remède de vie pour tous les humains! Dieu aime tant le monde!

L'Heure d'aimer... - Jn 12, 20-33

«Tout le monde veut aller au ciel, oui! Mais personne ne veut mourir!»  Même si, pour Jésus, c'est l'heure d'être glorifié, il est quand même bouleversé devant sa mort.  Il prie son Père de lui épargner cette heure. Mais il réalise une fois de plus que c'est pour cette heure qu'il est venu!  Il sait bien que le germe fait mourir le grain. Si le grain n'éclate pas, il reste vraiment seul.

Mais quelle est donc cette «heure» dont Jésus parle souvent?  J'ai le sentiment que c'est l'heure d'aimer, de donner la vie en donnant la sienne. Il est venu  pour cela : donner la vie en surabondance. Mais ce n'est pas  facile... Ainsi, aux noces célébrées à Cana, Jésus, pris par surprise, a d'abord répondu à sa mère que son «heure n'était pas encore venue... et pourtant, il s'est repris et a agi comme s'il s'était rappelé qu'à chaque instant l'heure d'aimer sonnait  pour lui.

C'est l'heure d'aimer!  Je m'exerce le plus possible à ajuster mon heure sur l'horloge de Jésus. Tant de fois je suis bouleversée par des situations imprévues ou angoissantes. Quand je ne suis pas prête à faire ce qu'on demande..., quand je reçois le verdict d'une maladie qui atteint mon être ou foudroie une personne aimée... Comment me laisser attirer par Jésus qui fut élevé de terre pour s'être ajusté au temps de Dieu et pour nous avoir aimés jusqu'au don extrême de sa vie? Comment développer le réflexe de répondre avec lui : «c'est pour cette heure que je suis venue»?  

Quelle heure est-il quand on me félicite ou qu'on me dérange? Quelle heure est-il quand il fait beau ou fait tempête? Quelle heure sonnera quand la mort me choisira? J'aimerais tant pouvoir répondre chaque fois: «c'est l'heure d'aimer»!  

Passion selon saint Marc avec Pierre... - Mc 14, 32

Aujourd'hui je me permets de suivre Pierre. Il est témoin du gaspillage d'un parfum de grand prix chez le lépreux. Il  s'affirme prêt à défendre Jésus. Il dort à Gethsémani puis suit Jésus de loin. Il se réchauffe dans une cour, tremble devant une servante, nie avoir accompagné Jésus et jure ne pas le connaître. Il pleure au second chant du coq et disparaît... mais le regard de Jésus est à jamais imprimé en lui.

Je sympathise avec Pierre, car il a raison d'avouer qu'il ne connaît pas Jésus. Il sait des choses de lui... mais de là à le connaître! Au fond, Pierre ne se connaît pas lui-même! Il se pensait très fort et  la frousse  lui fait perdre tous ses moyens. Il pensait Jésus puissant et le découvre impuissant.

C'est au bout de ses larmes, quand il acceptera d'être  aimé dans sa lâcheté, que Pierre va connaître Jésus et se connaître lui-même. Au bout de ses larmes, il saura que l'amour est  vainqueur de la mort car rien ne détruit la relation d'amour. Pierre se souviendra sûrement de la femme venue verser sur la tête de Jésus un flocon d'albâtre plein de parfum très pur. Il va revoir les disciples indignés de ce geste de fol amour, réentendre Jésus dire qu'il y aura toujours des pauvres avec eux et que, dans le monde entier, ils feront mémoire de cette femme en qui il s'est lui-même reconnu!

Quand Pierre sentira un parfum nouveau embaumer tout son être, de la tête aux pieds, le coeur  chamboulé comme celui de femme au parfum pur, il saura alors qu'il est né pour aimer. Devenu  pasteur au milieu des pauvres, il gaspillera, en mémoire d'elle et de lui, l'amour pur dont est rempli son fragile coeur d'albâtre...

Résurrection Alléluia! - Jn 20, 1-18

Alléluia, mon âme! Tressaille de joie. Ton frère était mort, il est vivant. On le croyait disparu comme un fils qui aurait gaspillé son avoir avec des pécheurs et des pécheresses, mais non! Tes soeurs ont senti sa présence ce matin au lever du jour et elles ont été bouleversées. Elles avaient gardé les yeux fixés sur son corps enseveli, trop assoiffées pour abandonner! Leur âme ne leur avait pas menti...

Alléluia, mon coeur! Ton frère n'a jamais lâché dans son amour pour toi. Né pour aimer, il a aimé plus loin qu'à l'extrême! Il est vivant! Tes soeurs en étaient certaines ce matin à l'aube du jour nouveau tellement leur coeur a tressailli quand il s'est manifesté. L'une d'elles a eu le coeur chamboulé à nouveau quand il a prononcé son nom avec tant de suavité. 

Alléluia, mon corps! Le corps de chair de ton frère est tout de lumière. Tu comprends qu'on ne le reconnaît pas sous des traits chaque fois différents. Tes soeurs ont été les premières à l'apprendre. L'une d'elles l'a pris pour le jardinier. Quand elle  reconnu sa voix, elle a même voulu le retenir... pour le garder. Mais non, on ne peut plus mettre la main sur son corps trop brûlant de Vie.  

Alléluia, tout mon être! Ton frère fait maintenant corps avec chacune, chacun de nous. Tu es de la même trempe que lui. Tu es chargé avec tes soeurs  d'annoncer cette grande nouvelle à tes frères encore tout peureux: «je monte vers mon Père et votre Père!» 

Alléluia, mon Église! Le souffle de notre frère est répandu; écoutons bien, il nous rappelle toutes choses  pour que nous soyons, ici et maintenant,  mémoire de Lui et mémoire d'Elle. Nous sommes son corps et son sang. Les pauvres sont toujours avec nous! 

Portes closes! - Jn 20, 19-31

Joie sur terre : Jésus ressuscité entre «toutes portes closes»! Comment suivre Jésus dans la voie de l'amour sans être greffés de son Souffle?  Lui seul déverrouille les portes de l'esprit et du coeur. Le premier verrou est celui de la peur. Tant de peurs nous empêchent d'être libres pour sortir au grand large! Le souffle de Jésus libère de toute peur. Mais la peur-clé est peut-être celle de souffrir!

Jésus ressuscité ouvre un deuxième verrou. Pas le moindre! L'apôtre Thomas m'aide à le  découvrir. Absent lors de la première visite de Jésus au milieu de siens, il est présent huit jours plus tard. Mais les autres disciples, pourtant déjà envoyés par Jésus, sont encore verrouillés... Par quoi?

Thomas n'est pas sans se souvenir de l'avertissement donné par Jésus  de ne pas se laisser berner quand il reviendrait de la mort: «Si on vous dit que le Christ est là, ne le croyez pas!». Thomas ne veut pas d'un Jésus-fantôme. Il demande à voir les plaies que  Jésus  a d'ailleurs montrées aux disciples huit jours auparavant. Je pense, confirmée par l'expérience, que le deuxième verrou qui bloque la fluidité de l'amour, est celui du «perfectionnisme» ou de l'idéalisme.

Qui n'a pas entendu : «Je m'aimerais ou j'aimerais mon Église, ma compagne, mon compagnon si elle ou il n'avait pas tel défaut...!» N'est-ce pas  vouloir aimer un fantôme, car cette personne ou cette institution n'existe pas!  Quand un jeune couple ou un nouveau petit groupe dit : «c'est le paradis chez-nous!», j'ai envie de dire : «si je ne vois pas vos plaies, je ne croirai pas!»...

Le corps du ressuscité est un corps blessé : le mien, le vôtre, notre famille, notre Église... Heureusement, le Souffle de Jésus  ouvre les coeurs au réalisme de la compassion! 

À nous de faire corps! - Lc 24,35-48

À nous de faire corps! Commentaire du texte d'évangile du 22 avril 2012 - Lc 24,35-48

Pas évident de reconnaître la présence de Jésus ressuscité au milieu de nous! On s'en fait souvent des idées! Les disciples, après l'avoir reconnu, ont, comme Jésus, fait des mains et des pieds pour que les premiers chrétiens ne s'imaginent pas le ressuscité comme un esprit, un fantôme.

Notre foi est d'un réalisme étonnant. Le ressuscité a vraiment un corps; il désire manger avec nous et nous demande de lui apporter le poisson que Dieu nous donne mais que nous avons pêché et grillé. Nous sommes, avec Jésus, le corps de Dieu. Jean Vanier rappelle que nous ne pouvons nous agenouiller devant un crucifix sans le faire devant les crucifiés d'aujourd'hui. Saint Irénée disait que nous ne communions pas plus au Christ dans l'hostie que nous communions à son corps réel que nous sommes!

Car Jésus ressuscité est la tête d'un corps dont une partie est invisible et dont l'autre, visible, est marquée de blessures vives. Pour Pascal, Christ est en agonie jusqu'à la fin des temps. Non seulement en agonie, mais il naît, grandit, meurt et ressuscite. Christ est nu, il a faim, il est malade ou en prison... Christ est habillé, nourri, soigné et visité. Christ est exclus... Christ est accueilli... Christ est vivant du Souffle divin qui est notre résilience!

Jésus mange avec nous. À chaque eucharistie, nous rappelons et confessons, en apportant pain et  vin que tout vient du Dieu de l'univers... Mais aussi que la terre et nos mains ont fait leur part. Et nous offrons tout au Souffle transformateur. Chaque fois, Jésus ressuscité reconnaît son corps et son sang dans nos offrandes et il mange avec nous. Par lui, avec lui, en lui nous nous donnons à manger les unes, les uns aux autres. Christ n'est vraiment pas un fantôme! 

Reconnaître la Voix! - Jn 10, 11-18

Quelles personnes comptent pour nous au point que nous ne les abandonnerons jamais? Comment se manifeste notre sentiment d'appartenance? Le vrai berger n'abandonne jamais ses brebis parce qu'elles lui appartiennent, dit Jésus. Mais quel lien vital unit donc un vrai berger et ses brebis?

J'ai réalisé avoir passé neuf mois dans le sein de ma mère. J'ai donc connu ma mère par en dedans, j'ai entendu sa voix avant de la connaître de l'extérieur... Sortie de son sein, j'ai reconnu sa voix  mais aussi celle de mon père, de mes frères et soeurs qui étaient très proches... Un lien d'appartenance s'était tissé à mon insu.

Ainsi¸ le souffle qui habite en nous était en Dieu et il entendait sa Voix.  Avec lui, la Voix du Père est enregistrée en tous ceux et celles qui sont à jamais liés au Fils par ce même Souffle... Nous pouvons donc  reconnaître cette Voix déjà entendue par en dedans. Un lien profond est à jamais tissé entre les humains par le souffle qui était en Dieu avant d'être en nous et dans l'univers...

Quelle grâce que d'appartenir à la même humanité, à la  même terre, au même univers, au même Dieu! Nous entendons la même Voix; elle parle au-dedans de nous. Le Père nous aime parce que, tous et toutes en son Fils,  nous donnons notre vie goutte à goutte avec et par lui!  Pasteurs les uns, les unes des autres, personne ne peut prendre notre vie, car, la recevant gratuitement, nous la laissons circuler librement entre nous. La vie, voilà le signe que nous nous aimons les uns, les unes les autres.

Partageons cette certitude : la source qui passe par Jésus et par nous n'arrête pas de couler même si elle n'est pas reçue! 

Efficacité/fécondité! - Jn 15, 1-8

Par qui Jésus se manifeste-t-il à nous, comme autrefois à Pierre et aux autres, pour nous amener à passer de l'efficacité à la fécondité puisque sans lui nous ne pouvons rien faire?

Un jour d'après tombeau vide, des disciples, invités par Pierre, retournent pêcher avec lui toute une nuit sans rien prendre. De retour au petit matin, ils ne reconnaissent pas celui qui leur demande quelque chose à manger. Ils lui avouent n'avoir rien pris. Puis ils vont de nouveau en mer, non pas unis à Pierre seul cette fois, mais liés ensemble, Pierre et les autres, par la parole de l'inconnu qui leur dit d'aller jeter les filets! Revenus avec quantité de poissons, l'un d'eux,  celui qui se sait aimé, flaire la présence de Jésus et la nomme; Pierre, qui se trouve nu, accueillant spontanément la parole de l'autre, prend un vêtement et se jette à l'eau le premier. Le voilà donc «chef» revêtu à la Jésus,  car sans Lui il ne pourra rien faire sinon viser, avec d'autres, l'efficacité d'un système. Dieu seul donne le poisson à ceux ou celles qui connaissent leur métier! Mais le poisson donné est pêché pour être partagé avec toute personne affamée de Présence.

Revenant souvent bredouilles, par qui nous arrive la parole qui pousse au large, nous unit non seulement entre nous mais en celui qui multiplie les dons pour donner des fruits bons à manger? Vouloir demeurer en Dieu comme sarments d'une même vigne, c'est réaliser qu'en dehors de lui, même avec nos connaissances et à la suite d'un bon chef, nous ne pouvons produire des fruits durables d'humanité. Le secret : reconnaître la même voix, accueillir la même sève, conjuguer les différents dons reçus pour expérimenter que toute fécondité vient, passant par nous, de l'unique Source.  

Nous sommes des choisi-e-s! - Jn 15, 9-17

Quand j'anime une retraite, je suppose que chaque personne choisit d'être là comme je le choisis moi-même. Je réalise souvent que, mystérieusement, quelqu'un d'autre nous choisit pour être là ensemble, au même endroit et en même temps.

Dans les lieux humains où nous vivons et dans le temps qui est le nôtre, Jésus dit que c'est lui qui nous  a choisis, établis, mis en urgence de départ pour donner du fruit et du fruit qui demeure. Il nous dit même quelle semence porte en germe le fruit durable alors que tant de choses, de modes, de résolutions passent si vite! Non seulement il nous dit la semence, mais il nous parle du terreau!

Nous sommes en Dieu comme chez-nous, citoyens de sa demeure. Dieu désire faire de nous son terreau pour que circule entre tous les humains que nous sommes l'amour dont il nous aime en son Fils! Que dire après cela? Comment ne pas goûter la joie! L'amour est notre seule urgence, notre commande intérieure, notre mot de passe et notre prière. Jésus a obéi jusqu'au bout à cette commande du coeur qui désire se faire chair de notre chair pour donner vie par le don de la vie de chaque personne!

Mais pourquoi est-ce si difficile d'aimer? Serait-ce que l'amour est aptitude à la relation et là ce n'est pas évident! L'amour qui nous lie à Dieu donne vie quand il circule librement entre nous. Un instinct, du plus profond de nous, humains de partout, nous presse en secret de nous aimer mutuellement, de prendre soin les uns des autres, de nous donner la main, le regard, l'écoute, le pain et la paix, la vie quoi! Au bout de nos pas, nous serons ensemble dans notre Demeure au repas de l'Amour.

Qui plongera? - Mc 16,15-20

Par qui peut arriver, à toute la création, en ce temps qui est nôtre, quelque chose de bon, de neuf? À la lumière de Jésus ressuscité, c'est par des personnes qui osent croire. Comme lui a cru sans défaillir. Il a multiplié les signes de vie et, même plongé dans la mort, sa vie n'a pas été enlevée.

Croire, serait-ce consentir à plonger, selon le sens même du mot «baptême»? Sinon on est condamné à vivoter, à tourner en rond, à répéter jusqu'à l'usure! Où serions-nous, vous et moi, si nous n'avions pas, et plus d'une fois, plongé dans l'inconnu qu'est la Vie qui nous appelle et ne nous abandonne pas? Que serait Abraham s'il n'était pas parti sans savoir où il allait? Lui et Sarah, Zacharie et Élisabeth seraient-ils des ancêtres s'ils n'avaient pas expérimenté la solidité d'une promesse de fécondité humainement impossible? Et si Marie n'avait pas plongé dans ce qui la dépassait?

Croire, c'est plonger dans plus grand que nous, espérant contre toute espérance. C'est faire confiance à la Parole de vie dont le Souffle nous a tissés au ventre de nos mères puis poussés à naître après neuf mois de ténèbres et qui nous encore pousse vers d'autres traversées. La Parole travaille dans les ténèbres avant d'arriver au jour. Nombreuses nuits! Nuits de lourd sommeil au chaud des sécurités! Nuits de patience où couvent les enfantements d'une création nouvelle! Et quelle nuit que la mort dans laquelle Jésus a plongé! Il s'est éveillé vivant à jamais car la Parole est promesse de Vie toujours tenue!

Comment parler un langage nouveau si la Parole ne fait craquer les gaines que deviennent les mots et les coutumes? Comment laisser mourir nos mots pour que s'éveille, toute neuve, la Parole qui donne signe de vie?

Promesse unique : le Souffle! - Jn 15, 26-27; 16,12-15

Jésus fait une seule promesse : le Souffle qui était là depuis l'origine et qui garantit la durée! Comme les disciples, nous craignons de manquer de souffle pour traverser les épreuves de la vie, peur de finir par le perdre pour de bon!

 

Inlassablement, Jésus redit cette promesse aux disciples inquiets de savoir comment ils prieront, réagiront devant les tribunaux, feront les oeuvres que Jésus fait,  découvriront  la vérité quand Jésus sera parti. Tout semble si simple avec lui! Jésus répond chaque fois : «ne craignez pas, je vous passerai mon Souffle». Comme s'il ajoutait : «Mon Père ne nous trompe pas! Bientôt, vous serez greffés du Souffle de Dieu qui  accomplit toute sa promesse en moi. Ce Souffle sera ma mémoire en vous! Je n'ai d'autre promesse que celle qui nous unit depuis l'origine de tout : le Souffle de Dieu!»

 

Que dire après cela? Sinon prendre conscience de ce Souffle silencieux qui nous engendre à chaque instant fils et filles du Père! Il pousse par en dedans pour nous accomplir dans l'Amour et nous faire produire des fruits durables tout au long de notre traversée! De quel amour nous sommes aimés! Dieu s'est fait notre frère pour nous greffer d'un Souffle devenu compatible à l'humain! Ce Souffle a traversé en Jésus l'épaisseur du péché et la nuit de la mort, sa chair a éclaté, son Souffle est répandu dans l'univers! Le péché et la mort n'ont plus force de loi, ils sont enlevés! Que précieuse est la vie! Le Souffle reçu en est la garantie!

 

L'espérance ne peut décevoir, assure saint Paul, car l'amour toujours présent agit dans le monde par le Souffle qui nous est donné! Sinon, l'univers serait déjà anéanti! Respirons donc au rythme d'un même Souffle!

Relation à trois! - Mt 28, 16-20

Quand une personne parle de ses amours,  elle révèle avec qui ou avec quoi elle est en bon ou en mauvais terme. Ainsi, je réalise chaque jour que l'amour est aptitude à la relation! Puisque nous affirmons avoir été créés à l'image d'un Dieu-Amour, faut-il nous surprendre que Dieu soit relation! Nous sommes, par création, des êtres-de-relation. Engendrés dans une rencontre à trois, deux cellules et  le Souffle créateur, nous vivons grâce à un incroyable réseau de relations car la vie est  fruit de rencontres. 

La vie est transmise, gratuitement, dans une rencontre amoureuse. Encore faut-il, à chaque respiration, dire son oui à la vie et espérer avoir du souffle pour durer. Si nous sommes à son image, Dieu doit bien être relation. Donneur de vie, nous l'appelons Père; oui total à la vie reçue, nous l'appelons Fils; il est aussi  Souffle qui fait que la relation demeure. Si baptiser un enfant reçu de Dieu, c'est le plonger dans notre foi en ce réseau divin en qui je me reconnais et le reconnais, je trouve cela merveilleux!

Ce n'est pas géométrique de connaître Dieu relation à trois! Être en relation, c'est être trois. Il y a moi, l'autre et... la relation. Je prends soin de moi, je prends soin de l'autre personne qui prend soin d'elle et prend soin de moi; mais, toutes les deux, nous prenons soin de la relation... Prendre soin de la relation, c'est porter attention à son milieu de vie, aux mille détails de la vie quotidienne. C'est tout faire pour assurer la durée. L'ambiance tient à si peu de choses!

Nous sommes uns en Dieu, car, dans le Fils, tous fils et filles du Père, nous sommes reliés à jamais par le même Souffle d'amour... Que dire après cela?

«Avec mes disciples» - Mc 14,12.22-26

Jésus avance dans un climat de corruption. Les grands-prêtres veulent profiter de la fête de Pâque pour l'arrêter. Il se fait reprocher par ses disciples de se laisser laver les pieds par une femme, geste qu'il demande de garder en mémoire. Judas est allé auprès des grands-prêtres pour le livrer... Jésus, lui, désire «manger la Pâque avec ses disciples».

C'est alors que ses disciples, Judas revenu, lui demandent  où il désire célébrer la Pâque avec eux.  Jésus leur dit le lieu entrevu et comment y accéder. Le désir de Jésus d'être avec les siens pour la Pâque me touche profondément. Comme s'il ne voulait pas  vivre esseulé le mystérieux passage (=pâque) qu'il sent venir depuis longtemps.

Et depuis le dernier souper de Jésus avec les siens, le repas du «passage» est devenu celui de l'urgence de faire corps, de nous serrer les coudes, pour avoir la force de continuer la route avec lui et de vivre les passages qui s'imposent vers un monde plus humain. «Lève-toi et mange, car la route est longue!» a entendu Élie au désert!

J'ai le sentiment que c'est encore et toujours dans un climat aux effluves de mort que Jésus désire  manger la Pâque avec les disciples que nous sommes, capables de trahison et d'abandon, mais surtout animé-e-s d'un même grand amour. Espérons! Car, c'est notre pain et notre vin, symboles du monde en transformation sous la poussée d'un levain intérieur, que Jésus prend dans ses mains et qu'il reconnaît être son corps et son sang livrés pour que vive ce monde qu'il aime. Ne sommes-nous pas engagés à donner nos vies en mémoire de Lui, de générations en générations, jusqu'à ce que son corps entier soit en Lui pour le repas des enfants  dans la demeure commune qu'est l'Amour!  

Ça pousse tout seul! - Mc 4, 26-34

La liturgie nous sert aujourd'hui la parabole que je préfère et que seul Marc nous fait connaître. Jésus parle d'une semence mise en terre qui pousse d'elle-même jusqu'à la moisson! Nuit et jour, que le semeur dorme ou soit éveillé, la terre, patiemment, produit le fruit dont la semence porte le secret!

Je revois ma mère revenir du jardin qu'elle venait d'ensemencer. Rangs de radis, rangs de carottes, rangs de choux, rangs de maïs et, plus nombreux, rangs de patates. Elle essuyait ses mains mouillées avec son tablier et disait, les yeux pleins de sourire : «C'est donc mystérieux! Ça va pousser tout seul maintenant...et les radis vont arriver les premiers! Mais vous allez sarcler avec moi de temps en temps pour gagner vos cahiers d'école!»

Il me semble voir Dieu entrer se reposer après avoir insufflé son souffle vital en toute semence! Il s'est retiré de son oeuvre. Il y croit en son souffle car il laisse les germes travailler patiemment jusqu'à l'accomplissement de toutes choses! Il donne soleil et pluie mais compte sur nous pour semer, sarcler et ainsi gagner notre vie! Il affirme même  que la semence de son Royaume, pourtant la plus petite de toutes les semences, est la promesse d'un arbre qui va dépasser toutes les plantes...

Faut-il que Dieu soit sûr du germe vital déposé au coeur de toute sa création! Il assure qu'au terme, notre monde sera le fruit dont rêve son coeur. Il a bien dit, autrefois, par le prophète Isaïe, que sa Parole, comme semence du royaume, ne reviendrait pas sans avoir réussi sa mission! Mais, même avec une foi solide, comment savoir ce que promettait le germe sans avoir vu le fruit? Et c'est long l'histoire du monde! Place à l'espérance!

Il s'appellera Jean! - Lc 1, 57-66.80

Zacharie est muet depuis plus de neuf mois! Plus de parole en sa bouche pour n'avoir pas cru en l'accomplissement de la Parole entendue dans le temple de Jérusalem où il officiait. Mais il s'est passé bien des choses depuis ce jour où, quittant le temple, il entra chez lui!

Tout d'abord, son épouse Élisabeth, stérile et  âgée, devient enceinte. Marie, fiancée à Joseph, mystérieusement enceinte elle aussi, se présente dans sa maison. Sourd et muet, il voit exulter ces deux cousines et l'enfant que porte son épouse tressaille de tout son être à la salutation de Marie. Sa maison est désormais temple de Dieu.

Mais quel nom donner à cet enfant-surprise né de lui et d'Élisabeth? Celui que donne la famille selon les coutumes? Mais non, pas cette fois, car l'ange a déjà annoncé qu'il s'appellerait Jean, nom qui, en hébreu, parle de grâce. Le jour de la circoncision, la parenté s'attend évidemment  à ce que l'enfant ait le nom du père. Mais  Élisabeth intervient  et Zacharie demande une tablette pour y écrire : Jean est son nom... Zacharie, qui hésita à croire que Dieu, par son Souffle, peut rendre féconds à tout âge, accepte maintenant que le nom, donc l'identité de son enfant, est aussi donné par Dieu.

Rempli à son tour du Souffle divin, Zacharie retrouve la Parole, relit son histoire à rebours et loue Dieu avec des accents nouveaux. Il entrevoit clairement la mission de Jean : proclamer que Dieu a des sentiments de tendre compassion pour  tous les humains et préparer ainsi la route à Jésus venu nous révéler, par tout son être, que Dieu n'est qu'Amour, que nous sommes né-e-s de lui pour aimer comme Lui et continuer son oeuvre.  

Qui aujourd'hui aimerait entendre proclamer que Dieu n'est qu'Amour?

Vouloir vivre... - Mc 5,21-43

L'évangile nous présente deux femmes. L'une, âgée de douze ans, en train de mourir dans la maison du  chef de synagogue qui est son père; l'autre, exclue depuis douze ans de toute relation par la loi juive à cause de sa perte de sang.  Au chef religieux, Jésus dit : «crois seulement»;  à la femme : «Ta foi t'a sauvée».
Qu'est-ce que la foi? C'est peut-être vouloir vivre à tout prix! Un jeune homme fragile a affirmé cela au retour d'un pèlerinage de six cents jours autour du monde. St-Exupéry  l'a  dit à sa façon: faire un pas de plus! Croire, ne serait-ce pas obéir à un «instinct» de vie au point de lutter contre tous les obstacles, internes et externes, et aller chercher le secours là où il se trouve.
Pour le chef religieux, ce fut de quitter sa fonction et d'aller supplier  l'homme de Nazareth. Et si cela l'avait amené à devoir laisser le père se réveiller en lui afin d'offrir à sa fille la relation dont elle avait besoin  pour grandir? Jésus lui dit que l'enfant n'est pas morte mais endormie. Il met tout le monde dehors, sauf le père et la mère ainsi que trois disciples, pénètre là où est la jeune fille et lui ordonne de se lever. Puis il la remet à ses parents leur commandant de combler sa faim...
La femme atteinte d'une perte de sang veut tellement guérir qu'elle défie la loi d'impureté pour aller toucher le vêtement de Jésus. Dès qu'elle le touche, elle est immédiatement guérie, à l'étonnement de Jésus lui-même. Si la puissance divine passe par le corps de Jésus, pourquoi ne traverserait-elle pas son vêtement?

Le sens, le but de la vie n'est-ce pas la Vie elle-même? Si c'était elle qui lutte en nous!

D'où vient-il? - Mc 6,1-6

Jésus méprisé dans son pays, sa famille, sa propre maison! Tous sont profondément choqués à cause de lui. Mais pour quelle raison? Parce que son enseignement est nouveau et que ses mains font des choses qui frôlent  le  miraculeux. . . 
D'où cela lui vient-il? Quelle sorte de sagesse lui est donnée  se demandent les gens de Nazareth en ce jour de sabbat. Ils croient pourtant connaître ce charpentier, fils de Marie; ses frères et des soeurs sont de chez-eux!  Jésus ne peut rien faire pour eux parce qu'ils n'ont pas la foi.  Mais il impose quand même les mains et guérit quelques malades,  
En fait, Jésus a sûrement beaucoup appris de Joseph et de Marie. Comme mesurer et travailler le bois; semer et  récolter;  puiser l'eau et faire le pain... Mais il y a en lui quelque chose d'intrigant qu'il n'a pas dû recevoir de Marie ni de Joseph; ça dépasse leur entendement à tous! Mais d'où Jésus reçoit-il donc cette sagesse nouvelle qui remet en question les connaissances que les gens ont  de lui et de sa famille?
Est-il possible de dépasser ses acquis pour découvrir que l'identité de chaque être est un don reçu de celui qui est Père d'une autre famille? L'Amour donne un nom unique à chaque personne. Il  enseigne une nouvelle sagesse et fait pâlir toutes les autres puissances. 
Comme Jésus, les nôtres viennent d'un ailleurs mystérieusement étranger. Il arrive que nous soyons parfois déboussolés par eux alors que nous pensions les connaître comme «si nous les avions  tricotés»!  Mais...écrivit une femme de 72 ans avant de mettre fin à ses jours : «Ne vous fiez pas trop à ce que l'on dit de moi, ne vous fiez pas à mon extérieur, à ma famille. Que savez-vous de mon intérieur?» 

Envoi deux à deux... - Mc 6,7-13

Pour continuer la mission qu'il a commencée, Jésus envoie ses disciples deux à deux et leur donne de partager son autorité pour briser les forces du mal. Les «envoyés» forment donc un réseau de deux  disciples en alliance de confiance entre eux et tous unis par un troisième, le souffle divin.
Pourquoi  prendre la route les mains nues, le coeur libre? Probablement pour permettre aux gens chez qui ils se présentent d'expérimenter la joie de donner. D'ailleurs, s'ils apportent des choses à offrir ou qui peuvent chatouiller la convoitise, en arriveront-ils à se donner eux-mêmes? Et s'ils ont tout ce qui leur faut de sorte qu'ils n'ont rien à recevoir des autres, comment vivront-ils la rencontre véritable qui est un échange de dons? Par contre s'ils n'ont rien à donner, sauf leur présence, ils seront peut-être alors disposés  à demeurer dans la maison où ils entrent pour vivre l'accueil mutuel en vérité.
Si jamais ils ne sont pas accueillis, Jésus  demande aux siens de quitter la maison sans laisser coller à leurs semelles la frustration d'un refus  afin d'éviter d'en traîner la poussière chez les autres.  La sérénité et l'urgence de continuer simplement la mission confiée parleront un jour en faveur des disciples contre ceux ou celles qui refusent de les accueillir. Que les disciples continuent d'insister avec patience sur le retour à l'essentiel : la juste relation entre les humains, celle qui peut chasser les démons et guérir ces maladies qui empêchent ou rendent difficile la rencontre des autres.
Que les «envoyés» gardent  le coeur fixé sur le but de la mission : le royaume des relations réussies sur terre comme au ciel, le pain et le pardon partagés et qu'ainsi le Nom divin, qui est Amour, soit reconnu et chanté par tout l'univers.

Brebis sans berger! - Mc 6,30-34

Les gens, en foule, courent après Jésus. Arrivant avec ses disciples dans un endroit désert, Jésus est touché de compassion à la vue des gens qui l'ont devancé.  Il flaire en eux des brebis sans berger. Disant cela, Jésus prononce,  indirectement, une évaluation quand même sévère du système religieux de son temps! 
Dans les synagogues, dans le temple, chefs et grands-prêtres n'étaient-ils pas chargés d'instruire les foules? Mais des gens, le coeur insatisfait, désertent pour courir après un pauvre galiléen! De quoi peut-on avoir faim pour oublier de manger et suivre à la trace quelqu'un qui donne du souffle? 
Dans son dernier livre, Maurice Bellet, presque nonagénaire, nomme quatre faims que la faim d'amour contient toutes : faim de pain, de  parole, de place et de parcours. La faim de pain, sous toutes ses formes, est la première qui dévore la chair, c'est évident... Il y a aussi la faim de parole, ce désir de relation, de rencontre et d'échanges; tant de gens souffrent de n'avoir personne. Puis  la faim d'être appelé par son nom, d'occuper une place, sa place au soleil, dans le vocabulaire et dans le regard des autres. Enfin,  la faim d'un parcours, d'un compagnonnage dans le sens qu'inspire  la vie.
Jésus nourrit en donnant tout de lui à manger. Loin d'être un beau parleur, son être est parole vive qui confirme, relève. Le coeur gorgé de désir, il va à la rencontre  de l'autre,  lui fait une place  d'enfant libre au milieu des siens. Il s'engage même à aller préparer, pour chaque personne, une place dans le royaume promis... Il ouvre une voie, accompagne un parcours. Qui le suit marche  en pleine lumière.  Il s'engage dans la voie qui mène à la vie... ruelle étroite et encore trop peu fréquentée qu'est l'amour. 

Consommer ou communier? - Jn 6, 1-15

  "Prenez donc le temps de vous asseoir" demande une dame au prêtre venu lui porter la "communion". Ce prêtre m'a raconté qu'après avoir pris le temps de causer avec elle, il est parti oubliant de donner la "communion". Il avait pris le temps de communier. Tant de témoignages semblables de la part de personnes qui reçoivent la "communion" dans leur chambre d'hôpital ou à domicile. Je pense souvent à celle qui m'a arrêtée, alors que j'allais visiter ma mère, pour me confier: "Je suis un peu gênée de vous dire cela, mais le docteur qui vient me voir, qui prend le temps de s'asseoir et de jaser, me fait plus de bien que la personne qui me donne une hostie en passant!"

Voilà le signe: plus que le pain en passant, le temps de la présence et du partage convivial. Le temps de s'asseoir! Passer de la consommation de nourriture à la communion les uns aux autres dans un repas qui nourrit les coeurs. C'est ainsi que Jésus forme ses disciples à devenir bergers. Il les met à l'épreuve en leur proposant d'acheter du pain pour tous. Les disciples reconnaissent qu'aucun salaire ne suffirait à cela mais voient un enfant qui a cinq pains d'orge et deux poissons! C'est trop peu évidemment! Alors Jésus leur demande faire asseoir les gens. 
Puis Jésus accueille les pains, fruits de la terre et du travail humain,les deux poissons, dons de la nature, il rend grâce au Père de tous les dons et distribue. Il en reste pour les siècles à venir! 
Car tout vient de Dieu et nous est donné pour être offert et distribué. L'amour, dont chaque personne reçoit sa part divine, vient d'une source renouvelable à l'infini! L'amour a toujours du temps. 

Tout vient de toi, Père très bon! - Jn 6, 24-35

À quoi Jésus désire-t-il éveiller les gens quand il dit qu'ils le cherchent seulement pour manger à leur saoul? Il ne leur reproche sûrement pas d'avoir mangé la nourriture si généreusement distribuée. Voudrait-il les amener à réaliser que lui, eux et le pain viennent de Dieu? Alors, ils ne se rempliraient pas seulement le vendre du pain reçu, ils communieraient en même temps à Dieu présent en toute chose.

Ses interlocuteurs semblent ignorer que le pain au désert venait de Dieu par Moïse et qu'il nourrissait l'espérance des ancêtres tout autant que leur ventre. Et Moïse, venu de Dieu lui aussi, se donnait lui-même à manger. Saisiront-ils à présent que Jésus, qui leur donne tout de lui, vient de Dieu? Et qu'en chacun d'eux aussi Dieu désire se donner aux autres? Jésus n'invite-t-il pas chacun à se donner lui-même à manger! La vie n'est-elle pas rencontre où se joue un merveilleux échange de dons!

Jésus de Nazareth confirme Nathanaël que, sans artifice, il dit vrai en répliquant: "que peut-il sortir de bon de Nazareth?" Car Jésus le sait: ce qui est bon ne peut venir que de Dieu. Mais ça passe par Nazareth, par des parents, par chaque personne, par tout lieu où la vie prend racine et grandit. Dieu se fait chair pour nourrir toute chair et tout de la chair.

Si tu savais le don de Dieu... dit Jésus à la Samaritaine assoiffée qui connait les biens qu'elle croit reçus des ancêtres seulement: terre, puits... Jésus l'éveille à la source intérieure qui, à son insu, l'a poussée au puits. Quand elle sent la source surgir en elle, elle la flaire en Jésus et, rajeunie de mille ans, court vers les siens se donner à manger.

De la même École? - Jn 6, 41-51

Se cherchent et se trouvent les personnes d'une même école de pensée ou de coeur! Ainsi quiconque fréquente l'École du Père vient à Jésus et s'en nourrit.

Sommes-nous habilités à écouter l'enseignement du Père? Saint Paul répond oui: "Qui donc entre les hommes sait ce qui concerne l'homme, sinon l'Esprit de Dieu. Or, nous n'avons pas reçu, nous, l'esprit du monde, mais l'esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits." (1Co 2,11)

Qui écoute le Souffle de Dieu présent en son être et en toute chair vient à Jésus car tous deux fréquentent la même École appelée Source de Vie. Qui ne sent dans son coeur et dans l'univers ce désir de vivre à plein et toujours? Comment ne pas prêter soigneusement attention à ce qui nourrit le coeur profond et gonfle les voiles d'espérance!

Facile de consommer objets, discours, paysages, nourritures, parfums! Mais nous sommes capables de plus: communier à Dieu qui se fait chair et se donne à nous par le toucher, les oreilles, les yeux, la bouche, l'odorat, car tout vient de Lui comme pain de vie! Précieuses portes d'entrée que sont nos sens! "Dans la ferme de mon enfance, écrit André Paul, Dieu, c'était de la vie, de l'odeur, du toucher et même du goût...C'est un Dieu qu'on reproduisait et consommait sans cesse. Chaque fois que je reviens à la ferme..., je retrouve tout cela:le Dieu fait chair." Jésus et lui sûrement de la même École! La chair serait bonne conductrice du divin?

Comment devenir bons-à-manger sans se nourrir du bon et du beau dans tout ce qui est généreusement servi! 

Bon comme du bon pain! - Jn 6, 51-58

"Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?" discutent entre eux les Juifs quand Jésus présente sa chair comme pain venu du ciel. Il y a de quoi palabrer fort longtemps!

On dirait que les Juifs pensent à leur assiette, à ce qui nourrit le corps périssable. Jésus aimerait qu'ils communient à toute sa personne, à ce qui nourrit aussi la vie impérissable. Les Juifs se voient manger de la chair; Jésus désire les nourrir de sa chair qui est parole, attitude, geste, surtout présence. Jésus est bon comme du bon pain! Une personne brûlant du même amour que lui n'est-celle pas mangeable" à sa façon? "Je te mangerais" déclare une mère à son poupon!

Tout de Jésus transpire Dieu. Son incroyable puissance d'aimer me dépasse! Ses paraboles me fascinent; elles manifestent, en toute simplicité, la Présence amoureuse de Dieu agissant au coeur du monde. Comme un germe dans une semence; comme un levain enfoui dans la farine; comme un feu au centre de la terre; comme un souffle qui engendre du dedans.

L'évangile de Jean parle du Verbe de Dieu qui se fait chair en Jésus et par qui tout est créé. "En plus de la communion avec Dieu et de la communion avec la Terre, y a-t-il communion avec Dieu par la Terre?" (Theillard de Chardin) Voilà le grand mystère de notre foi dont nous vivons chaque jour et que nous célébrons dans l'Eucharistie. D'ailleurs notre Prière eucharistique s'adresse bien au "Dieu de l'Univers"; son Souffle danse sur la portée de notre temps ses notes d'éternité!

"Depuis les mains qui en pétrissent la pâte jusqu'à celles qui la consacrent, la grande Hostie universelle ne devrait être préparée et maniée qu'avec adoration!" (Th. de Ch.) Pourquoi pas mangée avec  adoration!

À qui irions-nous? - Jn 6, 60-69

"On ne peut pas continuer à l'écouter!" s'écrient certains disciples choqués par les paroles de Jésus. Écouter, c'est se laisser affecter, c'est pouvoir intégrer la nourriture quotidienne qui s'offre à nos sens. Refuser d'écouter, c'est comme dire: "Je ne le prends pas!", je n'avale pas ça!", "je ne veux rien savoir!"

Il n'y a pas que la bouffe à digérer! Il y a ce qu'on entend et ce qu'on voit lors d'un repas. Il y a surtout la présence des autres convives, des serveurs, des serveuses. D'ailleurs, l'atmosphère compte souvent plus que le nombre de fourchettes!

Comment profiter du pain quotidien,encore plus du pain eucharistique, sans jouir d'une bonne digestion? Les Juifs et quelques disciples ne peuvent pas avaler les paroles de Jésus jugées indigestes. Plusieurs ne digèrent guère non plus la présence des pécheurs qui partagent son pain. Enfin, leur système religieux développe une intolérance envers la personne même de Jésus. Des contemporains se préparent à glorifier leur Dieu en condamnant Jésus comme blasphémateur parce qu'il se dit envoyé de Dieu. Ils charcuteront sa chair alors qu'ils refusent de s'en nourrir! Et  ça continue! On maltraite encore sa chair dans les plus petits d'entre les siens..,

Les Juifs ne prononçaient pas le Nom de Dieu; ils interdisaient toute image de Lui, toute déification d'un être humain. À cause de cela je suis quelque peu sympathique aux Juifs et aux disciples allergiques aux propos de ce Nazaréen qui parle de vie éternelle en termes de chair à manger, de sang à voire. Et qui, par surcroit, affirme venir de Dieu!

Difficile de partager en vérité la table d'un Dieu qui se fait chair pour être notre pain quotidien! "Heureusement ses paroles ont toujours goût de "revenez-y". Mais... à qui d'autre irions-nous? 

Laisser l'amour de côté! - Mc 7, 1-8.14-15.21-23

Certains disciples ont mis Jésus de côté après son invitation à manger sa chair. Je me glisse parmi ceux qui ont trouvé un goût d'éternité dans ses paroles et qui lui sont demeurés fidèles.

C'est maintenant saint Marc qui nous invite à marcher avec Jésus vers de nouvelles rencontres dont celle d'aujourd'hui qui n'est pas de tout repos. Mais je ne peux l'esquiver. Je m'y expose à vif.

Jésus déclare que laisser de côté le commandement de Dieu, gravé au fond du coeur, pour s'attacher aux manifestations extérieures des traditions anciennes, c'est être hypocrite. Cette parole est dure à digérer. Et pourtant elle est belle. Comment Jésus, qui aime de tout son être, peut-il parler sur ce ton aux pharisiens et aux scribes qui le suivent pour l'épier? Qu'est-ce qui l'atteint à ce point?

J'ai souvenir d'un père de famille désespéré de la conduite de son beau grand gars qui ne voulait rien savoir. Alors que son fils allait partir, le père donne un coup de poing sur le capot de la voiture en échappant: "Vas-tu te réveiller?" Le fils déguerpit en faisant crisser les roues de sa voiture... Quelle impuissance d'amour dans ce père! Souffrir dans sa chair de voir son fils en "hypo", en manque de ce qui fait qu'un homme en est un vrai, et ne pouvoir rien faire!

Jésus se sent-il ainsi devant ses frères pharisiens et scribes? Il voit la beauté originelle de l'amour emprisonné au fond de leur coeur, souffre de les sentir "en manque" par rapport à leur être de vivants. Il sait combien leur milieu en souffre aussi. Il frappe fort espérant que leur coeur se réveille avant qu'il ne soit trop tard, car une personne qui n'aime pas est en danger de devenir homicide! 

Écouter avant de parler! - Mc 7, 31-37

Quand les oreilles s'ouvrent, la langue se délie et la personne parle correctement, raconte l'évangile d'aujourd'hui. Surdité et mutisme! Les oreilles et la langue semblent jouer de concert. Faut-il pouvoir et savoir écouter pour parler correctement?

J'ai connu autrefois un petit garçon dont les deux parents étaient sourds. Lui, il parlait sans aucune retenue et discernement comme pour tout dire sans rien dire. Aurait-il appris par la seule télévision qu'on peut parler de n'importe quoi sans se soucier d'écouter, encore moins d'être écoutés par des téléspectateurs? Comme si on apprenait à parler tout seuls alors que la parole implique une mutualité.

Souvent, dans la Bible, Dieu lui-même nous demande d'écouter. Le refrain "Écoute, Israël" y revient comme appel ou reproche. Je n'y ai pas souvent lu: "Parle, Israël!" Jésus a écouté pendant plusieurs années avant de commencer à parler. Il a écouté Marie, Joseph, ses contemporains, ses ennemis mais surtout son Père. La Parole accueillie par tous ses sens, Jésus l'a laissée parler par lui et il arrivait " en ce temps-là quelque chose de bon, de neuf. En lui, la Parole devenait bonne nouvelle!

Au slogan de Radio-Canada "Écouter pour voir", il faudrait peut-être ajouter "Écouter pour parler"? Nos oreilles ont besoin d'être touchées pour que devienne libre le chemin entre elles et notre coeur et que nous puissions parler avec justesse. Amenons-nous donc à Jésus les uns, les unes les autres. Demandons-lui de mettre ses doigts dans nos oreilles, de toucher notre langue de sa salive. Avec lui, écoutons Notre Père pour parler correctement à ses enfants.

Un proverbe africain dit: "Si tu parles à quelqu'un qui ne t'écoute pas, fais-toi! Écoute-le; peut-être que tu comprendras pourquoi il ne t'écoute pas". Qui écouter pour dire des paroles capables de faire du bien?  

Tel est Jésus, tels nous sommes! - Mc 8, 27-35

Qui est Jésus? Il ne se laisse comparer ni à Jean-Baptiste, ni à Élie, ni à un ancien prophète. Il désire plutôt amener ses disciples à dépasser ce qu'on pense et dit de lui, même l'image qu'on se fait du messie attendu.

C'est très important de savoir qui est Jésus, car il vient révéler qui nous sommes. Le paraître et le faire, même les actes et les paroles de puissance ne disent pas tout d'une personne. Comment connaître son identité véritable? N'est-ce pas en découvrant, souvent après coup, ce qui reste d'elle quand elle est dépouillée de tous ses titres, vêtements de scène, masques, etc.

Jésus désire amener ses disciples plus loin dans la découverte de son identité. Ce qu'il est , ni le rejet, ni; la mort infâme ne peuvent le détruire. C'est ce qui lui restera quand on pensera lui avoir tout enlevé. Les gestes de puissance ne peuvent démontrer cela; ils peuvent même tromper! Jésus ne veut certes pas tromper les siens, encore moins Pierre, sur ce qu'il est en vérité. Seule la traversée de la mort, non les miracles, peut révéler d'où vient Jésus, qui il est.

Jésus n'a jamais promis que , par la foi, nous jouirons du privilège de passer à côté ou par-dessus la souffrance et la mort. Il est venu révéler, en expérimentant ce que nous appelons la mort, que nous avons ce qu'il faut pour passer dedans et demeurer vivants! Le souffle reçu de Dieu est Amour, il est promesse de Vie éternelle. Voilà ce que signifie être enfant de DIeu. Nous échappons peu à peu de précieux pans de notre identité humaine, mais jamais nous ne; serons des ex-enfants de Dieu! Comme Jésus , nous vivons maintenant pour Vivre toujours! L'espérance de nous décevra pas! 

Qui accueille Dieu? - Mc 9,30-37

"De quoi discutez-vous" sur le chemin de l'école, de l'hôpital, de la mairie, de la sacristie, de la maison, de l'usine, du centre d'achats, du syndicat, de l'assemblée nationale, etc?  Voilà la question que Jésus pose aujourd'hui. Peut-être avons-nous envie de nous taire comme font les disciples qui discutent entre eux pour savoir qui est la ou le plus grand, le plus important, le plus crédible?

Ne craignons pas! Jésus ne fait aucun reproche aux Douze qu'il vient de choisir. Il les invite plutôt à sortir d'une mentalité de rapports de force pour devenir ce qu'il est lui-même: serviteur de tous les frères et soeurs. C'est ainsi qu'il est premier sur la voie de l'amour où il s'est engagé. Heureux d'être enfant de Dieu, il place un enfant au milieu des apôtres et l'embrasse. Les apôtres voient-ils le lien? Saint Paul l'a saisi: "Cherchez à imiter Dieu comme des enfants bien-aimés; suivez la voie de l'amour à l'exemple de Jésus qui vous a aimés et s'est livré pour vous. " (Ep 5,1)

C'est long d'apprendre dans nos tripes qu'accueillir un des enfants de NOTRE Père, c'est accueillir Jésus lui-même et qu'accueillir Jésus c'est accueillir Celui qui l'a envoyé! Pas de discussion là-dessus ni de longs discours! Pierre entendra trois fois Jésus ressuscité lui dire que l'aimer, Lui, c'est prendre soin des siens, de tous les siens sans distinction.

Il est peut-être facile d'accueillir Jésus en gloire! Mais Jésus défiguré qui ne ressemble plus à un être humain! Jean Vanier disait qu'on ne peut s'agenouiller devant un crucifix de bois ou d'or si on ne s'agenouille pas devant nos frères et soeurs crucifiés. C'est bien collé au message que Jésus désire faire saisir à ses apôtres, à nous aujourd'hui qui pensons ou désirons l'être. 

Faire des miracles... - Mc 9, 8-43.45.47-48

Qu'est-ce que faire un miracle sinon faire que les humains vivent à leur meilleur, que soit améliorée leur qualité de vie, rétablie l'harmonie entre eux et avec tout l'univers? La mission ne consiste-t-elle pas à épouser la passion de Dieu pour le monde! Heureuses les personnes qui partagent cette passion, les miracles sont à leur portée! D'autant plus que nous sommes greffés du Souffle de Jésus pour faire des oeuvres plus grandes que les siennes!

Et qu'est-ce pécher, sinon briser les relations, endommager la qualité de vie, atteindre à la dignité des personnes? Le miracle s'inscrirait-il dans un mouvement contraire? J'entends parfois: "C'est un vrai miracle, la circulation est fluide!" ou encore:"tout le monde se parle aujourd'hui, c'est un miracle!" Les routes sont inventées pour la bonne circulation; les humains sont équipés pour vivre ensemble... Et quand cela arrive, spontanément, on on crie au miracle! Quel est le plus grand miracle? Quand un coeur fait pour aimer en arrive à aimer!

Alors, si nos mains, ce qu'elles fabriquent , mettent en danger l'harmonie, la qualité de vie, il vaudrait mieux couper là-dedans pour éviter certaines désastres. Si nos pieds nous portent vers des voies menant à la folie humaine, il serait préférable de couper là-dedans, de renoncer à certains chemins. Et si nos yeux se nourrissent de scènes qui incitent à la violence, aiguisent des appétits qui peuvent altérer la vérité des relations quotidiennes, vaudrait peut-être mieux couper là-dedans aussi. N'est-il pas préférable d'avoir et de faire moins mais d'être heureux et d'aider à être heureux!

Chaque personne fait ses miracles avec des petits verres d'eau donnés par amour! Regardons bien : tant de gens ont à coeur de faire que des humains et leur environnement soient en santé et s'entendent bien! Et ça arrive!  

Homme et femme! - Mc 10, 2-16

Comment gérer les différences? Que de files d'attente pour demander aux tribunaux de régler les conflits entre personnes ou groupes de cultures, langues, religions différentes! La différence de base, fondatrice donc essentielle, est celle du masculin et du féminin. Cette différence est constitutive de l'ÊTRE humain créé à l'image de Dieu, capable d'assumer avec lui la suite du monde. Elle est présente en chaque personne mais elle se concrétise dans des hommes et des femmes.

Jésus dit : " ce que Dieu a uni, qu'on ne le sépare pas!". Le mot latin, traduit par "uni", parle de conjugalité (conjuxit). Dieu crée les êtres humains différents pour qu'ils vivent non en opposition ni seulement en complémentarité. Il les appelle à conjuguer les dons qu'ils sont et ceux qu'ils ont pour la beauté du monde. Non seulement à l'âge du mariage mais dès le jeune âge et à tout âge! Les projets de vie, leurs lois, leur accomplissement, peuvent-ils être image de Dieu s'ils excluent, à un moment ou à l'autre, une part d'humanité?

Opposer les différences, c'est entrer dans le jeu des rapports de force et ça engendre beaucoup de frustrations, voire de violence. Considérer les différences seulement comme complémentaires, c'est fonder les relations sur le besoin qu'on a de l'autre. Ces relations ne durent pas plus longtemps que le besoin. Tant de personnes ont peur d'être mises de côté, dans un domaine ou l'autre, si jamais on trouve quelqu'un-e de meilleur, de plus efficace ou de plus...! La conjugalité naît d'une alliance de confiance consentie entre personnes libres, capables d'écoute, de don, de croissance.

Voir les différences comme menaçantes, vouloir répudier l'autre pour une raison quelconque, serait-ce signe d'un endurcissement des coeurs? Apprendre à vivre ensemble, égaux et différents : quel beau grand défi!

Sous un regard d'amour! - Mc 10,17-30

Un jeune "pouceux" m'a aidée à goûter l'interpellation de Jésus. Il avait cueilli de beaux coquillages pour les offrir à sa mère. Mais il entendait une voix lui murmurer au-dedans : "Remets-les donc à la mer. Peut-être que tu vas trouver quelque chose de plus beau". Mais il en ramassait d'autres...Il se décida enfin, avec regret, à les remettre à la mer...Il continua sa marche sans savoir ce qu'il trouverait et aperçût un point brillant dans le sable...Il découvrit un petit crucifix en métal, tout patiné par le travail des vagues, et l'offrit pour la fête des Mères.

Nous avons assez vécu pour avoir acquis de multiples richesses. Affectives, intellectuelles, matérielles. Des expériences, des connaissances, des relations, des certitudes, des avoirs. Elles sont belles, bonnes et justes ces richesses. Mais un jour vient où nous demandons peut-être quoi faire pour vivre jusqu'au bout et même après le bout. Nous avons conscience d'avoir fait de notre mieux depuis notre jeunesse, mais un vent du large nous chatouille au-dedans...

Comment me laisser bouleverser aujourd'hui par le regard d'amour de Jésus et la suggestion qu'il fait : échanger mes richesses pour ce dont les personnes en manque de quelque chose ont le plus besoin? Quitter mes certitudes d'avoir été correcte jusqu'à présent...n'est pas facile; ça  peut rendre triste pour un temps. Mais si jamais les gens tout autour avaient moins besoin de mes certitudes, de mes expériences, de mon avoir que d'un pain de présence, de place, de parole...!

Peu importe notre âge, Jésus nous propose aujourd'hui de remettre quelque chose à l'océan d'amour pour le suivre dans la voie qui mène à la Vie. Répondre à son appel peut faire mal car chaque personne a ses grands biens et ignore ce qu'elle trouvera! 

Quel pouvoir? - Mc 10,35-45

Jésus n'est pas venu pour être servi. Il ne demande pas plus à être servi maintenant! Il désire, par chacun, par chacune de nous, offrir sa vie pour donner ses chances à toute personne, frère ou soeur, qui attend un matin au goût d'espérance!

Le disciple n'est pas au dessus du maître! C'est facile de s'indigner, comme les dix disciples, parce que deux confrères ont fait du lobbying auprès de Jésus pour exercer le pouvoir à ses côtés. Sont-ils indignés à cause de la demande faite ou déçus d'avoir été devancés dans leur propre attente? Eux seuls pourraient le dire, bien sûr!

Jésus répond simplement aux deux frères qu'ils ne savent pas ce qu'ils demandent. Il leur redit ce qu'il peut faire pour eux : les inviter encore et encore à marcher à sa suite sur la route du seul pouvoir que nous donne le Père, celui de l'amour. Exercer ce pouvoir n'est pas de tout repos. C'est plonger dans une sagesse tout autre, c'est consentir à boire avec Jésus à la coupe du sang versé par amour. 

Jésus invite tous les disciples à ne pas se modeler sur les chefs qui ne savent guère mieux et qui commandent aux autres, ni sur les grands qui font sentir leur pouvoir par leurs vêtements et leurs trônes. Devenir grand, aux yeux de Jésus, c'est devenir grand comme notre Père est grand. Grand par l'amour qui élargit l'espace du coeur et qui justifie la seule compétition "humanisante" : le service les uns, les unes des autres.  

Le message de Jésus est décapant. Pour les personnes qui exercent ou désirent exercer le pouvoir comme pour les autres qui s'en indignent! Pour ne pas me dérober, je demande à connaître mes petits moyens, devenus inconscients peut-être, d'exercer un contrôle sur quelqu'un.

Crier de plus belle! - Mc 10,46b-52

Comment  un laissé-pour-compte peut-t-il rebondir et faire route avec les autres? Voilà ce qui arrive à Bartimée, un «mendiant aveugle assis au bord de la route». Bar-timée signifie «fils à Timée». 
 
Tout commence par ce cri qu'il adresse à Jésus : «aie pitié de moi!». Non pas pour que Jésus dépose quelque chose dans sa gamelle mais pour qu'il prenne soin de son «moi». Par son cri, Bartimée dérange la foule qui, suivant Jésus, l'interpelle vivement pour qu'il se taise. Faut bien avancer avec Jésus, non! Mais le «gars» à Timée crie encore plus fort pour que Jésus prenne pitié de lui!
 
Voici la première étape du «miracle» : Jésus arrête la marche et demande à ceux qui, avec conviction, veulent faire taire Bartimée de l'appeler! Ils  appellent donc l'aveugle : «Confiance! Lève-toi, il t'appelle!». L'aveugle jette son manteau, maison de mendiant, bondit et court vers Jésus dont il flaire la présence. Quel miracle que de changer des «faisant-taire» en des «appelant»!

Deuxième étape : Jésus demande à  Bartimée, qui est maintenant un homme debout, de lui dire ce qu'il attend pour lui-même. «Rabbouni, que je voie!» répond-il. Sans rien faire, Jésus lui déclare que sa foi l'a sauvé. Quelle est cette foi qui sauve sinon celle qui fait crier quand passe Celui qui écoute les cris et qui, au-delà des apparences, voit un frère ou une soeur!

Troisième étape : l'homme se met à voir et suit Jésus sur la route avec les autres... Le voilà devenu quelqu'un, un disciple! Il n'est plus seulement le «fils à Timée», il  est aussi «fils de Dieu».
 
Sur quelle route de course folle au progrès Jésus s'arrête-t-il aujourd'hui? Par quelles voix demande-t-il aux «faisant-taire» d'appeler les laissés-pour-compte pour qu'ils retrouvent leur dignité et marchent avec les autres? 

Palmarès des commandements! - Mc 12, 28b-34

Quel est, de tous les commandements qui arrivent de tous côtés, le premier de tous? Jésus n'a mis de temps à répondre au scribe de son temps! Le premier commandement, c'est d'aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de tout son esprit, de toute sa force. Il en ajoute un second : aimer son prochain comme soi-même. Pas de commandement plus grand que ceux-là! Pourquoi?

Parce que le premier et le plus grand commandement, c'est celui de l'amour. Il est premier parce qu'inscrit à l'origine dans notre coeur. «Née pour aimer», toute personne est «programmée» pour aimer corps et âme. Elle est née de l'Amour et en a l'ADN. Heureuse la personne à l'écoute de sa commande intérieure! Heureuse surtout celle qui lui obéit. Car il ne s'agit pas de connaître la recette du bonheur : il faut l'essayer. Jean-Paul II en sait sûrement quelque chose. Il parle de recevoir l'amour, de rencontrer  l'amour, d'en faire l'expérience, de le faire sien, d'y participer fortement! Car sans l'amour la vie n'a pas de sens1

Il est bon de s'arrêter de temps en temps et de vérifier si tout ce qu'on nous commande de l'extérieur, même au nom de Dieu, est vraiment de Dieu! C'est difficile à faire, bien sûr. Jésus lui-même a appris dans la souffrance ce que c'est que d'obéir à la Loi de son être, cette Parole gravée au commencement : «Aime et tu vivras!». À chaque respiration, il a puisé son amour à la Source qu'est le Père. Il a expérimenté le pouvoir de l'amour. Il a aimé jusqu'à la dernière goutte de son sang! Il a aimé de tout son être et d'un même amour Dieu, ses frères et ses soeurs. Il a aimé!

Don de veuve! - Mc 12, 38-44

Dans l'évangile d'aujourd'hui, Jésus enseigne à se méfier des scribes vêtus de robes solennelles, en attente de salutations, de places d'honneurs, du bien des veuves, tout en affectant de prier. Il va s'asseoir dans le Temple, face au trésor, et observe les gens déposer de l'argent dans le tronc. Il voit des gens riches jeter de grosses sommes et voilà que s'avance une pauvre veuve qui ne dépose que deux piécettes.  

L'évangile semble avoir un faible pour les veuves! Saint Luc nous parle d'Anne qui, au Temple jour et nuit, se trouvait là quand Joseph et Marie sont venus y présenter Jésus. C'est elle qui a parlé de l'enfant Jésus à tous ceux et celles qui attendaient une délivrance pour Jérusalem. Une autre veuve est donnée en exemple pour s'être obstinée dans la prière auprès du juge trop occupé.

Aujourd'hui Jésus donne en exemple cette veuve qu'il a vue passer près du trésor. Elle a donné «plus que tout le monde», dit Jésus. Il est bien le seul à avoir vu cela! Comment a-t-il pu juger supérieure l'offrande de deux piécettes en comparaison de grosses sommes? Avait-il un troisième oeil? 

En fait, que peut bien donner une pauvre veuve sinon ce qu'elle a pour vivre alors que les autres donnent tout simplement de leur superflu? Le don qui dépasse tous les autres serait donc celui que l'on fait de ce dont on a soi-même besoin pour vivre, de ce qui fait vivre quoi? Tout ce dont on n'a pas besoin pour vivre serait-il donc du superflu?

Faut-il être pauvre comme cette veuve du temps de Jésus, sans recours aucun, pour en arriver  à vivre ce que Jésus a demandé aux disciples : se donner soi-même à manger? Jésus avait sûrement quelque chose d'une veuve!

L'été est proche! - Mc 13, 24-32

Lors d'une consultation sur l'exploitation des hydrocarbures dans le Golfe Saint-Laurent, je me demandais quels signes voir poindre qui soutiendraient les petits groupes de défense de notre terre, de ses écosystèmes et nourriraient l'espoir d'une victoire sur les grandes compagnies cuirassées de pouvoir et d'argent. David contre Goliath! Quel caillou mettre dans leur fronde?

Aujourd'hui Jésus nous parle de branches tendres et de feuilles qui se pointent après une terrible détresse suivie de l'obscurcissement du soleil et de la lune, de la chute des étoiles et de l'ébranlement des puissances célestes. Signe que l'été est proche, dit Jésus! Quel été Jésus entrevoit-il donc? L'été attendu semble être le rassemblement des élus des quatre coins du monde par le Fils de l'Homme qui envoie son ange! Et qui est ce Fils de l'homme revenu? C'est celui qui, écrasé par l'épreuve, s'en est sorti vivant.  

Le signe que l'été est proche pour nous serait-ce la présence même de ces petits groupes qui se solidarisent, partout dans le monde, autour de fils et de filles de notre humanité sortis vivants des épreuves qu'ils ont subies? Le caillou capable d'atteindre le front des géants ne serait-ce pas que tous ces petits groupes qui inventent de nouvelles alternatives se serrent les coudes pour guérir la terre et nous guérir les uns, les unes les autres!

N'oublions pas : Jésus est ce Fils de l'Homme revenu de l'épreuve. Son souffle de ressuscité est donné à toute personne pour continuer son oeuvre de libération. Si le Père est seul à savoir quand viendront le jour et l'heure de notre été, faudrait-il avec Jésus gravir ensemble la montagne, nous tenir proches de Lui pour entendre, écouter sa parole afin de demeurer aux aguets et de reconnaître le passage de ses anges?

Jésus, es-tu mon roi? - Jn 18, 33b-37

Pilate, incroyant selon les Juifs, dit que Jésus lui est livré. Jésus répond qu'il a été livré aux Juifs qui sont, eux, des croyants. Dans la peau de Pilate, de mon lieu d'incroyance, j'interroge Jésus : «es-tu le roi des croyants?» Jésus me demande si je dis cela de moi-même ou si d'autres m'ont dit cela. Je réponds : «ai-je  moi la compétence des croyants qui m'ont dit cela? Ta communauté et ses responsables t'ont livré à moi...; qu'as-tu donc fait?»

Étonnée j'entends Jésus me répondre comme à  Pilate : «ma royauté ne  vient pas de ce monde, car si c'était ainsi, des gardes se battraient pour que je ne sois pas livré aux mains des croyants». Je dis à Jésus : «Alors, tu es roi?» Jésus me dit : «Maintenant, c'est toi qui dis que je suis roi...Je suis né et venu dans ce monde pour y être témoin de la vérité. Si tu as des connivences avec la vérité, écoute ma voix».

Jésus, des croyants m'ont appris que tu étais notre roi. C'est nous et nos chefs qui te livrent sans garde non pas d'abord aux incroyants comme Pilate mais à l'incroyance des croyants eux-mêmes. Jésus, je désire demeurer fidèle à ton école de vérité avec la petite part de foi qui est mienne. Depuis mon enfance, tu me parles d'un autre Royaume. Je contemple ton portrait, je lis ta biographie dans ce que tu partages sur le Mont des béatitudes. Tu t'es révélé, manifesté dans ta vérité la plus pure : l'amour. Je gravis la montagne et m'assois près de toi pour écouter, avec un coeur plein de désir, le secret de ta royauté. Ajuste nos coeurs de croyants sur l'amour pour que vienne ton Royaume de justice, de paix, de fraternité. 

Trouvés debout! - Lc 21,25-28.34-36

J'ai longtemps entendu dire que Jésus parlait aujourd'hui de la fin du monde. Mais non! Il parle de sa venue. Ça change la perspective. À méditer ce texte d'Évangile, dans la lumière d'une venue de Jésus, je comprends mieux pourquoi on le propose au début de l'Avent...car le premier Noël éclaire tout. La venue de Jésus dans notre vie personnelle ou collective risque de  déranger, de nous remettre en question. Comme l'a fait sa naissance.

Quand Jésus naît, les hôtelleries affichent «no vacancy». Pas de place pour la vie qui accouche. Des bergers, non alourdis de sommeil, entendent les premiers un joyeux message venant des cieux. Aussi sont-ils bientôt trouvés debout près de l'enfant couché dans une mangeoire. À l'étranger, des savants discernent un signe dans le ciel. Le coeur libre et léger,  ils suivent une étoile jusqu'à la maison de Marie et de Joseph. Ils apportent et offrent à Jésus, pauvre parmi les pauvres, des présents dignes d'un roi. Pensons au terrible branle-bas que la venue de cet enfant produit sur la terre habitée d'alors. Le roi Hérode, imbu de son pourvoir, se sent menacé. Sa puissance est ébranlée au point que, par lui, des malheurs sans nom arrivent aux familles dont les premiers-nés sont massacrés. Il y a de quoi mourir de peur. Tout cela causé par un enfant dont la venue dérange!

Nous appelons « Avent» ce temps qui s'écoule d'ici Noël, espérant qu'«advienne» chez-nous quelque chose de «bon et de neuf», une «bonne nouvelle». Comment alléger nos coeurs de ce qui les rend lourds? Comment nous tenir éveillés, attentifs aux signes du ciel pour discerner, dans les événements bouleversants qui font peur, des invitations à relever la tête car la venue de Jésus est là-dedans? Mais sous quels traits?

Voirie à deux vitesses! - Lc 3,1-6

Les membres des divers gouvernements nommés dans l'Évangile d'aujourd'hui se devaient d'assumer la responsabilité des routes et infrastructures pour que les personnes puissent communiquer. Dieu demande pourtant  à un homme du désert  d'être la voix de celui qui crie pour que cela se fasse! Ce citoyen s'appelle Jean, enfant surprise d'un vieux couple : Zacharie et d'Élisabeth. 

Jean parcourt la région et proclame à qui veut l'entendre que tous doivent s'investir eux-mêmes dans un nouveau mode de vie pour sortir de la bêtise humaine qui transforme le monde en désert de relations. À travers ce désert, une voix, des anciens prophètes jusqu'à lui, crie de réparer les réseaux de relations, de combler les distances entre les générations, entre les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, les clercs et les laïcs, d'abaisser les exigences impossibles à atteindre pour plusieurs, de redresser ce qui fausse ou rend tortueuses les relations des humains avec Dieu et entre eux, celles des humains avec l'environnement. Tout cela pour que chaque personne puisse respirer au large et profiter du généreux souffle que Dieu renouvelle sans cesse.

C'est sûrement Dieu qui, de son haut lieu d'observation, observe au mieux le vaste réseau tissé par lui pour que l'amour circule librement entre les éléments de l'univers. Je comprends que c'est probablement lui qui crie par tous ces gens qui étouffent dans des milieux aux voies impraticables. Dieu n'est pas sans ressentir les occlusions d'amour, les bouchons de circulation dans son réseau de communications. Il voit sûrement les culs-de-sac, imagine les ponts à construire, les tunnels à creuser pour faciliter ou refaire les relations entre tous les humains.

Nous attendons l'enfant porté par Marie fiancée à Joseph. Il nous dira : «Je SUIS le chemin», voix et voie de l'amour. 

Plongés dans le Feu! - Lc 3, 10-18

«Que devons-nous faire?» Question  souvent posée par des personnes de tous âges et de toutes conditions. Dans l'Évangile d'aujourd'hui, elle vient des foules, des collecteurs d'impôts, des soldats. Jean répond : partager nourriture et vêtements, ne pas exiger plus que le montant fixé, ne faire ni violence ni tort à personne, se contenter de ce qu'on a. 

On dirait que Jean vient de lire le prophète Michée qui, à la même question, répond : «On t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que Dieu réclame de toi : rien d'autre que d'accomplir la justice...»  Mais je crois  que Jean a lu la réponse du prophète jusqu'au bout, car il invite ses interlocuteurs à aller plus loin quand ils lui demandent s'il est celui qu'on attend. 

Jean leur dit que lui baptise dans l'eau mais que celui qui vient les plongera avec lui dans le Souffle et le Feu qui jamais ne s'éteindra. Aux gens qui lui demandaient s'il leur fallait offrir des holocaustes et même le fruit de leurs entrailles pour plaire à Dieu, Michée a répondu : «ce que Dieu réclame de toi : ...aimer la bonté et t'appliquer à marcher avec ton Dieu» (Mi 6,8).   

Jean  pressent que quelque chose de neuf se prépare qui nous fera passer du «quoi faire» au «comment être». Noël, c'est Dieu qui nous donne le fruit de ses entrailles pour nous révéler à quel point nous sommes aimés. Depuis longtemps, il invite les hommes et les femmes, nés de lui, à être bons et à marcher avec lui dans la voie de l'amour. Si nous devenons comme Jésus des frères et des soeurs bien ajustés sur l'amour nous accomplirons la justice que Dieu réclame de nous. 

Que vienne l'enfant tisonner le feu dans nos coeurs!

Que de primeurs! - Lc 1,39-45

Marie, porteuse de Dieu, arrive en hâte dans la maison de Zacharie et salue Élisabeth. Il se passe de l'inouï... Nouveau baptême! Première Pentecôte! Première Église! Première béatification dans une Église domestique! L'enfant-surprise que porte Élisabeth depuis six mois n'oubliera sûrement jamais, dans sa mémoire de chair, cette première rencontre avec Jésus. Un vrai baptême de feu! Plus tard, il fera tout pour conduire ses disciples à la personne de Jésus. 

Tant qu'il y aura deux personnes qui se rencontrent et se partagent ce qu'elles portent de nouveau dans la profondeur de leur être, nous aurons une Église. La vie tressaillira de joie! Car Dieu peut féconder ce qui ne l'a pas encore été mais aussi ce qu'on croit devenu stérile. Rien n'est impossible à un Dieu Amour! 

Mais qu'arrive-t-il à Zacharie pendant que les deux femmes exultent? Il est muet depuis qu'il n'a pas cru en la parole de l'ange. Marie, elle, est proclamée bienheureuse pour y avoir cru! J'avoue être sensible à la présence de Zacharie dans sa propre maison, témoin  muet de l'exubérance des femmes enceintes. Il semble être sourd aussi puisqu'il sera bientôt noté qu'on lui parle par signes et qu'on  lui apporte une tablette pour qu'il exprime par écrit son avis sur le nom de l'enfant!  

Il me semble que Zacharie descend dans la profondeur de ses entrailles pour être engendré à la foi! Il n'a pas cru la parole de l'Ange. Son épouse, trop âgée, ne pourrait pas enfanter! Mais il consent, lors de la circoncision de leur enfant, à ce que son nom, donc  son identité, soit donné, non par lui, mais par Dieu. Alors sa langue se délie. Maintenant plein de souffle, ému, il proclame enfin sa foi. 

Pourquoi nous avoir fait cela? - Lc 2,41-52

Cette question que Marie, toute angoissée, pose à son enfant de douze ans, je l'ai souvent entendue! Avec l'autre parole: «Vois, nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi!».   Jésus n'a pour seule réponse : «Pourquoi m'avoir cherché? Vous ne savez pas? Je dois être chez mon Père!». Marie et Joseph ne comprennent pas! Jésus n'est plus parmi leurs connaissances et leur parenté, mais au milieu des docteurs de la Loi, bouches bées devant lui, car il en sait des choses, ce jeune!

Quand je rencontre des jeunes qui préparent leur confirmation, je raconte cette histoire. On leur dit qu'ils sont assez grands pour prendre des responsabilités. Mais on est tellement surpris s'ils le font! Ils savent des choses qui souvent dépassent leurs parents. Ils désirent quitter le giron familial pour le monde des grands. Au fond, ils agissent comme Jésus... et ça angoisse les parents qui les cherchent où ils étaient et ne les trouvent pas là. Ils sont d'un ailleurs qui les appelle, d'une autre famille dans laquelle ils ont été plongés à leur naissance. On leur signifiait alors, dans notre foi, qu'ils avaient un autre Père que nous...une autre famille, qu'ils ont leur vie à eux, leur voie à suivre. Les confirmer en communauté, c'est leur dire, même si cela nous coûte de les sentir nous échapper, qu'on fait confiance au Souffle qui vient d'un Autre, qui les a tissés au ventre des mères! Il sera leur force comme il est la nôtre! 

J'invite les jeunes à essayer de comprendre leurs parents, leur angoisse, leur surprise. Mais, comme Jésus, à retourner chez eux. Et, conscients de ce qu'ils sont, de ce qui peut faire souffrir leurs parents, de leur être soumis librement tant qu'ils seront dans leur maison. 

Par quel autre chemin? - Mt 2,1-12

Il arrive probablement à chaque personne, un jour ou l'autre, de changer son itinéraire. Pour de nombreuses raisons : tempête annoncée, route en réparation majeure, maladie ou message de dernière minute, instinct d'aventure ou de dépaysement...

Aujourd'hui, dans l'évangile, des sages venus d'Orient changent d'itinéraire pour retourner chez eux. Ils avaient pourtant entendu le roi Hérode leur demander de repasser par chez lui pour l'informer de l'endroit précis où était né le nouveau roi des Juifs... Comment ont-ils pu passer outre à l'exigence du roi d'Israël?

J'ai le sentiment qu'ils ont vécu un tourbillon intérieur. Ils sont venus avec des présents destinés à un «vrai» roi : de l'or, de l'encens et de la myrrhe! Mais l'étoile qu'ils ont fidèlement suivie les mène à un petit enfant tout près de ses parents, dans une maison bien ordinaire. Le nouveau roi des Juifs n'a ni trône, ni sceptre, ni gardes armés... rien de ce qu'ils ont imaginé comme allant de soi! Rien à voir avec Hérode! Il ne fallait pas qu'ils perdent la «très grande joie» éprouvée quand l'étoile «s'est arrêtée au-dessus du lieu où était l'enfant», ni le vif sentiment de profonde adoration qu'ils ont éprouvé en voyant cet enfant! Surtout : ne pas retourner par le même chemin! 

Dignes fils d'Abraham, trois étrangers se laissent guider par une étoile sans savoir où les mènera ce signe de la nature. Ils offrent à un enfant de pauvres leur or, leur encens et leur myrrhe, des présents qui ne lui conviennent absolument pas. En échange, Jésus se donne à eux, nouvelle étoile sur la route qu'ils empruntent pour retourner chez eux sans savoir où les mènera cette «supernova»! Des mages, premiers disciples, avec Marie, Joseph, des bergers, à suivre Jésus dans la voie de l'amour! 

Fille, fils d'un Dieu! - Lc 3, 15-16.21-22

Solidaire de tout le peuple, Jésus vient d'être baptisé. Il prie son Père quand, soudain, le ciel s'ouvre. Le Souffle de Dieu descend sur lui dans la douceur d'un vol de colombe. Une voix lui dit tendrement : «C'est toi mon Fils!».

«Ouvre les cieux et descends!» Cette prière, depuis longtemps criée vers Dieu, est enfin exaucée! Une réponse est donnée à la question depuis longtemps ruminée : «Qu'est-ce que l'être humain, Seigneur, que tu en aies souci, que tu prennes soin de lui?» 

C'est pour nous que Dieu, à la fois père et mère, parle tout haut, car Jésus prend tous les humains en lui. À chacun, à chacune de nous, en Jésus, Dieu déclare : «Tu es mon fils!» «Tu es ma fille!». Cette Parole est toujours en ondes. Heureux, heureuse qui l'entend et l'accueille! Sa vie bascule! 

Aucun autre nom (étiquette, titre, orientation sexuelle, etc.) reçu à l'horizontale, ne peut nous identifier en vérité. Notre identité, celle qui fait notre dignité, elle  nous vient de la verticale. «Tu es mon fils; tu es ma fille»! Nous ne sommes pas ce que l'entourage pense ou dit de nous, en bien ou en mal. Nous sommes fils et filles de la famille d'un Dieu tout aimant! Nous ne serons jamais des ex-enfants de ce Dieu! À chaque instant, dans les moments de joie, dans les moments de détresse, nous pouvons, avec Jésus, écouter Dieu confirmer, dans la profondeur du coeur : «tu es mon fils, tu es ma fille!». 

Si nous entendons cette déclaration d'amour, demandons ardemment la vraie sagesse, celle de Dieu qui est amour, afin de voir en chaque personne, un frère ou une soeur à aimer. Fréquentons discrètement Jésus pendant ses années de «vie cachée» alors qu'il devient cette sagesse.

Quelle heure est-il? - Jn 2,1-11

«Ils n'ont pas de vin» annonce Marie! Jésus lui répond que 'son Heure' n'est pas venue! Pourtant il fait de ce moment 'son Heure' et le meilleur vin est servi!

J'ai entendu une maman avouer que leur garçon n'avait plus de plaisir à jouer au hockey! Il en avait pourtant quand il a commencé à jouer! Quand on débute une relation, un projet, une liturgie, c'est habituellement stimulant. Peu à peu, l'enthousiasme du début risque de s'éteindre dans la routine, la monotonie et alors le plaisir s'étiole. Comme Marie le fait, ça prend parfois une femme pour nommer cela! 

Jésus dit que 'son Heure' n'est pas venue, mais c'est comme s'il y pensait un peu et réalisait que c'est toujours l'heure de faire ce pour quoi il est venu : donner sa vie. C'est toujours l'heure d'aimer quoi! Car pour Dieu, la vie est fruit d'alliance amoureuse et féconde. Pour renouveler la joie des noces, Jésus change la destinée des cruches qui servent au rite d'ablutions. Il demande de remplir d'eau ces urnes pour qu'elles servent désormais à la joie de vivre, signifiée par du bon vin. 

Voilà le signe qui ne ment pas : la joie de vivre plus grande qu'avant. Quand on retrouve ce qu'on a perdu, on l'apprécie, on le goûte davantage! Que chaque personne mette donc du sien pour changer la routine, l'ennui, nourrir les alliances! Et reviendra le plaisir! C'est un «vrai miracle», dit-on, quand les choses marchent comme elles sont sensées marcher! Quand la circulation est fluide, que les relations se refont, que la santé revient... 

Encore faut-il, comme Marie, oser nommer ce qui ne va plus et, comme Jésus, ajuster son coeur sur l'heure d'aimer et, sans calculer,  investir les dons gratuitement reçus au service de la vie!

Aujourd'hui! - Lc 1,1-4; 4,14-21

Jésus proclame un texte d'Isaïe aux 'habitués' de la synagogue. Il annonce que la parole, plusieurs fois entendue, s'accomplit «aujourd'hui» en lui. 

J'aime cet «aujourd'hui»! Car si la Parole de Dieu est vivante, comme on le chante souvent, elle réalise, chaque jour, ce que les Anciens disent qu'elle a déjà accompli sous leurs yeux. Elle fait naître et croître en chaque instant de l'histoire, personnelle ou collective. Être serviteur, servante de la Parole, c'est dire oui à la Parole, espérer et reconnaître les fruits de vie qu'elle produit partout dans l'aujourd'hui de l'univers. Comme l'ont fait les vieillards Syméon et Anne lorsque Marie et Joseph ont présenté l'enfant Jésus au temple. 

Regardons! Nos belles réalisations au goût d'humanité sont nées d'une Parole accueillie dans l'«aujourd'hui» de quelqu'un-e. Je pense à Angèle Merici, notre fondatrice, dont c'est la fête en ce jour. Plusieurs «aujourd'hui» dans sa vie, dont celui de la naissance, en 1535, d'une «compagnie» de femmes consacrées à Dieu dans le monde, mode de vie tout à fait nouveau. Le coeur «large et plein de désir», Angèle est sûre que la semence jetée en terre de Brescia est enceinte de nombreux «aujourd'hui». Elle garde, ferme, l'espérance que le souffle d'une semence demeure fécond... Comme Marie, première disciple de Jésus, Angèle a pris chez elle une Parole qui voyage et donne encore des  rejetons.

Heureux-se qui développe sa capacité d'apercevoir l'avenir dans les fleurs aux mille couleurs. Il-elle peut prendre soin des bourgeons de la Parole, «aussi longtemps que dure son aujourd'hui», de même que des personnes, des lieux, parfois sauvages, où elle s'accomplit! Écoutons, regardons, touchons, sentons, goûtons la vie! Nous sommes, devenons et donnons, nous aussi, les  fruits d'une Parole créatrice. Si chacun-e inscrivait, aujourd'hui, une bonne nouvelle à la «une» de son coeur!

De l'admiration à la fureur! - Lc 4,21-30

Comment les «habitués» de la synagogue de Nazareth sont-ils passés de l'admiration à la fureur? La présence de Jésus au rassemblement du Sabbat donne le ton de ce qui va arriver entre lui et les lieux de culte fréquentés sur sa route vers Jérusalem. «Si on le laisse faire, prévient-t-on avant son procès, c'en est fini pour notre temple et notre religion!» 

On lit, aux Actes des Apôtres, qu'après le long discours d'Étienne qui résume magnifiquement l'histoire d'Israël, les chefs «frémissaient de rage dans leurs coeurs, grinçaient des dents, se bouchèrent les oreilles et se précipitèrent sur lui..., le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider». La fête de saint Étienne est célébrée le lendemain de Noël... Le disciple n'est vraiment pas plus grand que le maître!

Mais qu'est-ce qui se passe? Pourquoi des prophètes sont-ils exclus, jugés malades, sinon exécutés? Cette réalité n'est pas que d'hier! Une chose semble claire : quand des prophètes parlent, des gens se sentent piqués au vif dans leurs certitudes, celles qui touchent à leur image de Dieu, aux traditions séculaires, au pouvoir établi. Jésus, au milieu des siens, s'identifie à celui qu'annonçait Isaïe. Mais on le sait fils du charpentier Joseph, un gars du village à peine sorti de sa vie cachée! Pour qui se prend-il? Serait-il dérangé? Surtout qu'il renchérit en annonçant que des païens, un homme, une femme, ont cru et furent guéris. Furieux, les gens veulent le précipiter en bas de la colline. 

Jésus, passant au milieu d'eux, va son chemin...Mais il n'est qu'en sursis! On l'élèvera sur la colline du Golgotha! Puis, après l'avoir transpercé, on le regardera! Pourtant le drame continue!  Et Il arrive encore que des prophètes soient reconnus, glorifiés, après avoir été rejetés puis supprimés!

Au large! - Lc 5,1-11

Près du lac, Jésus, entouré d'une foule, ne rate pas sa sortie comme lors du triste «aujourd'hui» de la synagogue de Nazareth. L'oreille des gens est grande ouverte. Il se passe quelque chose d'inattendu. Au lieu de vouloir exclure Jésus de leur compagnie, des pêcheurs se mettent à le suivre de près. Bel «aujourd'hui»!

Pierre, dont la belle-mère vient d'être guérie, connaît le domaine de la pêche! Il sait l'heure idéale, la capacité de sa barque, de ses filets. Ce matin-là, il revient bredouille. Sur la rive, on boit les paroles de Jésus. Soudain, Jésus monte dans la barque de Pierre pour s'éloigner du rivage. Ayant fini de parler, il lui commande d'avancer au large pour jeter les filets! Quel beau stage pratique! Pierre avoue avoir vainement pêché toute la nuit, mais consent, sur la parole de Jésus, à prendre le large. Surprise! Les mailles des filets lâchent. Pierre appelle ses compagnons. Deux barques trop pleines risquent d'enfoncer! Plutôt que de se juger mauvais pÊcheur, Pierre se reconnaît pÉcheur! Quel effroi le saisit donc? Pierre expérimente la puissance de la Parole. Comme Marie, première disciple, il a répondu lui aussi : «Qu'il arrive selon ta parole!» 

Devient disciple toute personne qui, après avoir expérimenté la limite des moyens humains, fait confiance à la Parole, accepte d'aller au large et puise en profondeur. Jésus lui confie la mission, comme à Pierre, de repêcher l'humain là où elle exerce les dons reçus! Elle peut réaliser, ébahie, que Dieu habite la profondeur, qu'on le repêche en déliant les humains de leurs filets. Comment délier tant d'humains sans faire appel à d'autres barques? oecuménisme! Tant à délier dans une seule personne qu'il faut à tout prix conjuguer toutes les compétences! Partenariat! Comment? Sinon en épousant la passion de Dieu pour l'humanité!

Si tu es Fils de Dieu! - Lc 4, 1-13

La foi n'est sûrement pas un défi lancé à Dieu! Plutôt la confiance que Dieu traverse avec nous, en nous, les épreuves. J'estime qu'une des plus grandes souffrances de Jésus a dû être celle d'être tourné en dérision dans son identité même.

Le piège tendu à Jésus par le diable, d'autres le tendront. Ses frères lui diront d'aller faire ses prouesses à Jérusalem s'il est si bon que ça! Pierre va rouspéter quand Jésus parlera de la souffrance qui l'attend. Il le priera, un jour, de le faire marcher sur les eaux pour ensuite caler de peur. Sur la croix, on atteindra Jésus au vif de son identité de fils de Dieu en le défiant de descendre de là, de se sauver avec ses compagnons! Ah! Les «si» de défi qui atteignent le meilleur de nous-mêmes qui est  aussi le plus vulnérable! Surtout s'ils viennent des intimes! La foi en Dieu et en ce que nous sommes ne fait pas de nous des «faiseurs de prodiges». Elle n'est pas une assurance contre l'impuissance, la fragilité humaine!

Jésus ne nous dit pas que croire en Dieu, c'est  passer par-dessus, en dessous, à côté de la souffrance, de la mort. Il nous révèle que nous avons ce qu'il faut pour passer dedans et sortir en vie. Dieu n'est pas inquiet de voir son Fils dans notre galère, il ne lui répond pas quand, sur la croix, il crie vers lui. Dieu sait que ce qu'il a semé en lui, en nous, de son souffle d'amour accomplira sa mission. Cette Présence est sa seule promesse. Logée en nous, nous marchons par elle et avec elle. «Au plus profond de la mer, même là (sa) main me conduit!» 

Merci Jésus d'être passé avant nous!

Ombre et lumière... - Lc 9, 28b-36

Chaque année, le deuxième dimanche du Carême nous présente, en versions différentes, la manifestation lumineuse de Jésus à Pierre, Jacques et Jean. Trois évangélistes notent que Jésus s'entretient avec Moïse et Élie. Luc seul ajoute qu'il parle de son prochain départ qui se réalisera à Jérusalem. Lui seul écrit que Pierre et ses compagnons sont accablés de sommeil et, qu'à leur réveil, ils voient un Jésus lumineux et deux hommes à ses côtés. Il prend la peine d'ajouter que Pierre ne sait pas ce qu'il dit en s'affirmant heureux d'être là et qu'il offre à Jésus de dresser trois tentes. 

Le moment où les disciples sont saisis de frayeur diffère d'un récit à l'autre. Matthieu dit que c'est après avoir entendu une voix  déclarer : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé». Marc dit qu'ils ne savent pas quoi répondre parce qu'ils sont déjà saisis de frayeur. Et Luc note que c'est au moment où ils pénètrent sous la nuée. Luc ajoute aussi qu'après avoir entendu retentir, de la nuée, une voix qui disait : «Celui-ci est mon Fils», et alors qu'on ne voit plus que Jésus seul, les disciples gardent silence sur ce qu'ils ont vu et ne disent rien à personne à ce moment-là. Les trois évangélistes notent que la nuée les couvre tous de son ombre. Et nous avec eux! 

L'ombre n'est-elle pas signe incontestable de l'existence d'une lumière? Ne dit-elle pas l'angle sous lequel brille le soleil et quelle est notre position par rapport à lui? Quand nous voyons de l'ombre c'est parce que quelque chose, quelqu'un fait obstacle à une source de lumière. Lorsque Jésus est lumineux, son corps est donc, à cet instant, pure transparence à la lumière! Ainsi serons-nous un jour, espérons-nous! En attendant, réjouissons-nous de voir notre ombre! 

Se convertir ou périr! - Lc 13,1-9

Violence, tour qui tombe et victimes! On dirait la «une» de l'actualité! Jésus entend les reporters et, au lieu de chercher des coupables, il avertit ses contemporains qu'à moins de se convertir, ils périront tous de la même manière! Cet appel à un changement de vie serait-il  encore pertinent? Par qui nous arrive-t-il? Mais se convertir à quoi?

Les médias rapportent tant de violence : physique, psychologique, sexuelle... Certaines de nos plus belles inventions, négligées ou attaquées, se transforment en armes de destructions, parfois massives! Et on multiplie les coûteuses commissions d'enquêtes pour découvrir et juger de potentiels coupables!  

Pourtant, économistes, romanciers et romancières, chanteuses et chanteurs, écologistes,  jeunes et moins jeunes, nombreuses sont les personnes qui, avec des moyens modestes, font régulièrement écho à la sérieuse interpellation de Jésus.  

Christian Arnsperger, économiste, invite ses lecteurs et lectrices à se déconnecter des valeurs de pouvoir et de profit qui déshumanisent, mènent à la violence, font des victimes. Il invite  quiconque désire un monde plus humain et plus convivial à devenir «entrepreneur relationnel».  Conscient de la dimension spirituelle et non optionnelle de tout être humain, il propose de former des petits groupes de personnes pour conscientiser et nommer leurs connivences avec l'appât du gain et les jeux du pouvoir. Il invite à transformer les différents milieux de vie en petites communautés de guérison mutuelle...

J'entends Patrice, un policier à la «foi d'acier», dévoué auprès de jeunes délinquants, demander à qui écoute son témoignage de croire au «meilleur dans les humains»...  J'écoute Louis-Jean Cormier. Il chante: «Crois-tu qu'on s'aime encore?», «la seule question» qui survit à tous les  «malgré». Aujourd'hui, ne fermons pas notre coeur»!

Mais qui accueille la grâce de se remettre en question à moins d'être vraiment atteint dans sa personne?

Fils toujours! - Lc 15, 1-3,11-32

Paul écrit aux Romains que l'Esprit reçu atteste à notre coeur que nous sommes enfants de Dieu et que cet Esprit prie en nous avec des gémissements difficiles à mettre en mots. Dans la peau du fils cadet de l'homme que nous présente l'Évangile d'aujourd'hui, je désire communier à  l'Esprit qui, par des chemins imprévus, l'amène à goûter la joie d'être fils pour toujours.

L'Esprit le pousse au désert de sa vie où il éprouve sa véritable faim, cri profond encore innommé parce «qu'inécouté». Ayant épuisé ce qu'il croyait être toute sa part d'héritage, il se tord de faim devant une nourriture concoctée pour des porcs. L'Esprit ne le fait-il pas consentir à écouter le regret de la maison paternelle de même que son indignité d'être appelé fils? Ne lui indique-t-il pas, quand il est gavé ou vidé d'illusions, le chemin du retour? 

Quel itinéraire pour entendre, dans les mots muets d'une étreinte incomparable : «Mon fils»!  Et pour vibrer de tout son être en touchant à la part d'héritage reçue au moment de sa conception, demeurée intacte, et que personne ne peut lui enlever : Il est toujours fils, il l'est pour toujours! Quel beau passage d'une relation à un homme, perçu comme pourvoyeur ou employeur, à un homme qui, par la déchirure du coeur, s'est découvert père aux entrailles de mère!  

Maintenant que son coeur de fils a dit en toute vérité : «Mon Père», il lui reste à fréquenter le Père de très près jusqu'à partager avec lui la passion d'un amour inconditionnel mais blessé par le refus et la frustration du frère aîné... L'Esprit fera sûrement cela en lui. Il le fera passer, avec Jésus, de «MON Père» à «NOTRE Père!» Mais par quelles nouvelles soifs? Par quels imprévisibles chemins? 

Moi non plus je ne te condamne pas! - Jn 8, 1-11

On dirait un texte de saint Jean piqué à saint Luc! Une belle page d'Évangile qui nous fait désirer que Jésus soit présent à tous les tribunaux du monde! Les grands tribunaux publics, les petits tribunaux intimes! Les civils et les religieux! Et s'il l'était...! Nous pouvons toujours l'espérer ou l'Imaginer...et l'inviter chacun, chacune à son petit tribunal... Tant de gens attendent, à la porte des coeurs, une juste sentence! Et surtout la compassion!

«Le Seigneur en a besoin!» - Lc 19, 28-40

Loin de moi de vouloir comparer Pape François à un petit âne! Mais il est quand même la monture neuve choisie par Jésus comme «papamobile» pour entrer à Jérusalem d'où il passera de la mort à la vie. Quand on sait qu'un âne n'accepte d'être monté que par son maître ou celui qui le devient!  Que pouvons-nous faire sinon offrir nos vêtements, ceux du quotidien ou des jours de fête...pour paver sa route!


«Le Seigneur en a besoin!» Seul argument pour justifier le choix de Jésus! Cette monture, humblement humble, désarme mes peurs et mes appréhensions. Il y aura possiblement, dans la foule, quelques personnes à lui demander de faire taire les simples disciples, étonnamment «espérants»... Et si des disciples se taisent, les «pierres vivantes» qu'ils sont par vocation se mettront peut-être à crier sans peur...de «bonté  et de tendresse»!


Je n'oublie pas cependant le prix à payer pour communier à la passion de Dieu pour l'humanité! Un corps à donner, un sang à verser! Des choses meurent pour qu'il y ait résurrection!


Les yeux fixés sur le Corps du Christ monté sur un pauvre ânon, prenons pauvrement par lui et avec lui , là où nous sommes, le chemin de Dieu dans la bonté, la paix... Participons au renouveau d'une Église qui demande à naître! Jésus, le Vivant, doit bien mesurer le poids de son Corps pour qu'il n'écrase pas le petit âne!


J'ai tant aimé la bénédiction que François a demandée au peuple! Et la bénédiction qu'il a donnée à tous les journalistes, sans discrimination, parce qu'il voit en chacun, chacune en enfant de Dieu! Si c'est là sa foi, j'espère contre toute espérance et je désire prendre la route avec lui!

« Jésus AVEC nous » - Lc 24,13-35

Jésus marche AVEC deux disciples mais leurs yeux sont empêchés de le voir... Quel est donc leur empêchement? Important pour nous de le savoir puisque que Jésus entre pour rester non pas CHEZ eux mais AVEC eux...et qu'il s'est déjà engagé à marcher AVEC nous aussi jusqu'à l'accomplissement de l'histoire? 

Proclamer Jésus vivant n'est-ce pas affirmer que nous croyons qu'Il est AVEC nous au quotidien, sur la route où nous marchons? Qu'est-ce qui pourrait nous empêcher, nous, de le reconnaître?  

Serions-nous, tels les deux disciples rejoints par Jésus sur la route vers en arrière, prisonnier-ère-s des événements du passé alors que Jésus est sorti vivant d'un passé meurtrier? Nous ferions-nous des représentations de lui alors qu'il se présente, chaque fois, sous des visages étrangers? Jugerions-nous nos routes indignes de Jésus alors qu'il marche sur toutes nos routes sans les juger, lui? Saint Paul a appris, à ses dépens, que Jésus est précisément celui dont il s'en allait persécuter le corps au nom de ses certitudes religieuses. Jésus a bien dit, d'ailleurs, qu'il serait celui ou celle que nous visitons, habillons, nourrissons ou encore... persécutons...

À la fraction du pain, les yeux des deux compagnons s'ouvrent. Ils reconnaissent Jésus et  retournent ensuite vers la communauté des disciples. Aurions-nous à saisir, avec le coeur, que le repas avec Jésus n'est pas un point d'arrivée mais un point de ravitaillement sur la route, un lieu où raviver l'élan du retour vers les autres? 

Je me souviens de cette intervention, suavement simple, que fit un homme à la toute fin d'une rencontre en paroisse : « Jésus ne nous a pas dit qu'il serait quelque part et que nous irions le rencontrer là, il a dit que là où nous serions, il serait AVEC nous...! » 

Alléluia! Joyeux Passage! 

Libres pour sortir! - Jn 20, 19-31

Jésus entre toutes portes verrouillées! Vu du côté de Jésus, ça m'encourage à ne pas m'inquiéter des  verrous. Jésus  donne son souffle aux disciples et les envoie. Pourtant, huit jours après, ils sont encore cadenassés... Qu'est-ce qui empêche donc les disciples de sortir? 
 
L'évangile nomme le premier verrou : la peur des Juifs. Jésus fait sauter ce verrou en disant : «La paix soit avec vous!». Puis il montre ses mains, son côté. Jésus a vaincu la mort, avoir peur des Juifs n'a donc plus sa raison d'être! Les disciples pourraient sortir! Quel autre verrou  les garde, frileux, en dedans? 

La présence ajoutée de Thomas, la semaine suivante, livre peut-être un secret. Je parie que le coeur de Thomas entend, lorsque les autres lui disent avoir vu le Seigneur, l'avertissement donné par Jésus avant de mourir : «Si on vous dit : le Seigneur est là ou là...ne croyez pas». Thomas ne veut pas d'un fantôme! Pour croire, Il désire voir Jésus comme il l'a connu, toucher les marques de ses plaies! 

Cette réaction de Thomas, prise au sérieux par Jésus, laisse deviner le deuxième verrou : l'exigence d'une certaine «perfection», «correctitude», qui imagine des modèles sans défauts, alimente les jugements, cloître au-dedans pour éviter souillures, échecs. Jésus n'a pas un corps parfait. Il n'existe pas autrement que dans un corps blessé, qu'on le nomme Église, univers, Pierre ou Marie! Vouloir que notre corps soit sans défaut pour l'aimer, c'est rêver aimer un fantôme!  

D'ailleurs, l'appel répété du Père François tisonne patiemment nos coeurs : sortir sans peur vers les périphéries existentielles de toutes  les misères. Heureux  les «Thomas» qui  demandent, pour croire, à toucher le corps blessé de Dieu! Poussés par son Souffle, libres, ils ont l'audace de suivre Jésus hors des cénacles fermés! 

Sans ou avec Jésus! - Jn 21,1-9

Sans Jésus, nuit stérile! Avec Jésus, filet débordant de poissons! Ça ressemble au souvenir, noté par Luc, du jour où Simon dit à Jésus : « sur ta parole, je vais lancer les filets! ». Ce jour-là, Jésus donne à Simon le nom de Pierre! 

Dans le récit de Jean, j'ai le sentiment que Simon peut devenir Pierre pour vrai...Sans avoir encore apprivoisé la présence de Jésus ressuscité, il retourne à son ancienne profession. Chef, il appelle les autres à pêcher avec lui. Tous montent dans sa barque pour une nuit frustrante...Au lever du Jour, Jésus, sur le rivage, leur demande avec un brin d'ironie : «les enfants, auriez-vous du poisson?» Un non sec, comme réponse! Comme un chef, Jésus commande : «Jetez les filets à droite, vous trouverez!» Tant de poissons trouvés qu'ils ne peuvent tirer le filet! 

Celui que Jésus aimait sent que c'est le Seigneur, le dit à Simon-Pierre qui passe un vêtement et se jette à l'eau. Serait-ce le vêtement nouveau dont parle Pape François : la communauté humaine? J'aime la suite du récit! Jésus demande de leur poisson frais. Le feu de braise est prêt, le pain aussi. Aucun disciple n'ose vérifier s'il est le Seigneur, car ils le savent, au-dedans! 

Quelle pêche réussie avec Jésus dans la barque! Quel chef sera Simon, désormais habillé en Pierre, s'il accepte que Jésus est l'unique chef de la  barque qui est la sienne! Qu'un autre disciple, plus rapide que lui, flaire le premier la présence du Vivant, mais que c'est lui, le premier, qui se jette à l'eau. Que c'est Dieu qui donne poisson, feu et  pain. Que nous, Lui toujours présent, avons à pêcher en eau profonde, à nourrir le feu, à apprêter ce que Dieu nous donne pour le partager. Alleluia!

Une main de Bon Dieu! - Jn 10, 27-30

Jésus garantit la sécurité dans la main de son Père. Beaucoup de textes dans les Écrits anciens chantent, implorent, craignent la main de Dieu! Main longue et sûre, main protectrice, paternelle et maternelle, main puissante qui tient ferme tout en laissant libre. Jésus, bon berger, affirme que personne ne peut rien arracher d'une main de bon Dieu. 

Il nous arrive, n'est-ce pas, de noter dans la paume d'une main ce que nous ne voulons pas oublier quand nous faisons le marché. De toutes les images figurant la main de Dieu, j'aime savourer celle qui nous en parle comme si c'était le premier disque dur avec mémoire illimitée. Dieu dit que jamais il ne nous oubliera, même si notre mère nous oubliait, car Il nous a gravés dans la paume de ses mains (Is 49,16) avec la note unique qui rappelle le nom de chacun, chacune... Selon ce que dit Jésus, Dieu a même transféré ses données dans la main de son Fils!

Dieu doit donc sentir vibrer sa main des cris, balbutiements, chants de chacun, chacune de ses enfants. Sa main reçoit sûrement de continuels signalements. Quand ça clignote sur une ligne, il reconnaît la tonalité de chaque être... J'imagine Dieu coller son oreille sur la paume de ses mains et nous repérer dans l'espace et le temps, ressentir nos émotions, entendre nos prières avant qu'elles ne soient sur nos lèvres. Et peut-être... parfois... se sentir impuissant quand certains enfants, ne pouvant imaginer une telle proximité, poursuivent leur route, seuls, les pas alourdis de déceptions. 

Heureusement, personne ne peut arracher les enfants de la main de Dieu! Je crois qu'un jour, émerveillée, chaque personne entendra son nom, avec celui de Jésus, mélodieusement joué dans la main d'un Dieu aux entrailles de mère. 

Mes petits enfants! - Jn 13,31-a.34-35

Comme une mère sensible au climat de sa maison, Jésus semble soulagé du départ de Judas! Que représente donc Judas? Ne serait-ce pas, dans un moment crucial, le sentiment d'une présence qui alourdit l'atmosphère, une épine dans le pied de quiconque, presqu'arrivé au bout de son chemin, désire marcher encore dans la voie qui même à la Vie? 

Judas parti, Jésus semble respirer plus à l'aise. Il parle de gloire, cet «a-bout-issement» désormais possible dans l'amour, le «bout' du bout'» de sa vie et de la nôtre... Avec infinie tendresse, il invite ses disciples, petits enfants encore, à devenir grands en s'aimant les uns les autres comme il les a aimés. Ainsi accomplis avec lui au bout de leur aventure humaine, ils ne seront qu'Amour, comme le dit si bien Marie de l'Incarnation.

En attendant, l'amour manifesté les uns, les unes envers les autres, même pauvrement, cet amour dit, plus fort que tout, notre appartenance à Jésus et à son Père. L'amour demandé est sûrement possible, même s'il est difficile! Possible, parce que gratuitement inscrit en nos coeurs, dès l'origine, comme un co-mandat. Dieu aime et nous mandate pour aimer avec lui à même son Amour. De toutes nos forces, tout notre coeur, tout notre esprit, tous nos sens, nous pouvons aimer! 

Le temps de vivre serait donc celui où notre amour est peu à peu purifié comme l'or au creuset. L'or le plus pur l'est à 99.9%, paraît-il... Judas symbolise peut-être le 0.1% qui disparait à la dernière minute de notre route vers l'AMOUR. Dans un beau texte à saveur de printemps, André Sève s'adresse ainsi à Dieu: «tu es Amour et tu as fait un monde où, si nous le voulons, nous pouvons vraiment aimer. Nous pouvons, tu nous as faits pour cela»! 

Si vous m'aimiez! - Jn 14, 23-29

«Si quelqu'un m'aime!» «Si vous m'aimiez!» Les «si» de Jésus m'interrogent! «Si» de chantage ou de promesse? Ou les deux? Ou un autre «si»? À force de ruminer les paroles de Jésus dans la prière, j'en arrive à pressentir que les «si» de Jésus manifestent plus une conséquence qu'une condition, le signe évident d'une fidélité nourrie et féconde.

Si une plante fleurit, c'est signe qu'elle correspond à la force vitale du germe qui l'habite. Aimer Jésus, aimer les frères et soeurs de Jésus, ne peut être que la fleur d'une fidélité au germe de l'amour, la parole téléchargée en nos coeurs dès l'origine. Cette Parole vient d'un Dieu Père et Mère. Parfaitement accomplie en Jésus, cette parole nous engendre nous aussi du dedans, fils et filles et son Amour.

Comment aimer Jésus au point de nous réjouir qu'il retourne à Dieu? Si une plante se réjouit de voir disparaître ses fleurs, c'est qu'elle entrevoit les fruits dont les fleurs annoncent la venue. Si elle se réjouit de voir tomber ses fruits quand vient l'automne, c'est qu'elle sent un nouveau printemps se préparer secrètement en elle... Nous réjouir du départ de Jésus serait donc le signe que nous pressentons une autre venue... Mais restons-nous seuls en attendant? Retournerons-nous à Dieu nous aussi ?

À mon tour d'adresser un «si» à Jésus : Si tu me demandes cette confiance, Jésus, me donnes-tu ce qu'il faut pour m'abandonner? Jésus répond : «l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, il vous fera souvenir de tout de que je vous ai dit». La réponse qui éclaire les «si» de Jésus autant que les miens, c'est le Souffle de l'Amour, mémoire vive de Dieu en nos coeurs. Il est la signature divine d'une assurance-Vie.

Tu avais promis! - Jn 24,46-53

Les enfants sont très sensibles aux promesses qu'on leur fait! On ne promet que ce qu'on a et qu'on est prêt à donner, à partager! Rien de plus dommageable pour l'apprentissage de l'espérance chez un petit enfant qu'une promesse non tenue. Ce serait pendant sa première année de vie qu'il apprend à espérer. Car on l'habitue peu à peu à attendre : la tétée, le bain, le changement de couche. L'attente peut s'accompagner de cris et de larmes, mais, de grâce, qu'elle soit tenue au bout d'une limite de temps qui s'étire d'une fois à l'autre! 

Notre coeur est-il sensible à la promesse du Père? Que peut-il nous promettre qu'il ne prenne de lui-même et qui est vital pour nous? Comment espérer quand le temps s'étire à n'en plus finir? Quand tout semble à feu et à sang? Quand le souffle nous manque? 

Jésus promet ce que son Père lui a promis. Il sait en qui il a mis sa confiance! Dans les épreuves qui l'ont fait crier jusqu'à suer des gouttes de sang, il espérait envers et contre tout.  Quand il aura expérimenté, au-delà des ténèbres et du tombeau, que la promesse du Père est tenue, il nous communiquera le Souffle qui a accompli en nous sa promesse de Vie...Le Souffle de Dieu, indestructible, a fait ses preuves en Jésus, le premier-né d'une grande famille. Ce  Souffle : voilà l'unique promesse de Dieu ; c'est aussi l'unique promesse de Jésus. Nous sommes porteurs, porteuses de cette promesse! Le Souffle, à l'origine de tout, nous amène à notre accomplissement au-delà la limite du temps.

Acceptons de nous retirer parfois, comme Jésus le faisait et comme il invite ses disciples à le faire, pour entendre LA promesse qui nourrit notre fiévreuse attente d'une Terre promise!

Tel est Jésus, telles, tels nous sommes! - Jn 14, 15-16, 23b-26

«Le plus bel hommage que vous pouvez rendre à votre tante, disait un prêtre dans l'homélie des funérailles d'une dame très âgée, c'est de continuer à faire en mémoire d'elle ce que vous aimez d'elle...». Aujourd'hui, Jésus nous greffe de son Souffle et le plus bel hommage à lui rendre, c'est de continuer à faire en mémoire de lui ce que nous aimons de Lui. Nous avons en nous son Souffle comme mémoire de lui qui aiguise notre réflexe de l'Amour dans les diverses situations du quotidien.

Jésus ressuscité nous donne l'Amour, globe de feu non pas confié à quelques personnes pour le gérer, mais comme un Feu dont chacun, chacune a reçu une façon unique de le manifester. À chaque disciple sa langue de feu pour parler l'Amour afin que toute personne puisse sentir qu'elle est aimée, dans un langage qu'elle comprend au bon moment de sa vie. Langage du coeur qui transite par les sens!

À chacun, chacune sa langue de feu pour continuer à faire, à même le Souffle de Jésus, ce qu'elle aime de Lui, c'est-à-dire l'une ou l'autre de ces oeuvres de Dieu qui donnent vie aux personnes qui lui sont données à aimer. Ce doit bien être cela une vocation particulière allumée au même et unique feu de  l'Amour. Que chacune, chacun, soigne, enseigne, accueille, visite, négocie, nourrisse ou habille etc sous la poussée, l'inspiration en elle, en lui, de la mémoire vive de Jésus.

Respirons du Souffle de Jésus et que s'affine en nous le réflexe de l'Évangile qui est celui de l'amour. Que nos paroles, gestes, attitudes, regards, démarches et jugements partent, non des souvenirs, blessures ou frustrations du passé, mais du lieu où loge la mémoire de notre commune origine.  

Dans la fluidité de l'Eau vive. - Jean 16, 12-15

À la fin de sa belle grande prière à son Père, Jésus demande que l'amour qui circule entre le Père et lui coule aussi en nous et entre nous... L'eau des sources ne se donne-t-elle pas par des réseaux aux milliers de canaux pour abreuver tout ce qui vit? Si tout l'amour qui appartient à Dieu passe en Jésus, il coule donc aussi en nous et ne demande qu'à se donner toujours neuf en passant par nous. Comment l'espérance peut-elle nous manquer tant que la Source est Source et qu'elle «ne vend pas son eau»?

Il m'arrive de traverser des villes aux heures de pointe. J'écoute la personne qui, du haut d'un hélicoptère, informe de l'état du réseau routier : bouchons de circulation, accident, travaux, etc. Un psaume dit que, du haut du ciel, Dieu regarde la terre. Je l'imagine qui nous informe de l'état du réseau de circulation de l'Amour. Ne nous désire-t-il pas comme un magnifique circuit de distribution de son indéfectible Amour? Ne nous surprenons pas de constater combien font mal à l'univers les occlusions d'amour, ces bouchons de circulation entre les religions, les peuples, les générations, les cultures, les étages ou les pièces d'une même habitation, les riches et les pauvres, les hommes et les femmes, etc...

Quand nous traçons le signe de la croix à la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur de notre être, nous confessons aux yeux de tous que nous sommes intégré-e-s au réseau de l'Amour trinitaire à titre de fils, de filles de Dieu. Dieu est notre Père en étant Père de Jésus; le Souffle qui renouvelle sans cesse leur relation est le lien invisible qui, par toutes sortes de jointures et d'articulations, tient tout ensemble dans l'Univers.

Être au menu du jour! - Lc 9, 11b-17

Après leur dernier repas avec Jésus, les disciples demandaient lequel d'entre eux était le plus grand. Jésus répondit que le plus grand, d'une certaine façon, n'est ni celui qui sert, ni celui qui est à table, mais ce qui est servi. Au repas qu'il venait de partager avec les siens, en effet, Jésus  s'est donné lui-même à manger, comme il l'a fait chaque jour de sa présence au milieu d'eux. Il a tout donné de lui, corps et sang...

Aujourd'hui, les disciples, inquiets, lui demandent de renvoyer la foule dans les villages et  fermes d'alentour pour qu'elle trouve nourriture et logement. Jésus leur dit : «Donnez-leur vous-mêmes à manger». Il leur commande donc de faire comme lui, de se donner en nourriture. Car des gens, affamés dans leur coeur, sont en train d'assouvir leur désir dans la communion à Jésus; leurs besoins primaires peuvent donc attendre. 

Donner à manger et, en mémoire de Jésus, se donner soi-même à manger : quelle tâche toujours urgente! Des personnes viennent parfois mendier nourriture ou vêtement comme seul moyen de s'offrir une rencontre qui réchauffe le coeur. J'ai déjà vu l'accumulation de vêtements  chez une personne qui en quêtait encore! Je me souviens d'un homme qui s'est levé en pleine assemblée de paroisse pour supplier que quelqu'un aille le visiter dans son petit «apart». Et d'une dame qui a demandé qu'on aille lui donner la communion à domicile alors qu'elle n'était ni malade ni catholique... et elle a avoué que c'était le moyen qu'elle avait trouvé pour voir quelqu'un...

Maurice Bellet, dans un livre récent, nomme quatre «P» ou formes contemporaines de la faim : Pain, Parole, Place, Parcours... Pour combler quelle faim je sers de moi-même ou me donne moi-même à manger? Et à qui?

Choisir de vivre! - Lc 7,11-17

Deux cortèges se croisent à la porte d'une ville. Un qui entre : celui de Jésus accompagné de  ses disciples et d'une grande foule; l'autre qui sort, celui d'une veuve portant en terre son fils unique, elle aussi accompagnée d'une foule considérable. Que se passe-t-il pour que les deux cortèges en fassent un seul qui engage ses pas dans le courant de la vie? 

Se passe la rencontre de Jésus : regard attentif, coeur compatissant, démarche de rapprochement, toucher efficace et paroles plus que vives. Oui, tout cela dans si peu de temps. Réflexe spontané de quelqu'un pressé par l'amour de Dieu pour les êtres humains!

Le chemin est libre entre les yeux de Jésus et son coeur. Affecté, il laisse monter en lui la parole juste qu'il convient de dire à la mère en pleurs : « Ne pleure pas! ». Poussé intérieurement, il se rapproche du cercueil et le touche. Les porteurs arrêtent d'avancer vers un enterrement. Jésus s'adresse au fils unique déclaré mort : «Jeune homme, je te le dis, lève-toi!». Le mort se dresse et se met à parler, note l'évangéliste, et Jésus le remet tout bonnement à sa mère!

Que c'est bon de voir la veuve et son fils tous les deux rendus à la vie! La veuve tout d'abord, en arrêtant de pleurer. Puis le fils unique, en se relevant « jeune homme » pour retrouver une mère aux yeux clairs! Tous les deux peuvent maintenant choisir de vivre leur vie. Finie la situation de fils unique soutien d'une veuve éplorée. Renouvelée la relation fils/mère! Liberté de la juste relation. Milieu de vie devenu favorable à la croissance dans la différenciation des rôles. Voilà ce que fait la rencontre d'un coeur aimant : cortège mortuaire devient pèlerinage de vivants!

Évangéliser? - Lc 7,36-8,3

Le mot «évangile» signifie «bon» et «neuf»... Évangéliser, ce serait donc voir et favoriser ce que réalise de «neuf» le «bon» qui habite toute chose! Dieu a trouvé bon, même très bon le grain qu'à l'origine il a déposé en tout ce qui vit. Il sait son souffle capable de «renouveler sans cesse la face de la terre». Sous sa poussée tout demeure en vie et devient fruit rêvé...de son amour!

Évangéliser, n'est-ce pas ce qui habite le coeur de Jésus chez Simon le pharisien? Il lui demande de regarder ce que le «bon» qui vient de Dieu a produit de «neuf» dans la vie d'une femme désirant qu'il s'ouvre à ce que le «bon» pourrait aussi renouveler en lui s'il se laissait toucher au coeur.

Dieu a semé du bon grain au coeur de chaque personne. Comme toute semence qu'on met en terre, ce bon grain, germe d'amour,  travaille dans nos ténèbres. Si une simple semence peut faire craquer les rochers pour venir à la lumière, que ne peut faire craquer la puissance de l'Amour!

Dans le coeur d'une femme qui était  pécheresse en ville, le germe d'amour a éclaté de mille feux sous un regard aimant qui espère tout. Attirée par Jésus, l'invité de Simon, ses gestes sont démesurés; depuis si longtemps qu'ils étaient contenus! Quand l'amour explose en fruits, la raison tient difficilement la route, du moins pour quelques instants d'une fraîcheur bouleversante! 

Ah! Si le pharisien se laissait toucher par ces gestes qu'invente l'amour! On ne sait jamais! Serait-ce parce que Jésus croit cela possible qu'il demande à Simon de se laisser atteindre par la conduite de la femme dont il a détourné le regard? Regarde, Simon, mon frère, imagine un déjeuner où s'éclaterait ainsi le meilleur de chaque convive! 

Jésus pour moi? - Lc 9, 18-24

Dans saint Luc, Jésus, d'un même élan, est solidaire du Père et de tous les hommes et femmes dont il a revêtu l'humanité. Sa prière est passée de «mon» Père à «notre» Père! Aujourd'hui, après avoir prié, il interroge ses disciples. On le dirait à une croisée des chemins. Il vient de rencontrer Dieu et, pour éclairer son discernement, il prie les siens de l'informer de ce qu'on dit de lui. 

Certains l'identifient à des personnages du passé. Mais que pensent ses disciples dont quelques-uns sont appelés apôtres? Compagnons de route au quotidien, témoins privilégiés d'une bonté qui touche les coeurs simples, soupçonnent-ils quelque chose d'autre de son identité? Pierre reconnaît en lui le Messie attendu. C'est déjà beau mais combien incomplet! C'est cependant le coup de pouce qui confirme Jésus. Le temps est venu pour lui de dévoiler plus clairement qui il est, d'où il vient. Il se doit d'aller plus loin avec ses disciples.

Jésus n'est pas simplement un Messie envoyé par Dieu pour faire des miracles. Il est fils de Dieu! Mais comment révéler cela sinon en montrant que le souffle qui est en lui, mais aussi en nous, est capable non seulement de guérir mais, et surtout, de traverser la souffrance et la mort, d'ouvrir les tombeaux. Jésus fera désormais moins de miracles et tentera d'éveiller les siens à une autre dimension. Par trois fois, sur la route qui le mène à Jérusalem, où un drame manifestera au centurion qui il est, il annonce les souffrances qui l'attendent et parle de résurrection. C'est quelque chose d'inimaginable! 

Fille de Dieu, je suis donc habitée d'une force plus forte que la mort! C'est pour me révéler cela de moi que Jésus est venu! Tel il est, telle je suis!

Jésus, je te suivrai... - Lc 9,51-62

Suivre un leader nommé Jésus, c'est sans compromis! C'est prendre résolument avec lui le chemin qui engage tout, être et avoir, pour faire un monde juste et fraternel, plus humain quoi! Dans l'univers biblique, ce monde rêvé s'appelle Jérusalem, ville où les solidarités caractérisent le tissu social, les salutations manifestent la fraternité, les désirs s'actualisent en chemins de paix, selon les expressions d'un vieux psaume.

Quelle aventure que de garder le cap sur Jérusalem  avec Jésus! Sans être sûrs d'y parvenir mais de faire des mains et des pieds pour y arriver ensemble! Les tentations sont grandes, aux jours de déception, de lenteur ou de fatigue, de s'arrêter ou de rebrousser chemin. Mille raisons tambourinent aux portes du coeur : faut quand même prendre le temps de se refaire les idées, d'aller enterrer les siens, de dire adieu aux gens qu'on aime! Avec le risque, très grand, d'être retenu par mille bonnes raisons auprès de ceux et de celles qui ont été jusqu'à présent sa sécurité, sa famille et peut-être même sa raison d'être. 

Je me souviens des jours où je tenais les rênes du cheval attelé à la charrue des labours. C'est évident qu'il ne fallait pas regarder en arrière ni stationner sur un sillon! On ne conduit pas sa voiture les yeux rivés sur le rétroviseur; on ne peut même pas s'arrêter sur la chaussée à moins d'urgence! Surtout pas pour un somme!

J'avoue que marcher avec Jésus les yeux tournés vers Jérusalem n'est pas une sinécure pour moi! Comment ne pas céder aux belles vitrines, aux attraits du podium, aux sécurités tranquilles du légalisme, à quoi encore, même à petite échelle! Toute personne engagée de façon résolue est loin d'être immunisée! Peut-être lui arrivera-t-il, un jour, de pleurer avec Jésus sur Jérusalem!

Suivre avant d'aller devant... - Lc 10,1-12.17-20

Jésus envoie les siens en avant de lui, deux par deux, en réseau. Peut-être deux sont-ils allés chez Marthe et Marie annoncer sa venue. Nous en retrouvons deux sur le chemin d'Emmaüs, tellement désespérés après la mort de Jésus qu'ils ont rebroussé chemin. S'ils avaient pu aller en avant, au-delà de la mort, annoncer sa venue! Pour aller en avant de lui, il faut peut-être apprendre d'abord à le suivre!

Oui, suivre Jésus, adopter sa manière d'être «bonne nouvelle», de reconnaître partout la présence du «bon» grain généreusement semé et toujours en train de commencer du «neuf». Jésus est l'évangélisateur no 1. Il est ce qu'il demande aux disciples d'être. Il vient, non pour lever son chapeau et passer, mais pour habiter chez-nous, s'asseoir à notre table, se donner à manger, communier à ce que nous lui offrons de nous-mêmes. Ni colporteur, ni vendeur, ni ambitieux d'un palmarès de conquêtes, sa méthode est dépouillée de moyens. Elle est d'abord salutation, souhait de paix, paix qui n'est pas détruite même quand elle n'est pas reçue. Elle est présence le temps que ça prend pour nourrir et guérir. Elle est regard de tendre compassion.  

Jésus, le coeur libre de tout préjugé, de toute loi gênante, révèle ce qu'il voit de bon chez les gens qu'il visite. Même si on refuse de l'accueillir, Jésus ne manque pas de nommer, en partant, qu'il a flairé quelque chose qui sent le bon Dieu dans leurs moeurs, leurs chants! Parce que son coeur espère tout, il secoue de sa chaussure la poussière du refus; il n'en contaminera sûrement pas le village voisin.

Écoutons Jésus et réjouissons-nous non de voir Satan tomber d'un piédestal à notre passage, mais d'avoir le même nom, la même présence humaine que lui! 

Fais de même! - Lc 10,25-37

Une amie a trouvé réponse à la question éprouvante souvent posée : «Que fais-tu?». La réponse est venue, simple : «Je fais du bien»... Ce qui lui fait du bien! 

Aurions-nous quelque chose dans le coeur, comme une loi intérieure, qui nous pousse naturellement à «faire» du bien? Mais, pressé-e-s de faire des choses et le coeur embourbé, ça prend du temps avant de nous en rendre compte et de l'écouter. Faire du bien : est-il plus belle définition du verbe aimer? Et plus concrète? Ne dit-on pas, pour résumer la vie de Jésus, qu'il passait tout simplement en faisant le bien... Et si c'était cela l'évangélisation!

Jésus était libre comme un samaritain face aux lois religieuses. Un prêtre et un lévite ne l'étaient pas. Ils n'ont fait aucun bien en passant près d'un homme laissé à moitié mort. Toucher un mourant les rendait impurs alors qu'il fallait être pur pour officier au temple. Ils ont vu mais sont passés tout droit. Un samaritain a vu. Touché de compassion, il a investi temps et argent pour assister un inconnu en danger. Il a reconnu en lui sa propre image!

Aimer Dieu de tout son être de chair, ce serait donc réaliser qu'il compte sur nous pour faire du bien à ses enfants. Samaritaines, samaritains capables de compassion sur les routes humaines! Toujours ajustés à l'heure d'aimer! Sachant que «la compassion se transforme en un pont qui rapproche et tisse des liens» (Pape François) et qu'en soignant les blessures de son frère, de sa soeur, on soigne les siennes! 

Que d'occasions pour des personnes au coeur libre d'être touchées aux entrailles, de  s'approcher, de prendre soin avec amour. Elles se font tellement de bien quand elles en font à quelque personne rencontrée sur leur route quotidienne!

Marthe! Marthe! - Lc 10,38-42

Jésus, en route vers Jérusalem, agit comme il demande à ses disciples de se comporter.  Annoncé peut-être par deux disciples envoyés en avant, il entre dans la maison de Marthe dont la soeur se nomme Marie. Sans bourse ni besace, il n'a rien à offrir que sa présence. Comment Jésus est-il, dans cette maison de village, l'évangélisateur qu'il demande aux disciples d'être à avec lui? Car ce jour-là, par sa simple présence, il se passe quelque chose de bon et de neuf.  

Jésus ne vient pas chez Marthe et Marie faire quelque chose ni pour leur donner quelque chose, il vient  pour être-avec elles le temps qu'il faut pour nourrir et guérir. À  trop vouloir, comme Marthe, faire quelque chose pour les autres, c'est dangereux qu'on se laisse accaparer par tout ce qu'il faut prévoir et faire, tellement les besoins sont nombreux. C'est risquer de devenir aigris quand  d'autres, bénévoles ou non, en font moins ou  prennent leur temps. C'est parfois s'inquiéter et s'agiter pour rester à la hauteur.

Jésus prend le temps d'être-avec¸ de s'asseoir, de partager la rencontre qui nourrit le coeur et rend meilleurs le café, la brioche que l'on sert. Jésus dira plus tard que sa présence elle-même est le repas servi... Il demande aux disciples de prendre soin des rencontres qu'ils feront en route et, sans bouse ni besace mais riches dans leur coeur, de se donner eux-mêmes à manger puis d'accepter d'être nourris à même la richesse de leurs hôtes et hôtesses.

Avec quelle tendresse dans le ton de sa voix Jésus demande à Marthe de décompresser, de venir s'asseoir avec lui et sa soeur, de passer d'une multitude de services à l'inoubliable apéro qu'est le service de la présence partagée. Le lunch, même frugal, goûtera le «revenez-y»! 

Quand vous priez... - Luc 11,1-13

Jésus a vécu plusieurs années dans la maison de Nazareth après avoir dit à son père et à sa mère, à l'âge de 12 ans : «Je dois être dans la maison de mon Père!» Ses parents n'ont pas compris ce qu'il voulait dire à ce moment-là. Marie gardait ces paroles dans son coeur...

Depuis ce moment, Jésus s'est ajusté au vêtement de chair de l'humanité avec tous ses plis, déchirures, couleurs sombres ou joyeuses. Le temps de réaliser au quotidien qu'il ne pouvait être fils de Dieu sans être frère des hommes, des femmes de tous les temps, de toutes situations, de toutes souffrances, de toutes joies. Pape François a rappelé aux prêtres que leurs vêtements liturgiques n'étaient pas de «beaux habits» mais l'humanité qu'ils consentent à revêtir! Vers l'âge de 30 ans, baptisé comme tout le peuple, Jésus est en prière lorsque le Souffle de Dieu l'enveloppe. Une voix venue du ciel confirme qu'il est né de Dieu. C'est sa Pentecôte! Le voilà fort d'une onction pour sa mission de libérateur!

Dans la prière qu'il enseigne aux disciples, Jésus est un «nous». Il s'adresse à «Notre Père». Souvent il retourne sur la montagne pour communier au Dieu qui est «Père de tous, qui agit par tous et qui est en tous».

Avec Jésus, en lui et par lui nous prions «Notre Père». Peu à peu nous passons avec Lui demon Père à notre Père! Passage de toute une vie... tellement c'est difficile de voir en tout être humain, de tous lieux, temps ou religions, un frère ou une soeur à aimer...Nous sommes pourtant tous, toutes «enfants du Bon Dieu», chante David Jalbert! Parfois on dirait, en les écoutant, que les enfants n'ont pas tous connu le même Père!

Dormir à coeur ouvert! - Lc 12,13-21

J'ai reçu une photo où le pape François affiche le sourire malicieux de quelqu'un qui est fier de sa «joke»... Il vient de dire, en effet, qu'il n'a jamais vu un camion de déménagement suivre un cortège funèbre, jamais! Je pense bien que personne d'entre nous n'a vu cela non plus! Mais de se l'imaginer fait penser sérieux!

Il semble, malgré tout, qu'il faut rappeler cette évidence. Jésus le fait aujourd'hui. Nous sommes un peu comme des écureuils qui se remplissent les joues et vont cacher leurs provisions pour la saison à venir... Qui n'a pas le réflexe de remplir ses greniers, de prévoir pour ses vieux jours dans le désir de profiter de quelques bonnes années pour jouir de la vie?

Est-ce dire qu'il ne faut pas le faire? Ce que Jésus semble dire, c'est de ne pas ramasser pour soi-même sans se soucier d'être riche en vue de Dieu! Qu'est- ce que ça veut dire «être riche en vue de Dieu»? Peut-être y a-t-il une réponse à cette question dans ce que Jésus vient d'affirmer : «la vie d'un homme ne dépend pas de ses richesses»...

La vraie richesse, celle qui est notre assurance-vie, ne serait-elle pas faite des relations que nous tissons et que nous nourrissons? Ne serait-elle pas le lien indéfectible avec la Source de notre Être... dont l'eau vive ne se vend ni ne s'achète? Ne sommes-nous pas, sur terre, des citoyens d'un ailleurs? C'est d'oublier cela qui fait que nous sommes déboussolés quand il nous arrive de tout perdre des biens acquis sans avoir eu le temps d'en profiter!

Quelle émouvante solidarité se réveille et se déploie quand arrive une catastrophe! Un lien invisible nous unirait-il si fortement les uns aux autres? Serait-ce cela l'amour?

Bon dimanche! 

À coeur ouvert! - Lc 12,32-48

Quelle heure est-il? Il semble que, pour Jésus, c'est toujours l'heure d'aimer! Gilles Vigneault chante avec justesse : «Je demeure où l'amour loge, j'y retourne à chaque pas; le temps n'est pas dans l'horloge mais dans votre coeur qui bat». Et aussi : «La nuit le jour, l'été l'hiver, il faut dormir le coeur ouvert»! Comme ces chalets qu'on laisse ouverts et qui ne sont pas défoncés! Avec un petit cahier pour qu'on griffonne un mot!
Qui donc peut offrir un coeur en état de veille? Un coeur «chalet ouvert»? Pour une personne qui a un tel coeur il n'y aurait pas d'heure où elle oublie que quelqu'un peut se présenter sans avoir annoncé sa visite! Ses biens, agenda compris, sont gérés par le coeur! Si jamais il lui arrive de barrer sa maison pour une absence prolongée, elle laisse une note, une adresse. D'ailleurs des ami-e-s ont la clé de sa maison et peuvent entrer en pleine nuit  prendre un somme sur le divan du bord!
Un gros risque à prendre, dites-vous? Bien sûr! Mais un risque plus rassurant que celui d'un échange de coups, d'une escalade de violence! Les biens que nous recevons, ils ne nous appartiennent qu'un peu puisqu'à chaque «NOTRE Père» nous demandons à Dieu de NOUS donner chaque jour le pain qu'il nous faut, et le gîte et le couvert... Cette prière, il nous appartient de l'exaucer avec Jésus, en lui et par lui. 
Jésus nous dit aujourd'hui qu'il nous confie les uns, les unes aux autres. Il nous demande de prendre soin, de donner, au temps voulu, notre part d'humanité... comme il s'est donné lui-même tout entier! Jésus est avec  nous, «coeur ouvert» à tout jamais... Et tout l'Amour que Dieu donne généreusement transite par nos pauvres coeurs!

Quand le vent est bon, le feu tire bien! - Lc 12,49-53

Jésus est un feu nouveau donné à la terre. Il est «tout feu, tout flamme» dans tout ce qu'il est! Foyer d'amour, il réchauffe les coeurs qui grelottent, ravive les tisons enfouis sous des cendres, cautérise les blessures mal soignées. Il fait feu de tout bois! Une étincelle de lui et la foule s'embrase prête à le suivre. Feu de signalisation ou de direction, il clignote pour indiquer aux voyageurs  la voie étroite qui mène à la vie. Feu de phare dans la nuit pour la barque en danger de sombrer. Feu de grève pour la danse des retrouvailles et la chanson des souvenirs.

Toujours entre deux feux, il n'accepte guère d'être sous les feux de la rampe. Il se voit simple lampe pour éclairer la maison. Mais, pour certaines gens, sa présence est dangereuse comme feu de rasoir ou feu de cheminée. Sa lumière trouve le bobo qu'on veut dissimuler ou révèle la suie accumulée dans les circuits du coeur. Des gens se chargent de faire feu sur lui par crainte d'un incendie qui pourrait détruire leurs hautes murailles de protection. S'ils pensent qu'il ne fera pas long feu, ils se trompent. Sa flamme brûle encore! Phénix longtemps attendu... son feu est allumé en chacun des êtres humains et au coeur de la terre. Nous sommes une «route des phares»!

Quelle merveille! Un enfant, et voilà un feu allumé dans le monde. Feu-pilote qui jamais ne mourra! Feu comme veilleuse au sanctuaire. Feu qui éloigne la mortelle froidure. Buisson ardent à faire frissonner les frileux alors qu'il pourrait les réchauffer! Feu contre lequel on lutte avec des milliers d'extincteurs mais que personne ne réussira à éteindre, foi de Jésus! Attention aux broussailles! Car Dieu est Feu!

La porte étroite. - Lc 13,22-30

Tant d'événements, tant de voix nous prient, en écho aux paroles de Jésus, de changer notre manière de vivre : appels à la simplicité volontaire, au marché équitable, au souci des petits et  laissés-pour-compte, au soin de l'environnement. Il y va de notre avenir claironnent ces voix à temps, à contretemps. Voix de pauvres, de jeunes, de pape!

Fouiller passé et présent à la recherche de coupables pour conjurer les catastrophes qu'engendrent violence, collusions, négligence dans la course au progrès, cela ne suffit pas. Il  est urgent de réaliser que si nous continuons à obéir aux dictats de l'argent et du pouvoir nous périrons tous de la même façon. Nous devons décider de nous «débrancher» de valeurs qui  déshumanisent et mènent inexorablement, un jour ou l'autre, à un «Lac- Mégantic» ou à un «Détroit» déserté!

Jésus s'approche de Jérusalem, ses appels se font très incisifs pour sauver l'humain. Il nous rappelle l'étroit sentier qui mène à la vie ensemble, celui du prendre-soin, du partage, de la justice. Selon lui, il est vain de penser nous en sortir parce que nous avons prié en sa présence, entendu ses enseignements, chanté le cantique de Marie sans réaliser qu'il proposait quelque chose de subversif.  

Un jour vient où les personnes qui osent aimer se reconnaissent entre elles! Elles viennent de partout pour le rendez-vous du nouveau festin, celui de la solidarité, de la convivialité. Les autres, formatées pour les larges entrées, ne peuvent pas avoir accès à ce lieu aux portes trop basses pour elles; impuissantes, elles se sentent peut-être exclues à leur tour.  

N'est-il pas urgent que chaque personne discerne à quel impératif elle obéit dans ses choix au quotidien! À celui du chacun-e pour soi ou à celui de la compassion, de la solidarité? 

Toutes, tous invités au repas de Dieu! - Lc 14, 1a.7-14

Imaginons une personne invitée au repas, même liturgique, chez des gens qui détiennent ou croient détenir les clés du pouvoir, de la richesse. Et qu'elle profiterait de l'occasion pour exposer sa vision utopiste d'un monde remis à l'endroit, un monde qui commence par en bas, fait de ceux, de celles qui n'ont ni le crédit ni la prestance pour le festin qu'on offre. Imaginons ce qui peut arriver à cette intruse!

À moins que cette personne, quelque peu naïve, n'éveille le désir de «détourner» les bénéfices du  repas des bien nantis au profit d'un festin où les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles, les mal famés, ceux et celles qui n'ont rien pour rendre, seraient les invités du jour! «Rien n'est impossible à l'Amour!»

Jésus que nous rencontrons aujourd'hui ne démord pas de son message! En fait, il est lui-même le message! Quand il se présente comme invité chez un chef de Pharisiens et qu'il observe les convives choisir leur place, c'est un «dé-tournement» des coeurs qu'il ose proposer. Il désire ardemment un festin différent et, pendant le repas, il exprime tout haut le rêve qui motive sa présence. On ne sait jamais! Tout coeur humain est allumé au feu de l'Amour et donc bellement capable de justice, de gratuité! 

Au repas que Jésus souhaite ardemment vivre avec tous les humains, on arrive en pauvres, en estropiés de toutes sortes, on repart riches en frères, en soeurs, en amis, en gens heureux d'avoir découvert et partagé une autre richesse, celle que personne ne peut  nous enlever : la présence.  On y reçoit abondamment sans s'inquiéter de donner en retour. On est simplement invité à «donner au suivant». «Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement», qu'il ose encore dire!

Aimer jusqu'au bout! - Lc 14,25-33

«La vie est belle, mais difficile, vous savez!» me disent des personnes âgées. «Qu'il est difficile d'aimer», chante Vigneault!

Oui, il est difficile d'aimer! D'aimer jusqu'au bout son conjoint, sa conjointe, ses enfants, ses parents, ses voisins et voisines, ses compagnes et compagnons. Aimer jusqu'au bout quand vient la maladie qui défigure la beauté première. Quand vient le doute qui s'infiltre sournois dans la toute petite faille des alliances de confiance. Quand vient le temps des pertes imparables ou des surprenantes glorioles. Comment aimer vraiment si ce n'est jusqu'à la «déchirure» comme chante Brel?

Jésus est réaliste dans l'évangile du jour. Il nous avertit, en quelques mots, qu'il sera difficile de tenir bon dans nos relations sans trouver une source commune où puiser l'amour qu'il faut pour aimer jusqu'au bout. Aucune personne, si aimante, si fidèle soit-elle, n'est source inépuisable de vie pour une autre. Elle arriverait vite au bout de ses biens, au bout de ses mots d'amour, au bout de son corps... épuisée et vidée.

C'est pourquoi, il nous faut vraiment, dans nos relations les plus bellement commencées, nous assurer de pouvoir toujours joindre nos mains en Présence d'une «Source sans fond de la douceur humaine» et, les yeux clos peut-être, demander ensemble «l'amour qu'il faut pour la journée», comme l'écrit si doux Marie Noël, poétesse française. 

Il n'est guère facile de renoncer à compter sur ses propres  forces pour garder vivantes ses relations. Jésus s'y connaît dans la voie étroite de l'amour, il sait de quoi il parle, car «ayant aimé les siens, il les aima jusqu'au bout.» Porter ma croix, c'est peut-être prendre tout de moi, de la tête aux pieds, et, sachant où puiser l'amour, marcher chaque jour les yeux fidèlement fixés sur Jésus.  Jusqu'au bout du bout!

Combler la joie du Père! - Lc 15,1-32

Jésus tente de toucher le coeur des pharisiens qui maugréent parce qu'ils le voient attablé avec des pécheurs. On dirait qu'il désire les faire «craquer» en leur décrivant la joie de personnes qui retrouvent ce qu'elles ont perdu de très précieux...

Joie d'un berger, ayant laissé 99 brebis, quand il retrouve celle qu'il avait perdue; joie d'une femme qui rassemble amies et voisines après voir tourné sa maison à l'envers pour retrouver quelques pièces d'argent! Enfin, la joie d'un homme qui, broyé par la douleur, s'est découvert des entrailles et qui entend célébrer sa jubilation, car il a retrouvé son fils cadet parti à l'aventure après avoir demandé sa part d'héritage... Mais... son coeur de père est insatisfait, car son fils aîné refuse de partager le festin du retour!

Pour les pharisiens, Jésus n'est-il pas le fils qui gaspille sa vie avec les pécheurs?  Jésus est pourtant celui qui goûte la joie d'être fils chéri, dans la pure gratuité, de l'amour indéfectible de son Dieu! Comment la joie d'un père peut-elle être complète tant que le fils aîné, (comme les pharisiens), ne découvrira pas la grâce inouïe d'être fils lui aussi... Au cadet, est arrivée la famine; qu'arrivera-t-il donc au fils aîné pour qu'il décroche de sa relation à un homme, (à un Dieu), perçu comme pourvoyeur ou employeur et découvre un père aux étreintes bouleversantes?

Les commentaires insistent bien souvent sur la bêtise du fils prodigue, oubliant à qui Jésus adresse les paraboles illustrant la joie d'un Père en attente d'être comblée par la présence du fils aîné au banquet des retrouvailles. Quand le fils aîné goûtera-t-il la grâce d'être fils, donc frère? Que le «frère aîné», en chaque personne, complète enfin la joie de Dieu, père aux entrailles frémissantes?

Des bons placements... - Lc 16,1-13

Un missionnaire partageait son observation sur la pauvreté. Ici, disait-il, les gens jugent qu'être pauvre c'est n'avoir rien; en Afrique, c'est n'avoir personne. Bernard Émond, lors d'un séminaire, affirmait accrocher son espérance sur les «petites bontés» des humains.

C'est peut-être ce que Jésus veut dire en trouvant sage l'homme qui a programmé ses investissements pour ne pas être seul au bout de ses jours. La «une» de l'actualité ne manque pas d'étaler les astuces de gens habiles à s'assurer de «bons contacts» en donnant des pots-de-vin, quitte à tromper pour y arriver! Malhonnêtes peut-être, mais plus habiles, dit Jésus, que des gens pourtant mieux éclairés, car ils savent l'importance de se faire des amis qui, un soir de fin de règne, pourront les accueillir chez eux.

Se faire des amis avec l'argent, c'est pressentir au fin fond de soi que l'argent ne peut rien garantir, qu'il est vain de lui asservir sa vie, encore moins ses amours. Un jour vient où  l'on ne peut compter que sur la relation avec les autres et, en fin des fins, avec Celui qui est source intarissable de tout ce qui est gratuitement donné, placé à fonds perdus. Au secret de son coeur, le gérant dont Jésus  parle entretenait un autre coffre-fort. Il misait davantage sur le fond permanent que sur l'intérêt même composé. 

Jésus invite chaque personne à écouter son désir, à investir quotidiennement dans la relation, cette assurance-vie contre l'isolement des fins de parcours. Heureuse la personne pour qui «le temps c'est de l'argent», elle bloque quelques minutes à son agenda pour nourrir sa banque de relations; ainsi elle ne fera jamais banqueroute. Les moments consacrés aux timides 'je t'aime' ne sont-ils pas ceux qui nous garantissent une bonne ristourne au bout de nos jours?

« Écouter pour voir! » - Lc 16,19-31

Que reprocher à l'homme, riche mais sans nom, dont parle l'évangile? Ses biens lui appartiennent, il peut donc les donner à qui il veut. Le mendiant, nommé Lazare, n'était certes pas le solliciteur!

Lui reprocher quoi? Peut-être de n'avoir pas écouté son coeur ou sa conscience, mais ces mille justifications qui empêchent de regarder le mendiant et de se laisser toucher par la présence d'un semblable. Accueilli dans l'autre monde, le riche devient mendiant. Il  supplie Abraham, père de la foi, d'envoyer quelqu'un vers les siens espérant que la vision d'un «revenant» les rendra plus attentifs. Mais on lui répond qu'ils ont les prophètes et la Loi. Qu'ils les écoutent donc! Même s'ils voient un ressuscité, ils ne croiront pas davantage.

À la suite des premiers chrétiens, nombreux et de partout, nous chantons Jésus toujours vivant au milieu de nous. Et puis? Le fait est que Jésus ressuscité n'est pas un fantôme! Il est toujours présent dans un corps. Un corps blessé. Un corps en agonie jusqu'à la fin des temps, comme dit Pascal.

Tant de voix crient en faveur des affamés du monde... Jésus lui-même nous redit que ce que nous faisons pour l'un de ses «petits», c'est à lui que nous le faisons. La Loi de l'amour est gravée pour jouer sa mélodie au coeur de chaque personne. Nous avons donc les prophètes, la Loi... et toujours des pauvres devant nos portes. Pauvres de pain, de présence, de regard...

Paul, ardent pharisien, supprime les disciples de Jésus au nom de son Dieu! Renversé, il expérimente que le crucifié qu'on dit vivant n'est pas un fantôme, qu'il a un corps qu'on crucifie encore! Son coeur est touché! Des écailles tombent de ses yeux! Il épouse, comme Jésus, la passion de Dieu pour l'humanité!

Petit comme un grain de moutarde! - Lc 17,5-10

J'allais parler de foi à des personnes dont plusieurs étaient handicapées intellectuellement. Je me demandais comment faire pour que ce soit simple. Et je ruminais dans mon coeur cette parole : «si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde...». J'ai demandé : «Est-ce que ça aurait fait pareil si Jésus avait parlé de la foi gros comme un grain de sable?». Une jeune femme m'avait spontanément répondu : «Ben non!» - «Mais pourquoi?» - «Parce que du sable, ça pousse pas!». Je n'ai jamais oublié cette réponse pleine d'une sagesse désarmante.


J'ai compris que si j'avais foi dans le don qui m'habite ou qui habite le monde gros comme une petite semence "en a" en cette invisible force de croissance qui l'habite, je serais témoin de montagnes déplacées ou d'arbres déracinés. Car quelques centimètres de terre sur un petit grain de moutarde, c'est, pour lui, une grosse montagne à déplacer! Non par ses propres efforts, mais grâce à la poussée de la puissance qui le travaille. Pensons au pissenlit qui fait craquer l'asphalte! Quelle petite semence appelle donc notre foi?


Saint Paul nous dit que nous pouvons avoir une foi à transporter les montagnes, si ce n'est pas la foi dans l'amour, germe divin qui nous habite, ça ne sert à rien. Ce germe d'amour, si petit soit-il, est une force de la traversée. Il a tout le temps pour accomplir sa promesse. C'est vraiment difficile de croire quand  gronde la tempête, quand dure la froidure, quand s'impose l'ennemi. Pourtant, dit le prophète, la promesse s'accomplira, elle ne décevra pas, elle viendra à son heure. Quelle assurance!


Quelles montagnes de préjugés, de peurs, de résistances pourrait faire disparaître notre foi en la semence qu'est l'Amour reçu en héritage?

Les neuf autres, où sont-Ils? - Lc 17,11-19

Tout nous est donné! «Le fond de l'être est générosité et du simple fait que le monde existe, il faut qu'il soit dans ce mouvement de générosité de la vie qui se donne» (Leloup). Tout nous est donné. Mais, sur nos routes humaines, tout nous arrive en passant par la nature : les arbres, les animaux, les astres, les êtres humains. Que de dons offerts en pure gratuité pour la beauté, la bonté!

Jésus est de Dieu, mais il nous fut donné par Marie fiancée à Joseph. Jésus vient de Dieu, mais il est passé par Nazareth. Le pain est don de Dieu, mais il est passé par Moîse au désert et il passe par la terre, l'air, par tant de mains avant d'arriver à table. «En plus de la communion avec Dieu et de la communion avec la Terre, y a-t-il communion avec Dieu par la terre -celle-ci devenant comme une grande hostie où Dieu se tiendrait pour nous?» (Teilhard de Chardin).

Le samaritain revenu dire merci à Jésus a peut-être simplement ce réflexe d'un homme libre, proche de son coeur. Par Jésus lui est venue la guérison, vers Jésus il tourne ses pas. Où vont les neuf autres? Peut-être au temple, croyant qu'il faut aller là pour rendre grâce au Dieu invisible!

C'est difficile de croire qu'en Jésus Dieu s'est lié à tout jamais à notre humanité! Comment aimer Dieu sans aimer la vie sous toutes ses manifestations? Comment croire en Dieu, sans croire dans les êtres humains? Quel merci dire aux personnes par qui Dieu nous rencontre, nous lave, nous donne à manger, se penche sur nous. Dieu lui-même nous dit merci de prendre soin des siens!

Vers qui retourner pour un merci en ce lundi d'Action de grâces?

Quelle foi? - Lc 18,1-8

Où trouver de la foi gros comme une petite semence? De quelle foi s'agit-il? Quiconque, croyant  ou non, sème un grain espère sûrement cueillir des fruits. Je suis certaine qu'un grain semé par un incroyant donne d'aussi beaux fruits que celui semé par un croyant. Alors?

La foi dont il s'agit naît, semble-t-il, de la conscience d'une source cachée à l'origine de tout. Elle éveille, nourrit la confiance en cette source invisible. Source unique de fécondité à laquelle on peut demander, exiger presque, un certain «dû» pour vivre.

Quand Moïse, sur la montagne, prie pendant que les autres combattent dans la plaine, c'est qu'il croit avec d'autres que la force vient d'Ailleurs mais qu'elle agit dans et par les combattants. Ceux qui luttent viennent même lui soutenir les bras pour qu'il supplie encore et encore afin de demeurer confiants en cette force qui les dépasse...

La veuve de l'évangile est têtue car elle sait que le juge, et le juge seul, a l'obligation légale de lui porter secours. Cette obligation est notée au code déontologique du juge. Ainsi en est-il de la source de tout ce qui vit et que nous appelons Dieu. C'est de lui seul qu'origine, vit et croît tout ce qui nous est gratuitement donné  pour vivre.

Prier obstinément comme la veuve, comme Moïse, c'est compter sur une Source invisible. C'est demeurer attentifs, réceptives à ce qui est plus grand que nous. Le ruisseau naît sans cesse d'un puits originel qu'il n'aperçoit guère. Le ruisseau est beau de la beauté de sa source. Apparemment inconscient, il reçoit son «dû» existentiel d'une invisible source! Croire, serait-ce consentir et pouvoir espérer!

Jésus se demande s'il trouvera des gens conscients de la Source inépuisable de qui vient leur «dû» pour être et demeurer des vivants...

Au temple pour prier! - Lc 18,9-14

Deux hommes, un pharisien et un publicain, sont au Temple pour prier. C'est quand même bien! Comment se fait-il donc que l'un revient chez lui changé, ajusté au meilleur de lui-même, et l'autre pas? Les deux prient certes mais on dirait qu'ils ne s'adressent pas au même Dieu. En fait, les mots et les accents de leur prière dévoilent l'image du Dieu auquel ils pensent faire appel! 
Le pharisien semble nourrir l'image d'un dieu gardien-des-lois qui demande qu'on lui en mette plein la vue de sa bonne conduite morale. Un dieu qui ne dédaigne pas la compétition et la comparaison entre les humains. Un dieu appelé, d'une certaine façon, à récompenser celui qui le prie, à lui donner une bonne note ou la haute marche du podium. À l'évidence, le pharisien ajuste sa prière à ce dieu-là. Mais il ne peut que rentrer chez lui conforté dans ce dont il est fier, stabilisé, confirmé par lui-même, mais nullement changé!
Se jugeant en deçà du désir de son coeur, qui est le meilleur de lui-même, s'estimant à bonne distance de la profondeur divine qui l'habite, le publicain s'adresse plutôt à un Dieu de qui seul il peut attendre ce qui donne de continuer à vivre debout, à avancer encore. Son Dieu est pressenti comme Présence vivante et il ajuste sa prière à ce Dieu-là! Confiant, il étale la béance de sa soif et aspire à rencontrer Celui qui est aussi soif folle de réciprocité filiale et amoureuse. Il revient chez lui encore mieux ajusté au désir qui brûle son coeur, exaucé quoi!
La prière n'est-elle pas la rencontre de deux soifs? Elle est essentiellement un échange entre deux personnes présentes l'une à l'autre pour se mieux connaître. Une telle rencontre peut changer les coeurs!

Aux périphéries de l'existence- Luc 19,1-10

Pauvre petit Zachée! Quand je pense qu'on le présente encore, dans certaines célébrations, comme un pécheur! Ferait-on partie de ceux qui récriminent reprochant à Jésus de loger chez lui! Si nous le regardions aujourd'hui avec les yeux de Jésus qui sont, eux, ajustés sur ceux du Père!

Difficile pour un riche d'entrer dans le Royaume des cieux, soit! Mais Jésus a aussi dit que rien n'est impossible à Dieu. Voilà qu'aujourd'hui, Jésus lui-même s'invite chez le riche Zachée. Il l'a cherché désirant sauver ce qui semblait perdu chez lui. Zachée, lui, cherche à voir qui est Jésus  mais se trouve lui-même. Peut-être était-ce son identité qui était perdue sous les étiquettes dont tous l'affublaient! Désirant voir qui était Jésus, il a pris de l'altitude et, en ce jour, le reçoit à sa table basse.

Que s'est-il donc passé dans le regard croisé entre Jésus et Zachée pour que la vieille cassette serinant ses notes accusatrices dans les coulisses n'affecte plus le petit homme? Un regard partagé semble avoir suffi pour que Zachée soit touché au meilleur de lui-même, dans son identité de fils «né pour aimer». Après avoir retrouvé en lui ce qui était perdu, il réalise que ses biens aussi sont perdus s'ils ne sont pas partagés. La libre circulation de l'amour ouvre les mains pour la libre circulation des biens. Des pauvres, qui n'ont probablement pas vu Jésus, expérimentent, ce  jour-là, une «bonne nouvelle» pour eux : pain, vêtements, etc... Voilà tout l'évangile : un enchaînement de «petites bontés»!

Comment croire que nous pouvons donner «au suivant» ce que nous sommes et les différentes richesses que nous avons quand des regards stigmatisent le meilleur de nous-mêmes? Que de Zachée perdus, dans les «périphéries de l'existence» faute d'un regard aimant!

Aime donc et tu verras! - Lc 20, 27-38

Résurrection : pour ou contre? Que penser de la réponse de Jésus aux Sadducéens qui le piègent avec l'histoire de sept frères ayant eu, l'un après l'autre, la même épouse? «Qui sera l'époux de cette femme dans le Royaume de Dieu», narguent-ils.

Jésus s'adresse à notre coeur bien sûr! Croire avec lui en la résurrection, c'est lire l'histoire des générations à la lumière du souffle créateur qui engendre et agit dans et par elles. C'est affirmer puiser notre origine en Dieu, recevoir de lui notre identité de fils, de filles tout en étant enfants de ce monde. Le Dieu de Jésus est le Dieu des vivants car si nous recevons de lui le souffle en héritage, comment ne pas vivre à jamais de ce souffle? 

Si par grâce nous adhérons à cela, nous savons que certaines relations sont propres à ce monde, comme le sont ces touchantes relations qui passent le souffle d'une génération à l'autre. Mais, dans notre espérance, la relation de toutes les relations est celle de la filiation divine qui demeure à jamais. Le même souffle créateur qui nous unit mystérieusement sur la terre nous fait désirer ardemment, au quotidien, l'avènement d'une civilisation ouverte sur l'impérissable.

Jésus a promis sa présence jusqu'à l'accomplissement de l'histoire. Il demeure pourtant témoin impuissant au milieu de nous. Car la résurrection, comme la vie, n'est pas objet de démonstration mais d'espérance puis  d'expérience! «Aime et tu vivras» chante, en nos coeurs, la Loi des lois! Qui pourrait séparer de l'Amour quiconque aime même sans croire qu'il ressuscitera? Aimons donc simplement jusqu'au bout comme Jésus a aimé et «qui vivra verra bien»! Dire à quelqu'un «Je t'aime», c'est dire «tu ne mourras pas!». Écoutons Dieu nous murmurer ses «je t'aime»!

Fin du monde ou d'un monde? - Lc 21, 5-19

Des personnes, rescapées de catastrophes, témoignent d'une résilience incroyable. Comprendraient-elles pourquoi Jésus parle de terreurs puis ajoute : «Ne vous effrayez pas»?  Existerait-il un lien entre l'épreuve et l'éveil  au désir de vivre qui ne peut trahir? Faut-il perdre de l'acquis pour découvrir des richesses insoupçonnées : dons atrophiés, amitiés fidèles, solidarité humaine, force intérieure?

Jésus prédit même la destruction du temple, fierté de Jérusalem, aux disciples qui en admirent la beauté. En fait, qu'adviendrait-il de l'Église si les églises étaient rasées? Je me souviens d'une  femme timide, presqu'analphabète, présente lors d'un échange sur l'Église. Silencieuse, elle ruminait d'amères inquiétudes face aux changements amorcés par la réorganisation des paroisses. Je l'entends encore s'écrier : «J'suis donc contente! Je vais retourner chez nous et rester tranquille!» - «Qu'as-tu compris?», demandai-je. «On peut bien brûler monsieur le Curé, on peut  brûler l'église, on ne peut pas brûler le Bon Dieu!», répondit celle qui s'affirmait incapable de s'exprimer!

«Dieu est un feu. Quand le vent est bon, le feu tire bien!». Jésus s'accroche à cette flamme divine allumée au sanctuaire des coeurs. Quand une épreuve apparaît comme 'fin du monde' pour nous, ce n'est pas 'fin du monde' pour Jésus, mais fin d'un monde! Si jamais les églises brûlaient, peut-être faudrait-il nous serrer les coudes, écouter ensemble l'appel de Jésus à déployer toute la force résiliente de l'amour : «À ce signe on reconnaîtra que vous êtes mes disciples»! Les premières communautés d'Église n'avaient de temples que leurs maisons. Mais «voyez comme ils s'aiment», disait-on!

Je viens de lire : «Dieu, dans sa bonté, a donné une soeur au chagrin, et il l'appelée l'espérance» (d'Ormesson). Aux Philippines, entourée de décombres,  naît une fragile petite fille... Lampion dans la nuit! 

Jésus, mon roi! - Lc23, 35-43

Nous rencontrons le crucifié qui, selon l'évangéliste Luc, appelle par son nom l'autre crucifié nommé : «JÉSUS», ce qui veut dire «Dieu sauve». Quel contraste avec le concert de moqueries et la boisson vinaigrée! 

En révélant son lien filial avec Dieu, Jésus s'est rendu vulnérable! Le plus précieux de son  identité, une fois révélé, fut utilisé comme une cible pour le viser au coeur. C'est là que l'atteignent ces gens qui le défient  de se sauver lui-même pour prouver qu'il est celui qu'il dit être. La blessure de Jésus, brûlure d'impuissance face au ricanement de ses détracteurs, est sûrement plus intense que les tortures physiques! 

L'un des deux crucifiés demande à Jésus de se souvenir de lui. Comme ç'a dû donner souffle à Jésus, lui jugé rejeté par Dieu pour avoir été condamné par des hommes, d'entendre: «souviens-toi de moi». Quelqu'un se sent si vite abandonné de Dieu quand il est abandonné  par tous! Ce compagnon d'infamie fait pour Jésus ce que Jésus a fait : demander un service comme on demande à boire! Jésus retrouve la confiance de remettre entre les mains de son Père le souffle reçu de Lui! La réponse de Jésus garantit l'accomplissement d'une promesse faite aux ancêtres : être, dans la mémoire de Dieu, à l'abri de l'oubli. Même si une mère oubliait, Dieu n'oublie jamais! 

Je devine l'autre crucifié bienheureux au royaume de Jésus dont la prière royale, adressée au Père de pardonner à ceux qui ne savent pas ce qu'ils font, est sûrement exaucée. «Si nous mourons avec  Lui, avec Lui nous vivrons», chantons-nous! Comment accepterions-nous  encore de qualifier l'un de 'bon' et  l'autre de 'mauvais' larron? Les deux, morts avec lui, ne vivraient pas avec Jésus, envoyé non pour juger mais pour sauver!

Viens chez-nous Jésus! - Mt 24, 37-44

De multiples voix s'élèvent en écho à l'avertissement de Jésus pour qu'advienne quelque chose de neuf dans notre monde : comme une fleur dans le macadam, un sourire de nouveau-né. Un tonique pour notre déficit d'espérance!

Jésus nous a confié sa maison. Il a dit qu'il se présenterait un jour ou l'autre. Quand il se présente, sous de multiples visages, nous trouve-t-il comme au temps du déluge, engloutis, sans même nous en rendre compte, dans une mer de consommation? Ou, éveillés, nous serrant les coudes, dans une arche qui surnage et abrite les semences d'humanité? Nous le savons bien, avec un même boulot, les un-e-s sont pris jusqu'au cou par «leurs affaires», d'autres gardent un espace pour l'imprévu. Il arrive même que c'est chez des personnes déjà très engagées, ouvertes à leurs semblables, qu'on ose frapper quand est dans le besoin, car on sent leur coeur libre, compatissant. 

Mais je me pose quand même une question au sujet du maître de maison qui revient à l'improviste. Comment n'a-t-il pas prévu garder une clé maîtresse pour entrer chez lui? Au moins le code de cette clé en cas de perte... Serait-ce alors possible que le gérant de la propriété ait changé la serrure de la maison? Aurait-il voulu s'accaparer le titre de propriétaire? Et une fois son maître appréhendé comme un possible voleur, verrait-il en lui une menace?

Heureusement, Jésus ressuscité est entré chez ses disciples apeurés alors qu'ils étaient verrouillés derrière des portes closes... Il a même dû leur rendre visite deux semaines de suite, car il en manquait un la première fois. Même si nous avions changé la serrure, le souffle de Jésus entre par une simple fissure et ranime la braise... Viens, Jésus! Notre maison, en définitive, c'est la tienne!

Plus qu'un titre! - Mt 3, 1-12

Un héritage est vite épuisé si on s'assoie dessus sans le faire fructifier. Ainsi peut même s'éteindre un nom de famille tel un arbre atteint dans ses racines.

Jean le Baptiste parle fort aujourd'hui à des gens assis sur leur titre d'enfants d'Abraham, plus difficiles à féconder qu'un vieux couple stérile. Ils risquent d'éteindre leur lignée spirituelle car, oublieux de leur origine, déjà ils ne portent plus les fruits de la promesse. Ils viennent se plonger dans l'eau mais n'expriment  aucun désir de changer. Ils consomment un service sans s'offrir au Dieu de la fécondité qui a surpris leurs ancêtres : Abraham, Sarah.

Le baptiste garde sûrement, enregistré dans sa chair, le tressaillement ressenti dans le sein de sa mère. Il n'aura de cesse que ceux et celles qui viennent à lui expérimentent, en présence de Jésus, cette rencontre d'amour qui chamboule tout l'être. Mais il ignore encore ce que ce bouleversement peut signifier de labourage intérieur quand Il invite ses contemporains à plonger dans l'eau, à confesser leurs péchés pour revenir en bons termes avec Dieu. Il «intuitionne» pourtant une autre plongée où ils entendront Dieu confesser son amour et, en Jésus, les appeler ses fils, ses filles! Quel retournement!

Il ne s'agit pas pour nous qui nous disons chrétiens de nous asseoir sur l'amour reçu en héritage! Car « La loi est de porter fruit. Arbre noueux, percé de gel, cloué de cicatrices... vieilli..., que du moins sur quelques branches neuves verdisse la feuille et croisse le fruit! ...et le fruit... c'est le bon-à-manger. Qui nourrit son frère ou sa soeur, en toutes les formes de la faim, entre dans la seule Justice digne du Dieu qui est largeur du coeur et gémissement de tendresse des entrailles.» (Maurice Bellet)

Qui attend qui? - Mt11, 2-11

«Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?» De toutes sortes de prisons, cette question brûle les lèvres de nombreuses personnes que nous connaissons. Le coeur en charpie, elles attendent un regard compatissant, une goutte d'eau, une guérison!

En réponse aux envoyés de Jean, Jésus témoigne simplement de ce qui, par lui, fait tellement de bien à des gens qui ne voient pas ou n'entendent pas, qui boitent ou se sentent lépreux, comme à d'autres tenus captifs des filets de la haine ou de la mort. Quand Jésus passe, en effet, il arrive quelque chose de bon aux personnes assoiffées, défaillantes, affolées. Isaïe déjà disait que notre Dieu exerce sa revanche en sauvant ce qui est perdu! Belle recette à essayer cette semaine!

De nos enfermements, personnels ou communautaires, à qui désirons-nous envoyer un émissaire s'enquérir si c'est bien la femme ou l'homme qui doit venir ou si nous devons en attendre un, une autre pour nous-mêmes, notre milieu, notre monde?

Et si jamais nous jouissons d'un espace de liberté, ouvrons larges nos coeurs! De quel emprisonnement nous est envoyée une personne demander : «Es-tu la communauté, l'Église, l'association, le pasteur, la conjointe ou le conjoint, la compagne ou le compagnon, le voisin, la voisine qui doit venir ou si nous devons en attendre un autre, une autre? »

Jacques Brel ressentait probablement dans son coeur la même urgence que Jean le précurseur car il chante : «Pourvu que nous vienne un homme (femme) aux portes de la cité... que l'amour soit son royaume et l'espoir son invité... qu'il (elle) vienne avant que les autres hommes (femmes) ne dressent aux creux des nuits de nouvelles barricades». Viens vite, Jésus, exercer dans notre cité ta surprenante revanche, celle de l'amour!

Être fruit sauveur d'humanité? - Mt 1, 18-24

Luc nous a présenté Marie. Mathieu, lui, attire davantage notre attention sur Joseph, homme ajusté sur Dieu! Qu'est-il demandé à Joseph pour marcher dans la justice? Plusieurs fois la même chose : prendre chez lui ce qui vient de Dieu. Joseph est de la trempe d'Abraham qui, sans connaître la direction, est parti après avoir pris chez lui une Parole dérangeante. Comme Abraham, Joseph apprend à ses dépens que le souffle créateur est don de Dieu. Dans tout engendrement il y a de nous et de Dieu. Dieu donne le souffle, nous offrons la chair vive de nos alliances de chaque jour, de chaque saison. Le fruit est nommé Jésus (= sauveur).

Mathieu déploie ce message dans la parabole qu'est la semence. Le germe, gratuitement donné, désire une terre préparée qui se laisse pénétrer en profondeur pour donner tous ses fruits. Prendre avec soi, se laisser pénétrer profond, signifie, pour Matthieu, écouter vraiment, donc entendre ET com-prendre. Les enfants se savent écoutés seulement quand ils nous sentent touchés...

Ainsi ont commencé les belles histoires d'humanité. Une personne a entendu une parole mystérieuse, l'a prise chez elle ignorant où ça mènerait. Pensons à nos parents. À Jean Vanier qui accepta d'accueillir chez lui une première personne handicapée... et les fruits produits sont encore «sauveurs» pour tant d'autres : Foyers de l'Arche, Foi et partage, Foi et lumière. Angèle Merici aussi prit chez elle un appel qui la dépassait. Après presque 40 ans d'attente, naît une famille religieuse (dont les Ursulines) qui, depuis 478 ans, donne sûrement des fruits sauveurs pour d'autres personnes!

Prenons chez nous la parole déstabilisante qui féconde! Avec Joseph, nous verrons ou d'autres verront : chaque personne (ou fondation), terre d'alliances produit des fruits «sauveurs» pour son temps!

Joseph aussi! - Mt 2, 13-15 ; 19-23

Je me réjouis  que Pape François ait demandé d'ajouter aux prières eucharistiques le nom de Joseph à celui de Marie. Car Marie n'est pas une petite fille esseulée quand la féconde le souffle divin. Elle est  fiancée, donc en alliance avec Joseph. Marie de l'Incarnation demande à son fils de ne pas séparer Marie et Joseph... Le songe qui lui montre la terre canadienne présente les deux...!

Que de discours pour parler aux mères et des mères! Combien parlent aux pères et des pères? Le texte d'aujourd'hui offrirait-il l'occasion de mettre en belle lumière la paternité des hommes? Pères biologiques ou adoptifs, spirituels ou sociaux. La fonction paternelle ne se résume pas à la fécondation... pour entrer au pays de l'absence par la suite... Sa présence est vitale pour toute croissance harmonieuse. Le nom de Joseph, en hébreu, signifie «faire croître», d'où le beau nom d'autorité... de co-auteur... Il s'agit non de pouvoir mais d'autorité, d'une main offerte au quotidien pour de multiples alliances afin d'engendrer et de faire croître un monde plus humain!

À Joseph, une même demande est adressée par trois fois : prendre chez lui la femme fécondée  et, en situation de danger, prendre l'enfant et sa mère, fuir l'oppression puis revenir... Quel contrat à vie! Prendre soin tout au long de sa croissance du fruit de nos alliances, le sauver de ceux qui tuent ou excluent par peur de perdre leur pouvoir puis partager un espace commun dans un environnement sécurisant : femme, homme, enfant...

Comment éveiller davantage les hommes, jeunes et adultes, à la belle vocation de pères inscrite dans leur être comme on rappelle souvent aux femmes qu'elles sont mères partout, toujours? Il doit sûrement y avoir un «instinct» de père chez les hommes! Serais-je influencée par les beaux souvenirs de mon papa?

Un autre chemin... - Mt 2, 1-12

Avons-nous déjà  changé de chemin? Qu'est-ce qui nous amène à modifier le trajet de nos vies, à changer nos méthodes?

Revenue des études en théologie, j'espérais offrir la Bible à tous et que nous aurions de bons chrétien... Je sortais connaissances, caisses de bibles... Un jour, dans une salle remplie de gens de 7 à 90 ans, un homme ivre dérange tout le monde. Il déambule en criant : «Aimez-vous les uns les autres!»... Premier indice à changer de méthode... La Parole d'avant la Bible était criée par le coeur du pauvre... Une autre fois, je vois une personne tenir sa bible la «tête en bas»... Elle ne sait pas lire. Deuxième appel à prendre un autre chemin... Que faire quand le message savant n'est pas le bon parce qu'il n'est pas compris? Et que les pauvres sont le message?

Un enfant couché près de ses parents chamboule les sages d'Orient. Ils retournent par un autre chemin. Pas un bébé de cire frisé, ni un enfant attifé en adulte, ni un bébé de publicité. Mais un bébé qui gazouille, qui pleure, qui tend les bras, tète, dérange la nuit, bouscule les habitudes. «J'avais dix principes, dit un proverbe, et je n'avais pas d'enfants, j'ai eu dix enfants et je n'ai plus de principes»!

Le Pape François serait-il l'étoile qui oriente nos pas vers les périphéries?... Là où sont les pauvres capables d'évangéliser les coeurs, là où sont les enfants, ceux des familles éclatées, ceux transformés en soldats, ceux absents des églises... pour leur offrir les présents royaux reçus de la vie... Encore faut-il avoir la simplicité de suivre l'étoile jusqu'au lieu de son choix... le courage de sortir, de se laisser toucher au point de ne plus soumettre ses décisions aux jeux du pouvoir! Sagesse nouvelle!

Le laisser faire! - Mt 3, 13-17

Trouvez-vous facile de laisser faire les autres, même DIeu? Moi..., pas toujours! Mais, grâce à quelques expériences signifiantes, j'avoue faire du progrès...

Jean, sachant ce que signifie son baptême d'eau, résiste à laisser Jésus plonger. Mais Jésus supplie de le laisser faire. Plus tard, Pierre résistera à se laisser laver les pieds. Jésus  demandera de le laisser faire. Le laisser faire pourquoi? Pour qu'il éprouve la joie d'être accepté par moi là où j'ai mal, où je me juge non aimable, où je me sens vulnérable, les pieds sales. Jésus demande à descendre dans les eaux de notre Jourdain pour ajuster nos coeurs sur ce réseau d'amour dont Dieu nous aime. Il vient guérir nos douloureuses occlusions d'amour. Il vient prendre place à notre table et nous servir son pain de tendresse, son vin de joie. Tablée d'hommes, de femmes fragiles, blessés, mais, avec Lui, aimés jusqu'au bout...

Marie, démunie, sait bien cela. Sans comprendre, elle a consenti à laisser faire le souffle de l'Amour. Aussi demande-t-elle aux disciples de faire tout ce que Jésus leur dira quand il désire renouveler et combler la joie de leurs noces humaines. Jésus demande aujourd'hui à toute personne qui  peine à se croire aimée de se laisser faire... Car il vient, non pour ce qui est déjà  emporté par l'amour, mais pour ajuster ce qui ne l'est pas encore...

Fêter Jésus, c'est nous fêter avec Lui. C'est consentir à laisser Jésus descendre plus profond dans ces obscurités aux parfums d'étable que nous tenons peut-être à dissimuler aux autres et à nous-mêmes! Tant que je ne l'aurai pas laissé faire jusque-là, Jésus désire achever son baptême en moi. Je souhaite ardemment qu'il le soit! Que je consente donc à le laisser m'aimer par... les autres!

Esprit Saint et péché : incompatibilité... - Jn 1, 29-34

Le baptême de Jean invitait les gens à confesser leurs péchés. Voyant Jésus venir vers lui, Jean le présente comme celui qui enlève le péché du monde, selon ce qu'avait prédit son père, Zacharie. Le baptême de Jean trouvera donc sa plénitude quand Jésus baptisera dans l'Esprit saint car il fera ce que ni Jean ni aucune autre personne ne peut faire : enlever le péché...

Plusieurs fois, à l'Eucharistie, nous prions ainsi : «agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde». Jésus peut-il, effectivement, déraciner le péché du monde, de nos vies, de notre coeur? Enlevé, jeté loin derrière, le péché n'est plus? Si oui, sur quelle assise fonder alors notre espérance : sur la confession répétée de nos péchés ou sur la certitude que Jésus les enlève? Acceptons-nous d'abandonner notre péché à Jésus pour qu'il le brûle? Ne pas croire qu'il peut l'enlever, c'est lui faire affront, comme si notre bêtise, même énorme, pouvait être plus puissante que l'amour de Dieu en nous.

De quelle autorité Jésus fait-il cela? Par la puissance du Souffle de Dieu. Ce Souffle divin n'est pas donné à Jésus pour le temps d'une mission, comme on le croyait jusque-là. Jean affirme avoir vu le Souffle descendre sur Jésus et demeurer. Parce que la présence du Souffle, feu divin, établit désormais en Jésus sa demeure permanente, le péché n'a pas sa place en lui. Souffle de Dieu et péché ne peuvent coexister.

Baptisé-e-s en Jésus, le Souffle saint fait aussi de nous sa demeure permanente. Malgré cela,  notre coeur manque souvent la cible tellement il est fragilisé, déboussolé par les séquelles des bêtises humaines. Heureux sommes-nous pourtant, pécheurs, pécheresses habités par le Souffle saint, nos péchés sont anéantis par lui, comme pailles au feu.

Jésus : étoile et chemin! - Mt 4, 12-23

Jésus choisit d'habiter Capharnaüm, périphérie existentielle proverbiale! Ce pays de l'ombre, illuminé par la présence de Jésus, est devenu icône du royaume. L'étoile qui a guidé les mages va-t-elle nous conduire vers les périphéries? Notre coeur serait-il chatouillé... par les appels répétés du Pape François? Le Royaume serait-il proche?

Le signe d'un coeur touché : le retour par un autre chemin. Mais lequel? Quelle étoile suivre pour pénétrer dans Capharnaüm, cette «crèche» permanente des pauvretés humaines habitée par une Présence que ne soupçonnent guère des gens trop imbus d'eux-mêmes, confortés dans leurs croyances! Ne craignons pas, Jésus déblaie un chemin neuf au bord des eaux. Il nous voit, hommes et femmes, dans des barques fragiles, séparées les unes des autres, petits clans de sauve-qui-peut pour s'arracher un pain quotidien. Il nous voit, nous appelle par notre nom. Son regard a tout pour séduire sur-le-champ, nous attacher à  lui jusqu' à laisser nos sécurités et plonger avec lui dans l'insondable profondeur des eaux pour être avec lui pêcheurs/pêcheuses d'humanité.

Être du royaume annoncé par Jésus, c'est d'abord nous laisser adopter par son Père et nous adopter mutuellement comme frères/soeurs. Dans l'évangile d'aujourd'hui, de deux paires de frères séparés, Jésus fait, avec lui, une communauté de cinq frères! Bien sûr, ce sillage est très différent des voies à sens unique réservées pour petits groupes d'initiés, mais isolés par les liens étroits de chair et de sang, de lois et de traditions!

Jésus vient de chez Dieu avec, au coeur, la certitude brûlante qu'en suivant sa Loi d'amour, étoile qui clignote en nos coeurs, nous, êtres humains tant aimés par son Père, nous serions plus heureux. Il l'a vu, lui, Dieu et son royaume! Puis-je faire confiance à ce témoin privilégié? Habiter Capharnaüm avec lui?

Première messe! - Lc 2, 22-40

Beau rendez-vous d'humanité au temple! Grâce à l'offrande d'un enfant nommé Jésus. Première messe sur le monde! Messe apparemment présidée par un homme et une femme qui exercent les ministères d'accueil, de bénédiction, de prophétisme. Mais, à bien y penser c'est celui qu'on présente, Jésus, qui préside à tout!

Siméon, dont le nom signifie «qui écoute», vient au temple, poussé par l'Esprit. Prenant l'enfant dans ses bras, il reconnaît en lui la lumière depuis longtemps espérée. Consolé, il peut mourir en paix, l'avenir des nations est assuré. Il bénit les parents et prophétise que leur enfant, comme tout enfant, fera souffrir car il remettra en question les certitudes acquises. Anne, dont le nom hébreu signifie quelque chose de la «grâce», est, comme la grâce, permanente présence de gratuité au temple. Survenue à temps, elle voit dans l'enfant non seulement une consolation  mais une délivrance. Elle va parler de cet enfant aux hommes et aux femmes qui espèrent une délivrance comme on attend une naissance!

Quels beaux personnages pour cette première messe! Merveilleuse harmonie entre hommes et femmes, passé et avenir, pauvres et riches, parole et action! Harmonie réalisée par la présence d'un enfant. Amené par un couple de pauvres, offert à Dieu comme un pauvre, reconnu, accepté par les habitué-e-s du temple, Jésus retourne à Nazareth pour y grandir devant les siens comme devant Dieu et s'exercer à regarder chaque personne rencontrée en priant «NOTRE» Père. Il sera offrande accomplie quand, le voile du temple déchiré, sa véritable identité sera manifeste : Fils de Dieu, rassembleur d'une multitude d'hommes, de femmes!

Jésus ressuscité s'offre encore dans et par l'offrande sacrée de nous-mêmes, il préside au don quotidien de nos vies. Puissions-nous ajuster notre regard au sien pour prier en vérité : «NOTRE» Père!

Grain de sagesse! - Mt 5, 13-16

Jésus se regarde dans le miroir qu'est la sagesse du Père et il nous voit. Sel de la terre, il nous désire sel de la terre. Lumière du monde, il nous désire lumière du monde! Puissions-nous  désirer ardemment l'être avec lui quand nous nous regardons dans le même miroir! En Jésus, nous sommes grains d'une sagesse nouvelle, rayons d'une lumière sans déclin! 

Saint Paul semble avoir compris de quel sel parlait Jésus, quel sel était Jésus : grain d'une sagesse jusqu'alors inconnue! Sel dont la nature mystérieuse s'est manifestée en passant par la croix, machine broyeuse des sagesses humaines. Paul sait que ce sel ne doit pas se dénaturer s'il veut offrir, dans sa présence enfouie ou simplement répandue au sol, sa puissance de conservation, de saveur ajoutée, sa modeste utilité été comme hiver. Comment être grains de sel dans notre environnement sans être extraits du même gisement d'amour que Jésus pour nous offrir avec lui, grain à grain?

Isaïe, ancien prophète, semble avoir expérimenté la beauté d'une maison où ténèbres deviennent lumière de midi! Le pain y est partagé, le malheureux accueilli et revêtu, paroles, gestes et attitudes sont fruits de l'amour. Le prophète rêve que toute la terre devienne cette maison! Des bergers, en pleine nuit, des sages, à la suite d'une étoile, ont entrevu l'univers comme une maison en pleine lumière de midi quand Jésus est né. Lumière ensuite cachée dans la maison de Nazareth puis éclairant pendant quelques années nos voies enténébrées,  enfin illuminant tout l'univers en surgissant du tombeau. Comment être lumière dans notre petit patelin sans demeurer intimement branchés avec Jésus sur le réseau de la Source lumineuse qu'est le Foyer divin pour nous donner avec lui de petite étincelle en petite flamme?

Réflexes d'évangile... - Mt 5, 17-37

Méditant l'évangile d'aujourd'hui, j'ai pensé au marteau dont le médecin frappe nos genoux pour vérifier notre santé. J'imagine Jésus testant la vérité de notre vie à sa suite par la qualité de nos réflexes. D'où viennent spontanément nos paroles, gestes, attitudes, jugements?

Beaucoup de réactions viennent de ce que nous avons appris ou subi depuis le ventre maternel et dans tout autre environnement. Nous avons appris par les sens, les émotions, les contacts. Nous avons enregistré enseignements, slogans, préjugés. Nos réflexes viennent souvent de ce que notre corps a mémorisé. Ils sont, dépendamment de qui nous touche, de ce qui est touché,  spontanément de colère ou de joie, d'exclusion ou d'accueil, de rancune ou de pardon. Dans chaque culture, chaque personne, se cache comme un «petit noyau dur» de l'appris, qu'on dit «aller de soi». Inconsciemment aveugle, il risque de rester sourd aux coups de sonde de Jésus, aux mouvements du coeur. Nos réactions le trahissent et ça nous gêne...

Reconnaissons-le, nous n'avons pas suffisamment appris à écouter notre coeur! Jésus demande de réapprendre en écoutant la Parole d'amour qui chante au coeur depuis l'origine. Il sait de quoi il parle! Lui, en toute rencontre, il avait le réflexe de l'amour, le geste, la parole, l'attitude qui font du bien. Il invite à syntoniser nos vies à cette sagesse d'amour qui dépasse toute sagesse humaine, à choisir l'unique grande richesse à portée de tous : la vie. Ce choix radical en faveur de la vie, magnifique réseau de relations, peut amener à des prises de conscience, donc à certaines amputations dans ce que nous regardons, dans nos manières de regarder, de prendre, de bâtir, dans nos courses effrénées, notre sur-place stérile.

Que lumière se fasse au coeur! Les yeux, les mains, les pieds suivront!

Comme notre Père! - Mt 5, 38-48

Jésus révèle le «noyau» d'où vient sa demande de tout réapprendre à neuf : il nous sait du même Père que lui! Il nous propose donc rien de moins que de devenir avec lui parfaits comme NOTRE Père est parfait. Il ne nous demande certes pas l'impossible...

Aucune pomme n'est parfaite! Sauf celle en plastique, donc vide! Comment être pleins de vie et parfaits? Extérieurement la pomme artificielle est parfaite : couleur unie, belle forme. Mais sans poids! Jésus ne peut pas parler de cette perfection-là : «correctitude» évaluée selon des codes de beauté cosmétique... Que de bêtises au nom du «perfectionnisme», de la peur de pécher qui nous tournent vers nous-mêmes non vers NOTRE Père!

Comment être parfait comme NOTRE Père? Ne serait-ce pas en assumant simplement notre vocation humaine? Comme Jésus, nous sommes nés pour aimer. Jésus a amoureusement obéi à la commande intérieure qui chante fidèlement en toute personne. Ça se manifestait dans ses réflexes quotidiens : le soleil et la pluie pour tous, la prière pour les ennemis, le petit quelque chose de plus, d'encore plus... En croix, il s'écrie que tout est accompli, parfaite plénitude dont le poids est 100% d'amour.

De vieux slogans engendrent un monde de folies meurtrières : «oeil pour oeil, dent pour dent», «si tu veux la paix, prépare la guerre». «Aimez comme le Père nous aime», Jésus sait que ce leitmotiv livre le seul secret d'un monde plus humain. Expérimentant que le Père donne l'amour pour aimer, Il ne demande pas l'impossible! Nos péchés ne lui font pas peur! Mais ils nous font du mal. Remué dans ses entrailles comme SON/NOTRE Père, Jésus prend sur lui notre mal.

Ne craignons donc pas, «au terme, nous ne serons plus qu'Amour» (Marie de l'Incarnation), parfaits comme NOTRE Père!

Écouter la nature! - Mt 6, 24-34

Quiconque enfouit une semence en terre espère récolter les meilleurs fruits au monde. Avec des bonnes pommes, on aura, par surcroît, des bonnes tartes, du bon cidre... On s'engage, d'abord, non au service des livres qui parlent des pommes ni des vendeurs qui veulent en tirer profit, mais au service de la «nature» de pomme inscrite dans la semence. On fait tout, chaque jour, pour offrir l'environnement favorable à l'éclosion des fruits.

Jésus invite à dialoguer avec la nature pour en écouter les secrets. Il nous éveille ainsi à notre nature à nous, à cette vocation intérieure qui est semence d'un vivre ensemble plus harmonieux. «Le livre de la Nature, le livre des Écritures et le livre du coeur entrent en résonnance et nous découvrent la Présence de l'unique Logos...» (J.Y. Leloup). La Nature, dont la loi est inscrite dans les êtres, est cependant première! Une mère oublie-t-elle l'enfant de ses entrailles?

Cherchons d'abord à écouter notre nature profonde pour vivre au meilleur de nous-mêmes, rappelle Jésus. Cherchons à être ce que nous sommes appelés à devenir les uns pour les autres, le reste viendra par surcroît : la paix, la joie, la justice, l'harmonie, le pain quotidien. Nous inquiéter pour demain paralyse notre aujourd'hui et embrume nos horizons. Le souffle qui nous a mystérieusement tissés au ventre de nos mères n'a pas fini de nous mettre au monde ensemble. Il nous tisse en ce moment dans ce grand ventre d'univers dont la conscience toujours vive, mémoire des origines, tient patiemment promesse.   

Les mages sont partis sur un signe de la nature. Hérode eut recours aux savants connaisseurs  des Écritures mais est resté chez lui à se faire de la bile pour son avenir de roi...! Le surcroît ne fut certes pas le même...

Quelle solidarité - Mt 4, 1-11

Accompagnons Jésus au désert, c'est bon pour l'espérance. Aussitôt confirmé fils bien-aimé par Dieu, Jésus est poussé au désert par le Souffle... Le désert : image d'une vie à traverser. Le chiffre 40 symbolise la durée historique d'une existence... Naître c'est être poussés dans le monde par le Souffle qui nous a tissés. Nous y avançons sans voir Dieu ni la terre promise. Mais loin d'être laissés à nous-mêmes, nous avons une boussole intérieure : la Parole. Comme en Jésus, elle garde la direction du lieu invisible qui nous attire.

Faire fi de notre boussole intérieure, c'est risquer de nous retrouver dans de regrettables impasses, comme Adam et Ève qui obéirent à une proposition venue de l'extérieur. Dès l'origine, notre coeur est fait pour désirer la vie plutôt que la mort. Humainement solidaires du premier couple, nous nous affolons parfois en flairant ces voix qui sollicitent de partout et qui ne mènent nulle part.

Heureusement, Jésus a expérimenté la traversée du désert. Prenant le temps d'y entendre les voix qui tentent de séduire, il a choisi d'écouter celle que murmurait la Parole gravée dans son coeur. Cette Parole inspira ses réponses spontanées aux appâts du diviseur... Saint Augustin, à l'ouverture du Carême, écrit pour commenter un psaume : «Si c'est en [Jésus] que nous sommes tentés, c'est en lui qui nous dominons le diable. Tu remarques que le Christ a été tenté, et tu ne remarques pas qu'il a vaincu? Reconnais que c'est toi qui es tenté en lui; et alors reconnais que c'est toi qui es vainqueur en lui.»

Nous qui partageons cette certitude d'être plus solidaires en Jésus qu'en Adam, comment traversons-nous notre désert? En prêtant l'oreille aux mouvements de notre boussole pour choisir avec Jésus les chemins vers la Vie?

"C'est mon Fils!" - Mt 17, 1-9

Un homme venu de loin visite sa mère au centre d'hébergement. On l'avait prévenu qu'elle ne le reconnaîtrait pas. En pleine messe, son fils assis tout près d'elle, soudain un bref éclair de conscience l'illumine : «C'est mon fils!» qu'elle s'écrie en secouant le bras d'une voisine! Les larmes sont montées aux yeux de plusieurs, dont le président d'assemblée qui ne put que faire silence! Quelle joie pour le fils que cette parole qu'il n'osait espérer! Joie partagée par l'assemblée. J'ai aussi souvenir d'un homme qui, soudainement, s'est écrié : «Dieu est mon père et je ne le savais pas! Il l'était avant aujourd'hui! Il est le Père de mes enfants, un jour ils le sauront! Je ne serai plus inquiet pour eux»!

Comment ne pas éclater de joie! Nous sommes tous ensemble sous la même nuée quand le Père s'écrie : «C'est mon fils!». Lui, notre Père, nous voit et nous reconnaît de la même origine que son Fils Jésus. Il ne peut voir Jésus sans nous voir toutes et tous! Nous sommes, pour Lui, un seul et même Enfant. Heureux nos yeux si, un jour, comme ce fut le cas pour les apôtres, nous voyons ce que voit notre Père : Jésus seul parce tous et toutes nous formons son corps... Quelle émouvante humanité!

«C'est mon fils!»; «Dieu est mon Père et je ne le savais pas, il est le Père de mes enfants!» Que demander sinon qu'une fois dans sa vie chaque être humain, homme ou femme, tout simplement assis près d'une autre personne, entende, à son tour, cette unique parole toujours sur les ondes que notre Dieu, à la fois Père et Mère, dit avec amour : «C'est mon fils!», «C'est ma fille!». Que toute vie en soit transfigurée!

Dieu aurait-il soif? - Jn 4, 5-42

Nous connaissons l'héritage reçu des ancêtres. Si nous savions le don reçu de Dieu! Dieu et les humains se cherchent. En soif l'un de l'autre, ils se croisent en d'étonnants rendez-vous. Alors que la fatigue pèse lourd et brille le soleil, ils descendent du puits des ancêtres au puits plus profond de l'origine! Leur rencontre : un échange de dons, de personne à personne!

Jésus, le premier, demande à boire. Serait-il le plus assoiffé? L'humanité, dans la samaritaine, cherche, à tâtons, l'eau dont la source cachée l'aiguillonne pourtant du dedans. Comme une boussole cherche le nord, l'humanité est en quête du don déposé en elle dès l'origine pour qu'il fructifie : l'«incroyable puissance d'aimer».

De quoi Dieu aurait-il soif? D'abord d'un vide pour l'accueillir, espace offert par la femme quand elle dit : «Donne-moi de cette eau!». Que lui manque-t-il encore pour combler son attente? «Va chercher ton mari», dit Jésus à celle qui lui avoue ne pas avoir de mari! Quand elle lui donne cet échec relationnel, Jésus lui partage son identité. Venue en clandestinité, elle repart changée en «créature nouvelle». Dans saint Jean, l'émouvante et ultime requête de Jésus en croix, «J'ai soif!», est fort révélatrice. Quand on lui donne du vinaigre, heureux dirait-on d'avoir enfin accompli sa mission, Jésus soupire : «Tout est achevé!». Le véritable échange est enfin réalisé. L'«être nouveau» est là! En Jésus, Dieu assume notre péché et nous garantit son amour. «Je vous supplie, écrit Paul, laissez-vous réconcilier avec Dieu! Celui qui n'a pas péché, Dieu l'a fait péché pour que notre péché ne nous soit plus compté».

Comblons la soif de Dieu en lui donnant notre vide et ce qui acidifie nos relations quotidiennes! Accueillons, de notre héritage, l'Amour surabondant! Ô merveilleux échange!

 

La boue sur nos yeux! - Jn 9, 1-41

Jean a écrit pour nous. Pour qui la boue sur les yeux de quelqu'un qui, déjà, ne voit pas? Se pourrait-il qu'elle soit pour nous qui pensons pourtant voir? Faudrait-il laver nos yeux d'aveugles dans le regard de Jésus, l'Envoyé du Père? Dans l'évangile du jour, l'homme né aveugle se lave les yeux à la piscine de Siloé ( = l'Envoyé) et il voit alors les êtres autour... Chassé du temple, il les lave dans les yeux de Jésus et voit l'invisible!

Quelle boue embrouillerait les yeux des voisins que nous sommes? Les habitudes, les préjugés, les étiquettes, les «ça ne se peut pas qu'il change», «qui a bu boira», «c'est quelqu'un qui lui ressemble» et quoi encore? Quelle boue masque nos yeux de parents, de membres d'un groupe? La peur d'être exclus de la gang, de la famille, de la communauté, par des personnes qui s'arrogent le pouvoir d'exclure, d'excommunier? Peur qui empêche de se prononcer quand on sait et qu'on trouve prétexte pour se laver les mains? Péché d'omission!

Quelle boue, malheureusement tenace, couvre nos yeux de possibles pharisiens? Celle des certitudes religieuses acquises, d'une mainmise sur un Dieu qui a parlé autrefois et ne parlerait plus aujourd'hui? Un Dieu qui, à nos yeux, n'habite pas d'abord le coeur et le temps mais renfermé dans le sabbat et dans le temple bâti de mains humaines, là où on ose juger et condamner en son nom au lieu de le révéler?

Est-ce surprenant que, chassé par les tenants du pouvoir religieux, l'homme guéri rencontre Jésus à l'air libre! Souvenons-nous : Jésus n'est pas venu sauver le temple, mais le monde! Dites : que peut-il rester de lumineux dans le temple quand la Lumière du monde, Jésus, est jetée dehors?

Quand vivre est pire que mourir! - Jn 11, 1-45

Un récit pour l'odorat... Il faut sentir ce que sent Jésus en entrant dans la maison de Béthanie : la même atmosphère que celle dans laquelle il avance car des responsables religieux veulent le tuer et qu'il leur échappe.

En route, Jésus parlait de la mort naturelle comme d'un réveil; il entre là où ça pue la mort. Les signes d'un milieu mortifère sont évidents. Reproches : «si tu avais été là!». Cachotterie : «Marthe parle en secret». Sarcasme : «S'il l'aimait tant que cela, il aurait bien pu...». «Il ressuscitera à la fin des temps...»: croyance d'une vie pour après la mort, consolation qui endort au lieu d'une parole qui dynamise... Marinade dans le deuil : «Ça fait quatre jours». Le temps du deuil, symboliquement, ne dépasse pas trois jours; prolongé, il empoissonne la vie (Sir 38, 16ss). Quoi encore?

«Un malade!», dit-on, pour parler de Lazare! Béthanie n'est pas dit son village mais celui de Marthe et de Marie qui envoient dire à Jésus non pas : «celui que nous aimons» mais «celui que tu aimes!»... Ce pourrait-il que Lazare ait étouffé dans un milieu où il semble ne compter ou  avoir son espace! Heureusement : Jésus, lui, aime Lazare! Je comprends qu'il pleure et lui crie : «Sors dehors!» puis qu'il commande à  son entourage : «déliez-le et laissez-le aller!» Que de chaînes étouffent la vie! Certaines conditions de vie sont pires que la mort elle-même. Avez-vous jamais eu envie de crier à une personne aimée : «sors de là!»? 

Au chapitre suivant, Jésus retournera dans cette famille où on réclame aujourd'hui sa présence. La maisonnée sera alors remplie d'un précieux parfum généreusement répandu. Le signe que l'amour est donné et qu'il circule : ça sent bon la vie! 

"Mon Dieu, mon Dieu! Pourquoi?" - Mt 26, 14-27, 66

Plus j'écoute ce cri de Jésus plus je comprends combien quelqu'un peut se sentir abandonné de Dieu quand il est largué par ses proches, par les personnes sur qui il comptait le plus. À quoi bon alors un Dieu sourd-muet lui aussi quand on soupire d'entendre sa voix même tout bas, tout bas? Un Dieu qui a promis que même si une mère abandonnait son enfant, lui jamais! Pourtant, j'aime contempler Jésus drapé du silence de Dieu, criant, avec tant de frères et de soeurs: «pourquoi m'abandonner, mon Dieu?».

Je revois une femme rencontrée dans un autocar. Elle lisait sur mon teeshirt l'expression imprimée à la verticale : «Célébrer une présence»... Ses yeux croisant les miens, elle dit : «Si seulement on sentait cette Présence!». «C'est vrai, lui dis-je, elle est parfois camouflée par les nuages». Au bout d'un temps, nos yeux se rencontrent à nouveau : «Si les nuages pouvaient s'ouvrir un peu!», soupire-t-elle. Quittant l'autocar, je la touche et lui dis : «madame, je vais penser à vous, c'est promis». Je tiens encore promesse, je lui donne rendez-vous dans la Présence et d'autres visages concrets s'ajoutent... et s'ajoutent encore, défigurés par la souffrance, le sentiment du vide!

J'avoue cependant en arriver à croire, à mes dépens, que Dieu est peut-être le seul à ne pas s'inquiéter de nos angoissantes nuits sans étoile. Sinon, comment pourrait-on spontanément crier vers Dieu comme on crie «maman»? Une mère oublie-t-elle son enfant? Dieu peut se permettre d'être discret, caché même, car il EST et il connaît les clauses de notre assurance-Vie! J'aime quand même ce Dieu libre qui n'impose pas sa Présence... quitte à le sentir froidement absent parfois! «Dieu est là et je ne le savais pas» s'est écrié Jacob, mon frère de combat. 

Quand il fait encore sombre! - Jn 20, 1-9

Souvent il fait encore sombre quand nous allons auprès du corps d'un être cher confié au salon funéraire. Même si c'est de grand matin! Nos yeux brouillés supportent mal les rayons du soleil levant. Nos coeurs «enchagrinés» sont peu ajustés à la lumière! Trop de souvenirs ont sombré!

Combien de temps faut-il pour voir la pierre enlevée du tombeau des personnes qu'on aime comme celle enlevée du tombeau de Jésus? Vers qui allons-nous, affolés, pour dire que nous ne savons pas où sont rendues ces personnes que nous avons aimées? Certains se mettent à courir, comme Pierre et Jean, pour essayer de savoir. Les personnes qui aiment courent plus vite peut-être et, par gêne ou respect, laissent les autres passer devant, ceux-là ou celles-là qui n'aperçoivent que les quelques reliques laissées là, souvenirs sans âme qui sentent encore l'odeur des disparus! Combien ruminent, tristement seuls, ces interrogations qu'ils n'osent guère partager!

Mais la personne qui aime et qui se sait aimée, comme le disciple Jean, a peut-être, la première, cette intuition d'une présence. Comme si sa peau était effleurée par le Soleil levant! Comme si, se sentant à nouveau reliée à l'être aimé, elle expérimentait la relation qui ressuscite autrement, tellement autrement...

Alors la pierre est roulée! Le coeur exulte, tout prend sens! La mort n'est plus. La vie est vivante puisque la relation est là pour rester... jamais plus limitée au temps, à l'espace. Partout, à chaque instant, les êtres se rencontrent dans l'infinie Présence! Si c'était cela l'amour plus fort que la mort, la lumière victorieuse des  ténèbres! La mort est une contrariété terrible, mais j'ai la certitude que le désir de relation durable ne peut être trompé! Nés pour aimer, pourquoi ne vivrions-nous pas à jamais en Jésus ressuscité?

Qui peut croire sans voir? - Jn 20, 19-31

Le ressuscité entre toutes portes closes. Heureusement! car les disciples doivent être deux fois déverrouillés. Une première fois, de la peur, mais de quoi donc la deuxième fois?

Jésus répand son Souffle sur ses disciples et les envoie... Huit jours plus tard, ils sont encore verrouillés. Thomas, absent la première fois, est là maintenant. On lui a dit : «Nous avons vu le Seigneur!» J'ai l'intuition que Thomas, loin d'être naïf, nous fait découvrir la clé de l'autre cadenas. Il garde sûrement souvenir des avertissements de Jésus invitant au 'doute critique' quand on parlerait de son retour : «On vous dira qu'il est ici ou là, ne le croyez pas!» Thomas, averti, ne veut rien entendre d'un fantôme. Il a connu son maître marqué de blessures. Il demande, pour le reconnaître, de toucher ses mains et son côté.

Thomas vient, me semble-t-il, briser le verrou d'un certain idéalisme ou perfectionnisme, cet état d'esprit qui fait qu'on s'aimerait soi-même si on était parfait, qu'on aimerait l'Église si elle n'avait pas telle blessure, qu'on aimerait l'autre si ce n'était son fameux défaut. Illusoires fantômes, car ça n'existe pas cette réalité-là! Quand des jeunes ou une nouvelle communauté disent vivre une relation paradisiaque, j'ai envie de répondre : «Si je ne mets ma main dans vos plaies, je ne croirai pas!».

Le ressuscité n'est pas un fantôme. Nous sommes son corps, corps aux mille blessures, mais engagé dans un lent processus de transfiguration. Heureux qui croit en l'autre maintenant; heureux qui croit en son enfant sans attendre de voir ce qu'il peut devenir... Heureux qui a cru en Jésus quand il vivait tout près des gens, humble habitant de Nazareth! Heureux qui croit en Lui présent aujourd'hui dans toute chair, même défigurée!

Reste avec nous! - Lc 24, 13-25

Nous sommes dans la situation des disciples d'Emmaüs. Jésus ressuscité marche avec nous sur nos routes mais nos yeux sont souvent empêchés de le reconnaître. Qu'est-ce qui brouille notre vision? À quel signe reconnaître sa présence?

«Écouter pour voir» clame Radio-Canada. C'est peut-être ce que nous écoutons, donc ce par quoi nous sommes affectés, qui nous empêche de voir clair. Comme les disciples, nous marinons parfois dans les événements du passé : «Dans notre temps!» - «Tu ne sais pas ce qui s'est passé à Jérusalem!». Jésus est pourtant le seul à savoir... car il est passé, il a expérimenté la Vie plus forte que la mort. Heureusement, il les laisse se décharger le coeur!

Quand leurs coeurs sont libres pour une nouvelle intelligence, l'étranger leur rappelle la promesse cachée des Écritures, promesse éteinte pour eux tellement leur espérance semble morte. Peu à peu leur coeur est tisonné par une Parole chaude. Invité à entrer avant la nuit, l'étranger rompt le pain, geste réconfortant, tant de fois vécu en faisant route avec Jésus. Comme s'il faisait jour, leur vision s'ajuste à la nouvelle présence de Jésus alors même qu'il disparaît à leurs regards. Ayant repris souffle ils retournent vers la communauté.

C'est au souffle reçu que nous reconnaissons la présence du Ressuscité. Épousant visages d'étrangers, de jardiniers..., il marche toujours avec nous. On le reconnaît au souffle qui rallume l'espérance. Le connaître, Lui, c'est expérimenter «la puissance de sa résurrection», écrit saint Paul. Heureux-se qui flaire sa Présence quand, sous mille apparences, il réchauffe le coeur!

Le repas d'Emmaüs n'est pas un repas d'arrivée, c'est un repas de route. Promesse tenue au fil des siècles, il nourrit de Présence et envoie multiplier les alliances fraternelles. Jésus ressuscité reste vraiment avec nous!

Par quelle porte entrer? - Jn 10, 1-10

Jésus recommande d'entrer par la porte si nous voulons prendre soin les un-e-s des autres comme un berger aimant ses brebis. Il ajoute qu'il est la Porte et que le portier ouvre à qui connaît le «mot de passe». La porte, serait-ce notre identité de fils ou de fille de Dieu? Et le mot de passe : «nés pour aimer»!

Vouloir entrer en relation avec une personne parce qu'elle est bien vue, vient d'une famille noble, tient bon compte en banque ou bon lobbying aux bons endroits, même pour l'amour de Dieu, c'est comme vouloir escalader des murs espérant tirer profit, extorquer quelque bien ou, inconsciemment peut-être, avoir bonne conscience. C'est fort risqué qu'on s'esquive si jamais l'eau devient trop chaude, qu'on veuille sauver sa peau. Car en fait, aucune relation profonde et durable n'est alors établie. Le bon berger n'envoie personne mourir à sa place, il donne sa vie pour les siens parce qu'il leur est lié en profondeur d'être.

Entrer chez l'autre par la porte, c'est se présenter, pieds nus, au seuil d'un lieu sacré où coule la même source vive, désirer faire alliance pour écouter ensemble la même voix, celle du souffle qui vient de Dieu et qui¸ une fois en nous, reconnaît la voix de Dieu pour l'avoir déjà entendue. Aimer l'autre, en vrais bergers/bergères, ne serait-ce pas nous offrir mutuellement bon pâturage, nous donner espace de liberté dans la confiance mutuelle, désirer vivre et faire vivre jusqu'à donner sa vie? Avec l'espérance au coeur, car chaque jour est sûrement jour «porte ouverte» chez le Père Portier! Ne tient-il pas à nous comme à la prunelle de ses yeux? Des places nous sont réservées dans sa Présence. Pourquoi ne pas les occuper ensemble dès maintenant!

Regards croisés! - Jn 14, 1-12

Jésus se dit « Voie, Vérité, Vie» pour quiconque consent à le suivre «par coeur». En route, il déclare: «qui me voit voit le Père».

Plusieurs ont vu Jésus sans le voir, avec une arrière-pensée au coeur, les yeux trop fuyants pour croiser son regard. Ils n'ont vu qu'un galiléen! Que puis-je voir de Dieu en voyant Jésus? Mais que verrai-je si je ne regarde pas Jésus me regarder?

Regarder Jésus me regarder quand il accepte que j'embrasse ses pieds... ou me supplie de le laisser laver les miens! Regarder Jésus me regarder quand nous sommes tous deux en croix et qu'il m'affirme que je suis déjà avec lui ou quand il prie son Père de me pardonner parce que je ne sais pas ce que je fais... Regarder Jésus me regarder quand je tremble à imaginer des pierres levées contre moi... ou quand j'entasse des cailloux qui pourront lapider... Regarder Jésus me regarder quand je viens de faire comme si je ne le connaissais pas... Et pleurer de joie quand je vois dans ses yeux un amour plus qu'humain, un amour plus fou encore que celui d'un parent de chair et de sang! Je sais maintenant le chemin! Qui regarde Jésus dans les yeux sait que son regard ne peut être qu'un regard où transite le feu brûlant de l'Amour même!

Mais voir Jésus c'est aussi rencontrer l'Être humain dans sa vérité vraie! Pilate répond lui-même à son «qu'est-ce que la vérité» quand il proclame son «Voici l'Homme!» : un regard plein d'Amour! Comment faire des oeuvres plus grandes que celles de Jésus sans, à travers lui, sentir Dieu me regarder plus amoureusement qu'un père, une mère ne sauraient faire? Que je me voie dans ses yeux et lui dans les miens!

Jamais orphelins! - Jn 14, 15-21

Les générations passent! Un jour ou l'autre on est orphelin de ses parents! C'est plus difficile quand quelqu'un est encore petit; fragile, il doit se débrouiller, compter sur les autres! Jésus affirme qu'il n'est pas question pour lui de partir en laissant des orphelins, il va demeurer avec les siens.  Certains ne le verront pas mais les siens le verront vivant. Mais où le verront-ils? Jésus dit : ils se verront eux-mêmes vivants. La vie est lumière!

Saint Paul a sûrement compris cela pour écrire : «l'espérance ne nous décevra pas car l'Amour a été répandu dans nos coeurs par le Souffle Saint qui nous a été donné!» À notre origine le Souffle divin est en nous mémoire vive d'une promesse à tenir. Avec Jésus, nous naissons de Dieu comme ruisseaux de la Source. Heureux le ruisseau qui voit la source en lui et dans les autres! J'ai demandé à des personnes intellectuellement handicapées comment un ruisseau connaît sa source. Une femme murmure: «c'est la même eau»! Elle exprimait spontanément une vérité tellement simple : ruisseau et source sont la même eau. Vivre, ce serait donc naître et croître à même la source d'Amour! Aimer quelqu'un, n'est-ce pas lui dire qu'il ne mourra pas! Un ruisseau peut-il devenir orphelin d'une source intarissable?

Nés d'un même Amour, même s'il a germé dans des terres différentes, nous sommes tous et toutes des vivants à jamais. Nous n'aurons jamais à nous débrouiller seuls, son Souffle nous anime du dedans et atteste notre parenté avec Jésus ressuscité. Fragiles, nous pouvons compter sur sa présence réelle qui se manifeste dans tous les êtres humains nés du même Amour : nos frères, nos soeurs. Heureux les coeurs purs, leurs yeux voient la Vie dans tout ce qui vit!  

«Église EN sortie»! - Mt 28, 16-20

Les disciples sont en Galilée, lieu de leur premier appel, là où Jésus leur a donné rendez-vous à nouveau avant de disparaître à leurs yeux. Entre foi et doute, ils sont mystérieusement  approchés par Jésus qui leur commande de façon ferme : «ALLEZ!». Voilà «l'Église EN sortie» chère au pape François! Jésus les envoie faire des disciples, prenant soin de leur faire connaître le seul pouvoir reçu du Père, celui d'aimer.

Comment appeler d'autres personnes à emprunter la voie de l'amour sans vivre d'abord, comme Jésus, l'expérience bouleversante d'un amour qui sauve de toute désespérance et urge à sortir vers l'autre? Que les disciples ravivent la grâce de leur première rencontre quand ils ont laissé leur père pour celui de Jésus, qu'ils sont passés de deux paires de «frères» à un seul groupe de frères  avec Jésus. Qu'ils se souviennent : il a dit qu'il ferait d'eux des pêcheurs d'humanité dans le vrai monde où ils seraient plongés non pour juger leurs contemporains ni les prendre dans des filets mais pour les délier et les envoyer respirer au large!

Disciples d'aujourd'hui, n'oublions jamais sa promesse d'être présent avec nous jusqu'à l'accomplissement de l'histoire. Avec nous quand nous sommes dans les filets du mal, dans le tunnel de la mort? Oui, même là, Il est avec nous parce qu'au plus secret de nous! N'est-ce pas dans des culs-de-sac que plusieurs personnes, telles des Jonas, ont expérimenté sa Présence? L'Emmanuel, Dieu-avec-nous, a pris nom humain : Jésus/Sauveur. Il a pris nom d'incarnation géographique : Nazaréen. Maintenant il prend nom de chair de chacune, de chacun de nous : «ce que vous faites au plus petit des miens, c'est à moi que vous le faites!». Sortons! Sortons vers les périphéries pour offrir un coeur brûlant d'une Présence!

Passeurs de Souffle! - Jn 20, 19-23

Page d'Évangile parmi mes préférées : la Pentecôte vue par saint Jean. Le Ressuscité entre, toutes portes closes, là où les disciples sont verrouillés par la peur. Il se tient au milieu d'eux, souhaite la paix, montre les marques laissées dans son corps par les événements des derniers jours. Comme au premier moment de création, le Vivant leur communique son Souffle de ressuscité pour qu'ils deviennent communauté de passeurs du Souffle. Ce sont des disciples greffés du Souffle vainqueur de la mort et du péché que Jésus envoie dans le monde comme le Père l'a envoyé. 

Le péché, dans saint Jean, c'est ce qui couple le souffle, empêche de vivre, ce qui brise les relations au lieu d'en prendre soin. Par le souffle qu'il donne aux disciples, Jésus désire aimer avec eux, en eux et par eux le monde tant aimé du Père. Nous sommes des communautés où l'amour est donné pour circuler librement, guérir et relever. Le fruit de l'amour, c'est la vie dans tous ses états et manifestations!

J'ai le sentiment que les communautés sont toujours à déverrouiller de leurs peurs. L'Église, pourtant belle, est verrouillée. Mais mon coeur se réjouit en réalisant que le Vivant entre encore toutes portes closes, souhaite la paix, montre ses  plaies, partage son souffle et envoie ses disciples les uns vers les autres. Bien sûr, les êtres humains sont loin d'être tous ensemble pour accueillir le Ressuscité. Il manque toujours quelqu'un ou quelqu'une. Même quand nous vivons quelque chose de très beau, il y a trop souvent une ou quelques personnes qui n'entrent pas vraiment dans le jeu. Tout le groupe se sent encore verrouillé d'une certaine façon... en attente d'une nouvelle visite... et il revient le huitième jour quand tous sont là, le Ressuscité! 

Un Dieu qui aime tant! - Jn 3, 16-18

Longeant la mer en cherchant à pénétrer le mystère de la Trinité, un théologien voit un enfant verser l'eau de la mer dans un seau. Il lui dit qu'il ne peut mettre toute la mer dans ce récipient. L'enfant répond que cela est plus facile que de vouloir comprendre le mystère de la Trinité... En fait l'eau de mer se dévoile dans ce peu d'eau qu'un seau «prend-chez-lui» : c'est la même eau. En goûtant au mince filet d'eau vive surgissant de nos profondeurs, n'approchons-nous pas le mystère de Dieu avec ses attributs?

Comment pressentir Dieu sinon par le désir? En soif les uns des autres et de plus grand, nous tenons bon grâce à l'amour reçu et donné au quotidien dans des relations que nous rêvons éternellement durables. Nous apprenons que nous sommes trois dans une relation : l'autre, moi et la relation. Mais de qui tenons-nous cela? Ne naitrions-nous pas à chaque instant d'un Dieu-Amour, source appelée «père» engendrant l'«Enfant» de même nature et qu'un souffle mystérieux garde vivant le flux de leur don mutuel? Marie de l'Incarnation a expérimenté dans sa chair cette dynamique trinitaire. Créés êtres-de-relations à l'image de Dieu, au «terme nous ne serons plus qu'amour», écrit cette femme qui a entendu Dieu dire : «Amour est mon Nom et c'est ainsi que je veux que tu m'appelles».

À l'Eucharistie, nous sommes accueillis au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit. Dieu est NOTRE Père, nous sommes SON unique Enfant en Jésus, animés de SON Souffle. Avant de partir, nous sommes encore enveloppés d'une bénédiction trinitaire, envoyés habiter l'univers, notre maison commune, prendre soin des relations espérant qu'ainsi, au terme de l'histoire, tout l'univers sera harmonieusement devenu la demeure «où l'Amour loge», comme chante Vigneault!

Tout nous est donné! - Jn 6, 51-58

Tout vient de Dieu affirme Jésus. Toute vie est fruit de son Souffle. Le pain donné par Moïse vient de Dieu. Donné par Marie-fiancée-à-Joseph, Jésus vient de Dieu. Affamés de Pain, de Parole, de Place, de Parcours, (4 «P» selon Maurice Bellet), des gens dévorent Jésus des yeux, des oreilles, du coeur. Inassouvis, ils recherchent sa présence en qui certains voient une visite de Dieu. 

Jésus se donne tout entier, corps et âme, pour que les siens demeurent vivants. Qui peut le comprendre sans avoir expérimenté ces rencontres qui ravigotent coeur et intelligence autant que le corps, renouvellent les forces à même un élan intérieur? Les paroles de Jésus choquent ceux qui, n'expérimentant que consommation et  pouvoir, s'en vont, scandalisés, chercher ailleurs quelque chose d'autre à dévorer. S'ils savaient le «don de Dieu»! La chair, comme le pain, passe vite. L'énergie qu'ils renouvellent demeure jusqu'au prochain repas. Voilà ce que des disciples ont compris du discours de Jésus pour avoir expérimenté le bien qu'il leur faisant et qui les gardait liés à lui après son passage. Jésus promet que son départ ne changera rien à cela.

Ressuscité, étrangement voilé sous nos visages humains, il marche avec nous, écoute nos déboires, ressuscite le sens des paroles déjà entendues. Comme les disciples d'Emmaüs, supplions l'étranger d'entrer chez nous. Attablés avec lui, le coeur réchauffé, que nos yeux s'ouvrent lors du partage du pain pour reconnaître sa présence au Souffle renouvelé. Requinqués, retournons, pour être, en mémoire de Lui, des passeurs/passeuses de souffle, sur la longue route d'humanisation! «Nourris de son corps et de son sang, remplis de l'Esprit Saint, accorde-nous d'être un seul corps». (P.E.III) Tout vient de Dieu. L'univers, rempli de son Souffle, est Corps et Sang! Tout nous est donné pour être donné!

Communautés à naître! - Mt 16, 13-19

De quelles expériences vitales peut naître une communauté d'Église aujourd'hui comme hier? Celles vécues par Pierre puis par Paul, dans des cultures, des circonstances très différentes, sont pourtant semblables dans ce qui est l'essentiel de la foi comme pierre d'assise d'une communauté chrétienne. Ces deux points de départ d'une expérience fondatrice nous interpellent aujourd'hui.

Pierre, fier pêcheur, confesse spontanément que Jésus, qu'il suit depuis quelque temps, est né de Dieu, alors que les autres comparent Jésus à quelqu'un du passé. Jésus révèle à Pierre que sa réponse lui est dictée ni par la chair ni par le sang, mais par Dieu qui l'instruit de la relation filiale que Jésus vit avec lui.

Paul, pharisien chevronné, ardent défenseur du Dieu de sa religion, est mandaté pour traquer, lyncher ceux qui sont devenus disciples de ce Jésus qu'on vient de crucifier et que certaines voix affirment vivant. Sur son «chemin de Damas», renversé, devenu aveugle, il apprend que le corps de Jésus n'a pas été détruit  par la mort, car il entend Jésus lui révéler que ceux qu'il persécute sont son corps vivant. Ce que Paul fait subir aux premiers disciples, Jésus, invisible, affirme le ressentir comme fait à lui-même. Quand tombent les écailles de ses yeux, Paul devient le passionné du Corps visible de Dieu dont Jésus, premier-né, est la tête.

Tant qu'il se trouve une personne qui, par expérience intérieure ou renversement inattendu, voit dans l'autre, même défiguré, un frère ou une soeur à accueillir, nous avons une semence de communauté. Le don de la foi, c'est de voir Dieu là où on ne le voyait pas! Sur cette foi est fondée l'Église. Foi dans un Dieu amoureux qui se fait chair de notre chair, présent de notre présence!

Rencontres reposantes! - Mt 11, 25-30

Jésus se désole à la vue de gens, sages et savants, qui ne flairent rien de Dieu dans ce qu'il accomplit sous leurs yeux. Il se réjouit  cependant d'en rencontrer qui, même païens, parlent de  «miracles». Émerveillé, il bénit spontanément le Père pour ceux qui, comme des enfants, le découvrent avec les sens de leur coeur.

C'est quoi un miracle? Selon un grand maître spirituel, c'est l'oiseau qui vole, la fleur qui s'ouvre, l'enfant qui sourit, et le plus grand des miracles, c'est la transformation du coeur humain... Le mot «miracle» monte souvent spontanément à nos lèvres : «c'est un miracle, la circulation est fluide!» ou encore : «miracle! J'ai été capable de parler en public!»; «un vrai miracle! dit une ado aux funérailles de sa grand-mère, tout le monde se regarde et se parle aujourd'hui!». On dit «miracle!» quand les choses sont comme elles sont censées être, font ce pour quoi elles sont là. Ainsi quand un coeur créé pour aimer se met à aimer, c'est le miracle des miracles! Et c'est reposant pour tout le monde. Ce coeur transpire quelque chose qui ressemble à  Jésus. Peut-on flairer Dieu en Jésus et dans ses oeuvres sans avoir en soi un avant- goût de la connaissance intime que Jésus et son Père ont l'un de l'autre?

Pendant que des savants attendent de Jésus des choses extraordinaires comme preuves qu'il vient de Dieu, des personnes simples voient en lui un envoyé de Dieu. Jésus respire à l'aise en compagnie de telles personnes. Comme Dieu, il cherche un lieu où reposer sa tête et son coeur! Il invite d'ailleurs les gens fatigués à venir s'atteler avec lui pour expérimenter combien ç'est plus léger de porter un fardeau à deux. Si c'était cela l'amour au quotidien!

Généreuses semences! - Mt 13, 1-23

Jésus prend le temps, avec ses disciples, de contempler une semence. J'ai le sentiment qu'il leur offre une précieuse clé pour comprendre, non seulement l'évangile, mais l'univers, de son origine jusqu'à son accomplissement. Dieu aurait bien pu faire des créations toutes achevées, arrivées à terme! Mais non, il fait des semences et nous les  confie. Quelle joie Dieu éprouve-t-il donc à nous voir émerveillés quand éclate en beautés la puissance cachée au coeur d'une semence!

C'est pourtant simple une semence! Une pauvre enveloppe, ventre où se love la mystérieuse promesse d'un avenir à n'en plus finir! La plus petite semence en arrive à faire craquer les rochers! Tant de semences! Semences porteuses d'une Parole créatrice et pourtant muettes dans nos mains. Semences aux multiples formes et couleurs! Semences ailées, semences humides, semences sèches. Semences oubliées dans nos coins secrets comme dans les pyramides des Pharaons mais toujours pleines d'une mémoire vive de fleurs et de fruits. Semences en attente patiente d'une terre ou d'un coeur au flanc ouvert pour y être accueillies en profondeur. Enveloppes qui se déchirent sous la poussée du secret mystère qu'elles ont protégé de leur mieux. Semences disparues pour s'être données en offrandes aux alliances fécondes.

Heureux qui se glisse dans la foi que Dieu a dans les semences qu'il donne en surabondance. Il est sûr, Lui, que sa Parole comme énergie sacrée, conscience universelle, ne lui reviendra pas sans avoir accompli sa mission! Dire que la capacité d'aimer est une semence enfouie au fond du coeur de chaque personne avec son histoire! Pourquoi ne réussirait-elle pas à donner ses fleurs et ses fruits en temps voulu?

Heureuse la personne qui, comme Joseph, prend chez elle ce qui vient de Dieu en si petit, si étrange, mais si puissant!

Sainte patience! - Mt 13, 24-43

Nous voyons facilement nos défauts et ceux des autres donc! Nous voudrions tant les exterminer pour toujours faire bonne figure. Quitte à hypothéquer l'avenir en arrachant les bonnes pousses avec les mauvaises! Nous trouvons aussi que certains fruits tardent à venir. Jésus ne pense pas ainsi!

Faut-il qu'un semeur fasse confiance au bon germe caché dans une semence pour demander de laisser pousser ensemble ivraie et bons grains en espérant la moisson! Faut-il qu'une femme soit sûre de la puissance d'une mesure de levain enfouie dans trois mesures de farine pour espérer voir  lever la pâte! Maman aurait dit que ça ne lèverait pas, qu'elle s'était trompée! Je me réjouis de penser qu'à l'origine un germe, un levain d'amour ait été mis en mémoire active en moi, dans les autres, dans les peuples, dans l'univers. Après coup l'ennemi a semé son ivraie dans le champ déjà ensemencé. Le bon grain de l'amour avait donc une longueur d'avance quand apparut l'ivraie. Comme une personne retire ses mains de la pâte qu'elle vient de pétrir pour laisser le levain travailler, ainsi Dieu s'est retiré de son oeuvre. Il compte sur son Souffle d'amour, enfoui en toute chose, pour faire lever sa création jusqu'à l'accomplissement de l'univers. Dieu espère patiemment des fruits savoureux, du bon pain. En tout cas, il a bien réussi en Jésus! Pourquoi pas en nous!

Amoureux-ses de la vie, glissons-nous dans la sainte patience de Dieu! Tout nous est donné! Tout a tenu jusqu'à ce jour...! Les bêtises humaines n'ont pourtant pas manqué! Le travail d'enfantement n'est terminé ni en moi ni en vous ni dans l'Église ni dans les peuples ni dans l'univers. Dieu est tellement certain que, mû par son amour, l'univers progresse! Qui donc pourrait détruire l'indestructible amour?

Quête de trésors, de perles... - Mt 13, 44-52

Michel Rivard chante le trésor, la «richesse qui dort dans le coeur des enfants mal aimés»! S'agirait-il du trésor caché dont parle Jésus? Une personne qui découvre un trésor caché dans un champ est prête à tout vendre pour acheter le champ, dit Jésus. De même, ajoute-t-il, quiconque trouve une perle de grande valeur est prêt à tout négocier pour acheter cette perle. 

Mus comme Jésus par un désir plus grand que nous-mêmes, nous cherchons avec tellement d'avidité trésors et perles qu'il nous arrive de ramasser beaucoup de choses dans nos filets, de consentir à toutes sortes de relations. Puis vient un jour où s'impose l'urgence de faire un tri pour conserver ce qui fait vivre, laisser aller ce qui est inutile ou dommageable.

J'ai souvent observé ceci : quand meurt une personne qui nous est proche on dirait que l'on ne voit plus que la vraie personne. Le trésor caché est comme dégagé de masques, de systèmes de défense. Ce que l'on trouvait difficile dans la relation, ce qui menaçait, agaçait, manies ou défauts, c'est comme si ça n'existait plus. Sinon comme un vêtement abandonné. Verrait-on alors la personne comme Jésus l'a toujours vue? Cela expliquerait-il que nous pleurions pour vrai quand meurt quelqu'un-e avec qui nous avons pu avoir mal à vivre? N'est-ce pas que remontent au coeur, à cette heure-là, ces moments sacrés, inoubliables, qui sentent toujours la beauté du trésor caché, de la perle découverte! 

Jésus nous parlerait-il aussi de lui-même sorti de chez Dieu pour acheter le trésor d'humanité caché dans l'univers? Aurait-il vu en chaque personne une perle de grand prix? Ne s'est-il pas donné passionnément pour entrer en relation avec les perles que nous sommes et que nous demeurons toujours à ses yeux!

Recette à continuer! - Mt 14, 13-21

Quelle faim pousse les foules vers l'endroit où Jésus se rend en barque? Elles le devancent alors qu'elles sont à pied. Quelle nourriture Jésus leur sert-il ensuite pour qu'elles oublient de manger?

Un ado souffrait de ne pouvoir parler avec son père. Quand il essayait, son père lui donnait de l'argent pour aller s'acheter quelque chose... Le jeune désirait une autre nourriture. Son père l'envoyait ailleurs. Les disciples, inquiets, proposent cela à Jésus : envoyer les foules ailleurs faire une épicerie. Jésus leur dit que pour ce dont les foules qui l'écoutent ont faim il est inutile de les envoyer ailleurs. Eux et les gens ont sur place de quoi se nourrir s'ils consentent à se donner eux-mêmes à manger. Qu'ils trouvent d'abord ce que des gens ont apporté comme fruits de leur travail (cinq pains) et ce que la nature donne (deux poissons). Qu'ils fassent asseoir les gens en petits groupes. Qu'ils prennent pains et poissons, lèvent les yeux vers Dieu pour reconnaître sa bénédiction dans les dons reçus. Qu'ils distribuent ensuite aux convives et ils verront qu'il restera toujours, d'une fois à l'autre, de bonnes réserves à partager!  

Les biens matériels ne manquent pas. Pour devenir bergers, les disciples ont dû apprendre à discerner une faim autre que celle de manger et de dormir : la faim de rencontres nourrissantes. Jésus a vécu une visitation signifiante avec une samaritaine. Il a ensuite dit aux disciples de regarder autour d'eux, c'est plein de gens qui attendent de ces rencontres où l'on prend le temps de se nourrir de présence mutuelle. 

Tant de gens affamés de relations! Pourquoi les envoyer ailleurs quand on a tout ce qu'il faut! Beaucoup de personnes suivent la recette de Jésus! Heureusement! Sinon que serait le monde devenu?  

"N'ayez pas peur" - Mt 14, 22-33

J'ai souvenir d'une nuit où mon père s'est levé pour contrôler le boeuf qui, détaché, encornait rageusement tout sur son passage. Comme papa revient de l'étable après avoir enfermé l'animal, j'entends maman crier : «Tommy, un fantôme!». Papa, de blanc vêtu, répond : «C'est moi, bondieu!». Maman avait-elle peur du boeuf au point de penser que mon père ne reviendrait pas vivant et qu'elle s'imaginait voir un fantôme?

Les premiers chrétiens, vivement apeurés par les forces contraires qui risquent de faire sombrer leur frêle barque, doutent-ils de la présence de Jésus au point de remettre en question qu'il est revenu vivant de la mort? Le prennent-ils pour un fantôme alors qu'il est bien réel? Pendant que la tempête s'élève et fait rage, Jésus, vainqueur de  la mort, n'est-il pas resté sur la rive, seul, à prier le Père!

Avec Pierre, nous apprenons que la foi n'est pas un défi lancé à Dieu pour qu'il nous fasse prématurément marcher sur les eaux! C'est plutôt un cri du coeur qui, dans la peur viscérale de périr, nous fait accepter la main tendue pour sortir de nos tempêtes ou embardées téméraires puis à remonter dans la barque avec la personne qui tend la main.

Jésus Ressuscité n'est pas un fantôme, mais une main tendue. Sur l'autre rive, il intercède pour nous. Nous ne pouvons pas encore marcher sur les eaux, mais nous sommes «em-barqués» pour naviguer ensemble, parfois contre vents et marées. Mystérieusement unis en Jésus, nous pouvons nous tendre mutuellement une main secourable. Des nôtres ont traversé l'épreuve et, en Jésus, prient maintenant pour nous. Peut-être sont-ils aussi présents dans nos affolantes nuits de tempête! Puissions-nous accepter les mains qui nous sont tendues et y reconnaître la Présence réelle de Celui qui nous aime!

Femme, ta foi est grande! - Mt 15, 21-28

Un couple découvre l'existence d'un remède capable de guérir leur enfant. La famille, les amis  vainquent tous les «impossibles» pour trouver ce remède dans un pays étranger. Comme c'est puissant un désir plein d'amour pour vaincre tous les obstacles et devenir réalité!

Pas facile, par exemple, de tenir tête au mutisme quand nous appelons au secours! Comment justifier ce refus de répondre, encore moins celui de Jésus quand on lance vers lui un S.O.S pour un enfant chéri! Pas facile de passer outre aux récriminations d'un club d'amis qui, dérangés par les cris d'un intrus, demandent qu'on leur fiche la paix. Encore moins, quand on fait appel à la personne pressentie comme l'unique planche de salut!

Pas facile de dépasser le jugement qui frise l'exclusion quand, étranger ou étrangère, on n'est pas de «la bonne gang», encore moins quand cela vient de Jésus de qui on s'est désespérément approché! Pas facile de subir le sarcasme d'être comparés à des petits chiens qui mangent les miettes tombées de table, surtout quand cela vient de Jésus qui, pourtant, mange avec des pécheurs! Pourquoi refuser d'accueillir cette soeur en humanité venue des territoires païens?

Quelle foi en Jésus, vu comme recours ultime, chez cette femme! Quel désir de voir sa fille enfin guérie! Elle ne recule devant aucun obstacle. Ce qu'elle veut, c'est que vive son enfant! Elle est prête, s'il le faut, à manger les miettes données aux petits chiens. Une seule miette, mais venue de Jésus dont elle a entendu parler, peut sûrement guérir son enfant!

Jésus est  profondément touché par la foi têtue de cette femme pourtant païenne. Il voit son désir devenir réalité! Au fond, notre désir est peut-être celui de Dieu lui-même qui tient tête en nous! 

"Qui suis-je, pour vous?" - Mt 16, 13-10

Je suis parfois tentée de savoir ce qu'on dit de moi! Me compare-t-on à d'autres? Combien me connaissent vraiment parmi les gens rencontrés? Certaines personnes sont rejointes par mes propos, d'autres, pas du tout. Alors, je me hasarde parfois à demander à mes véritables ami-e-s qui je suis pour eux, pour elles!

Quelle joie alors de rencontrer une personne qui pressent, qui effleure ce que je suis. Pas seulement comme fille de parents selon la chair et le sang, pas seulement comme celle qui fait des choses, pas seulement comme membre d'un groupe d'appartenance, pas seulement comme celle qui fait des bêtises non plus; mais selon mon nom unique, ce que je suis appelée à devenir en vérité, ce qui demeurera quand seront effacées toutes les lignes de mon pauvre CV.

Jésus, désirant savoir ce qu'on dit de lui, déclare Pierre heureux de toucher à ce qu'il est, au-delà de ce que disent la chair et le sang. Pour flairer en Jésus un fils de Dieu, Pierre a sûrement quelque chose d'un «enfant né de Dieu» en lui!

Sur cette fondation solide, la reconnaissance mutuelle d'une même origine sacrée, Jésus désire rassembler tous les humains. Tant qu'il y aura, sur terre, une personne qui, écoutant son coeur, reconnaît dans l'autre l'inviolable dignité d'être né-e d'un même Amour, tout sera possible. La Mort ne l'emportera pas sur cette alliance, car jamais elles ne seront ex-enfants d'un Dieu Amour!

Selon un sage, nous passons de la nuit au jour quand nous voyons dans l'autre un frère ou une soeur. Heureuse personne qui, se sentant plus grande que d'humaine nature, voit dans tout autre, un frère, une soeur à aimer! Elle est sûrement sensible à l'amour reçu en héritage qui, seul, donne la juste connaissance!

D'un Jésus "messie" à "fils de Dieu"? - Mt 16, 21-27

Pierre appelle Jésus non seulement «messie» mais «fils du Dieu vivant». Mais ça signifie quoi  ce titre de «fils de Dieu» en plus de «messie» alors que Jésus commence à dire qu'il souffrira? Pierre, en aparté, ose même le réprimander : «Dieu t'en garde, cela ne t'arrivera pas»! Jésus est dans la situation déjà vécue au désert. Satan, sous l'habit de Pierre, veut, à nouveau, barrer la route que Jésus entend suivre pour obéir au souffle intérieur.

À un tournant de sa vie, Jésus sent le temps venu de révéler que ce ne sont pas les actions d'éclats attendues d'un messie qui manifestent son identité véritable. En faisant de moins en moins de 'miracles' et en parlant de plus en plus de la souffrance, de la mort qui l'attendent, Jésus laisse soupçonner qu'être Fils de Dieu, c'est avoir en soi la force de traverser la souffrance mais aussi la MORT et d'en sortir vivant à jamais.

Il ne s'agit donc plus pour Jésus de rendre quelqu'un d'autre à la vie, comme par miracle, mais de surgir lui-même vivant de la mort pour manifester qui il est en vérité! D'ailleurs, Dieu n'a pas craint d'envoyer son Fils chez nous, de le laisser s'aventurer dans les «ravins de la mort» et expérimenter le cruel sentiment d'être abandonné par celui qu'il appelait pourtant «papa»! Dieu sait, lui, que son Amour est, en son Fils bien-aimé, plus fort que la mort!

Croire en Dieu ce n'est pas imaginer ou espérer qu'il nous fera éviter la souffrance et la mort, que nous passerons par-dessus ou à côté. C'est croire que nous sommes habités, comme Jésus, d'une force indestructible reçue du Père pour passer mystérieusement dedans et en sortir grandis, vivants : son souffle d'Amour!

Jésus au milieu des "nous"! - Mt 18, 15-20

Imaginons que des personnes, ayant à coeur la qualité de leur relation, s'engagent à s'avertir mutuellement si leur conduite met leur relation en péril. C'est précisément l'engagement que Jésus attend des disciples qui désirent vivre sérieusement la nouveauté d'une communauté basée sur l'amour reçu pour être donné! 

Les textes d'aujourd'hui parlent d'amour fraternel. Saint Paul demande de n'avoir aucune dette envers personne, sauf celle de l'amour mutuel... Nous voyons-nous rivaliser pour contracter des dettes d'amour mutuel à intérêts composés? Sans autre loi pour gérer la compétition que celle de l'amour! Faudrait bien être d'accord et faire appel ensemble à la Caisse centrale de l'Amour pour augmenter progressivement ces dettes! De toute façon ne faut-il pas solliciter souvent des petits retraits à la Caisse centrale pour multiplier les dettes d'amour au quotidien! Heureuses les personnes qui se mettent d'accord pour demander au Père l'essentiel qu'est l'amour! Jésus, présent au milieu d'elles, le demande avec elles!

J'entends encore un homme ordinaire faire cette juste remarque : «Jésus n'a pas dit qu'il serait quelque part et que nous irions le rencontrer là; il a dit qu'il serait là où nous serions réunis». J'ai aussi souvenir d'avoir entendu le savant Albert Jacquard s'adresser à des cégépiens. Il leur parlait d'une voie d'avenir proposée par Jésus quand il a promis que si nous étions deux, solidement unis, nous serions forts comme trois. Un entraineur de rugby dit avoir fait de son équipe de filles une équipe de gagnantes pour leur avoir inculqué la «dévotion du nous »...

Si des personnes réussissent, contre vents et marées, à tenir ensemble jusqu'au bout, c'est sûrement qu'elles sont branchées, même sans le savoir, à la même Source d'amour que Jésus. La devise préférentielle de l'Amour serait-elle leur commune monnaie d'échange?

Quelle folie d'Amour! - Jn 3, 13-17

La croix : folie pour les Grecs, scandale pour les Juifs! Pour Jésus : aboutissement du dialogue amoureux de Dieu avec l'humanité! Qu'en est-il pour nous? Si nous prenions le temps de revisiter les croix rencontrées en chemin, croix inscrites aux pages de l'histoire... puis de dialoguer avec elles! Peut-être aurions-nous d'émouvantes surprises!

Croix de prise de possession des terres. Croix du chemin dressées par des ancêtres ou par les familles de victimes d'accidents. Croix illuminées en haut des montagnes, des collines ou des clochers, étoiles dans les nuits. Croix travesties en armes de combat. Croix d'or, d'argent, de pierre, de bois ou de verre. Croix tatouées sur le corps ou pendues au cou. Croix de salon bleu, de cimetières, de cuisine, de chambre à coucher. Croix catholique, orthodoxe, scoute, gammée...

Et celles qu'on ne voit pas mais qui laissent leur empreinte en dedans comme au dehors! Croix de mères, de pères, d'enfants. Croix de personnes seules, de couples, de croyants, d'incroyants. Croix clouées à des lits, oubliées ou méprisées dans les ghettos à ciel ouvert ou clandestins. Croix que toute personne est pour elle-même!

Contemplant ces croix de mille partout, que mon coeur écoute Celui par qui la croix, signe d'ignominie, est devenue signe d'un incroyable amour! Sur ces croix multipliées, j'entends Jésus supplier le Père de pardonner aux bourreaux qui ne savent pas ce qu'ils font... Sur chacune des croix, il murmure aux compagnons, compagnes d'infortune : «Aujourd'hui, tu es avec moi au paradis!». Sur chaque croix, de matériau ou de chair, assoiffé, Jésus supplie le Père de ne pas l'abandonner!

Croix, partout plantée, grave en mon coeur le dernier regard d'amour de Jésus, plus beau encore que le premier, quand il soupire : «Si tu veux... suis-moi» jusqu'au bout de l'amour!

Du calcul à la gratuité! - Mt 20, 1-16a

Jésus nous invite à passer d'une mentalité de froid calcul à celle de la gratuité aux couleurs de l'amour. Un compagnon m'a fait goûter cette histoire d'ouvriers embauchés à différentes heures du jour. La célébration eucharistique allait commencer quand cet ami me souffle à l'oreille qu'il venait de comprendre quelque chose de difficile. «Quoi?» lui demandai-je. «J'ai compris le secret de la parabole des ouvriers, dit-il. C'est simple : avec le bon Dieu il s'agit simplement de se présenter et on a tout!»

L'histoire de Jésus demeure quand même difficile à «prendre» pour plusieurs. «Comment! Cette personne a bamboché toute sa vie et elle va aller au Ciel... à quoi bon avoir été fidèle tout le temps, si c'est comme ça!» C'est difficile d'entrer dans la gratuité de la bonté quand on évalue sa vie et celle des autres à l'étalon des mérites, des droits et des sueurs ou de la rectitude morale. On voit bien que la difficulté ne vient pas du Père qui est toute bonté, mais des enfants entre eux, de l'attente d'un retour qui leur serait dû pour un relevé d'heures de services qu'ils disent avoir rendus. Pourtant, quand un enfant se présente à la dernière minute du réveillon, on lui sert tout comme à l'autre arrivé beaucoup plus tôt pour participer à la préparation. On est tellement content qu'il soit venu!

La source se donne sans mesure à quiconque vient cueillir de son eau, 24 heures sur 24. Une source ne vend pas son eau, dit G. Vigneault. Le Père Bourassa, jésuite, disait qu'une source, même si elle n'est pas reçue, n'arrête pas de couler, elle se donne. Faut-il s'en formaliser? Connaissant mal notre Dieu, source intarissable de bonté, peut-être connaissons-nous mal notre propre coeur!

Qui précède qui? - Mt 21, 28-32

Jésus s'adresse à ceux dont il a dit à Pierre qu'il aurait beaucoup à souffrir : chefs des prêtres, scribes et anciens. Depuis le début, Jésus souffre de leur refus obstinément aveugle d'écouter la Parole gravée dans leur coeur. L'écouter aurait pu changer leur attitude, les rendre plus attentifs, plus humains dans leur rapport aux autres personnes. Il peut arriver que le coeur dise spontanément oui au point de départ. Mais, peu à peu étourdi par le goût sucré / salé du pouvoir, il ferme ses oreilles aux appels, discrètement murmurés, de l'amour. Il peut arriver aussi qu'on pense avoir dit non. Puis, qu'à même certaines expériences humaines très simples,  l'amour qui joue sa mélodie au fond du coeur fasse mûrir, à l'insu des personnes, des fruits de  bonté, de compassion, de justice...

Ce n'est sûrement pas agréable pour les chefs des prêtres, scribes, anciens, de se faire dire par Jésus que publicains et prostitué-e-s les précèdent dans le Royaume de l'amour. Jésus a pourtant raison. Pour Jésus comme pour nous le pire qui peut arriver à l'humanité c'est que se brisent les circuits de l'amour. À quoi bon vivre alors? D'ailleurs, sans les «petites bontés» de l'amour, gratuites et discrètes, le monde serait déjà détruit. «Aimer même trop, même mal», pourvu que la semence d'amour produise ses fruits!

Nous fermer à l'amour est un plus grand péché que de faire des bêtises en apprenant à aimer. L'amour est plus fort que nos bévues, il nous pousse à resurgir, à marcher encore, même en boitant, dans la voie qui, seule, mène à la vie. La peur et le pouvoir sont mauvais conseillers, ils tiennent tant d'amour en prison! Au palmarès de la bonté, de la compassion, de la justice, de la tendresse, qui précède qui?

Secret d'héritage! - Mt 21, 33-43

Alors que l'atmosphère qui l'entoure sent de plus en plus la mort, Jésus tente d'atteindre le coeur aveuglé des grands-prêtres, scribes et pharisiens, avant qu'il ne soit trop tard. Dans un ultime coup de tendresse, par une nouvelle histoire, il décrit le sort qu'on lui prépare, le même que celui réservé aux prophètes venus avant lui. 

Faut-il que Dieu aime les siens, sa vigne de choix, pour envoyer son propre Fils et croire que tout est encore possible chez ceux qu'il a créés à son image! Ils ne savent peut-être pas, les scribes et pharisiens, ou ils l'ont oublié, que Dieu leur a été confié son héritage dès l'origine de leur vie pour le faire fructifier. Ils  pourraient même y puiser à tout instant sans qu'il ne s'épuise. Ils sont loin d'imaginer, ces scribes et pharisiens, que la mort du Fils fera se lever des milliers de fils et de filles prêts à mourir comme lui pour que la vigne préférée de Dieu n'appartienne jamais à quelques personnes aveuglées par l'appât du pouvoir. 

«Attention au levain des pharisiens», disait Jésus. Tout nous est confié pour en prendre soin avec ce coeur où Dieu a investi un «placement» de son amour. Il peut arriver, hélas, qu'en usuriers, on capitalise pour soi les fruits produits avec le temps. Jusqu'à penser qu'en tuant les serviteurs, fils et filles, on aurait l'héritage, la vigne elle-même. Comme si on pouvait un jour s'approprier, sans le détruire, l'univers entier, ce corps de Dieu!

Comment toucher à la part d'héritage déjà reçue? En consentant à être frères et soeurs de Jésus, cohéritiers avec lui pour devenir, en lui, les fruits de la vigne tant désirée du Père. Toute la banque d'amour est à nous avec le mot de passe! 

S'il s'agissait d'y goûter! - Mt 22, 1-14

Que voulait-on offrir au repas de noces pour remplacer les convoqués récalcitrants par des «quidam»? Que dire des invités qui disent manquer de temps? Qu'ont-ils contre le roi pour tuer ses émissaires? Que penser de ces «n'importe-qui» qu'on entasse de force!

Détail intriguant : le vêtement de noce! Comment des pauvres seraient-ils trouvés sur leur trente-et-un? Le vêtement exigé n'est sûrement pas morceau de tissu. Plus je médite, plus je découvre qu'il s'agit d'une disposition du coeur. Les personnes qui ont refusé l'invitation n'avaient pas cette disposition. Un homme, parmi ceux forcés d'entrer, ne l'a pas non plus. J'aime contempler ce mec. Prisonnier de ses interdits mais forcé d'entrer, il se refuse toute participation! Il n'a guère le coeur à la fête ni le corps à la danse. Abandonné à ses démons extérieurs, qui sait si le mouvement des autres n'habillera pas son coeur du voile de cette dignité dont il se croyait déshabillé! Mains et pieds pourraient alors se délier.

Le plus mystérieux : la noce du fils elle-même! Comme le menu devait être soigneusement préparé pour que le roi décide d'obliger tout venant à s'en gaver au lieu de le jeter! Le fils, amoureux des carrefours, aurait-il désiré inviter chez lui ceux qu'il discernait être enfants de son père? Se pourrait-il que le refus des «invités de droit» donne le feu vert au roi pour exaucer le désir du fils? S'ils peuvent seulement goûter au menu, ces pauvres maintenant attablés avec celui qui les enveloppe d'un regard fraternel! Si jamais celui qui marine dans son indignité peut capter, de ses coulisses, une parole de compassion!

Jésus nous désire toujours «d'un grand désir» au repas de ses noces! Tant d'habitués s'esquivent! Heureuse personne qui pourrait être forcée d'y goûter!

Jésus, quel est ton avis? - Mt 22, 15-21

Les Pharisiens se concertent avec les partisans du roi en vue de piéger Jésus. Ils commencent par le complimenter en lui disant qu'il est vrai, qu'il enseigne le vrai chemin de Dieu, ne se laisse influencer par personne, ne fait pas de différence entre les personnes. Puis ils lui demandent un avis pour l'attraper : est-il permis à un Juif de payer l'impôt à César? 

Libre de toute influence, Jésus ne mord pas à l'hameçon. Il demande à voir une pièce de monnaie et fait nommer l'effigie dont elle est frappée. «De César!», reconnaissent les «piégeurs». Jésus répond simplement : la monnaie montre la figure de César? Qu'on la rende donc à César et, par lui, peut-on l'espérer, au peuple!

Chaque personne développe plusieurs appartenances, souvent superposées : famille, culture, religion, parti politique, etc. Chaque appartenance réclame sa part, sa cotisation. Que les pharisiens rendent donc aux pharisiens ce qui vient d'eux; les partisans du roi, au roi; les sujets de César, à César... Mais, au-delà de ces appartenances difficilement harmonisées, tous les humains sont  burinés, à l'origine, de la même effigie : celle de Dieu. Cette appartenance originelle n'est pas inscrite dans les CV! Mais un jour, après avoir redonné à ses divers groupes d'appartenance ce qui leur revient, chaque personne rendra à Dieu ce qui est de lui : une vie accomplie!

Tous les chemins mènent à Rome mais pas nécessairement à Dieu. Comme Jésus ne se laisse pas influencer, qu'il ne fait pas de différence entre les personnes, il garde le cap sur l'unique chemin vers Dieu quand il répond aux interlocuteurs. L'effigie de Dieu, dont sont marqués tous les coeurs d'hommes et de femmes, dont les Pharisiens, elle indique la voie du coeur : celle de l'amour.

Que circule l'eau vive! - Mt 22, 34-40

Les pharisiens reviennent piéger Jésus. Fin connaisseur du nombre de lois ajoutées à LA Loi, un pharisien, docteur de la loi, pose à Jésus la question-épreuve : «quel est LE grand commandement?». Jésus rappelle simplement les paroles proclamées, depuis longtemps, dans le temple et les synagogues, paroles originellement gravées dans les coeurs : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit; c'est le grand commandement. Le deuxième lui est semblable : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même». Jésus unit ces deux commandements en un seul : celui de l'amour. 

Aimer n'est pas une commande qui vient de l'extérieur. C'est du dedans que vibre, dès la naissance, l'inépuisable désir d'aimer et d'être aimé. D'où vient ce désir plus grand que nature? D'où vient ce qui, dans chaque être humain, donne naissance et garde en vie? Ne sommes-nous pas branchés sur une Source-mère, partageant avec elle le même «mandat» : celui d'aimer!

J'ai demandé à des personnes intellectuellement handicapées comment un ruisseau connaît sa source. Une femme répond illico: «C'est la même eau!». Quelle belle réponse! Tous, toutes de la même eau! Jean peut bien répéter que quiconque aime connaît Dieu, parce que né de Dieu. Les êtres humains «co-naissent» de Dieu comme des ruisseaux «co-naissent» d'une même source. L'Amour est l'eau vive qui coule de Dieu pour circuler dans tous les ruisseaux que nous sommes. Oublier que l'amour, don d'une même Source-mère, est celui qui circule entre tous c'est risquer la folie, souvent meurtrière, d'opposer amour des autres à l'amour de Dieu. 

Par trois fois, Jésus dit à Simon-Pierre: «Si tu m'aimes, prends soin de mes brebis!». Il n'y a qu'un Amour! Il veut circuler, ouvrir des réseaux de ruisseaux à l'infini!

Jésus nous garde avec lui! - Jean 6, 37-40

Jésus nous garde avec lui! 
«Tout nous est donné!» dit un philosophe incroyant pour asseoir son espérance! Depuis toujours, tout nous est donné: lune, soleil, étoiles, mers, montagnes, animaux variés, vent, pluie, neige, les uns, les unes... Tout est donné à tous, gratuitement, sous mille formes et couleurs!

Qu'est-ce qui nous différencie des incroyants, nous qui nous disons croyants? C'est de croire comme Jésus que tout est donné par un Père qui aime. Avec Jésus, nous ne voulons perdre rien ni personne de ce que le Père donne généreusement. Tout est précieux à nos yeux! Tout ce que Jésus a reçu du Père, il nous le donne, car «ce qui n'est pas donné est perdu» (proverbe chinois). Il veut tant nous garder avec lui jusqu'en vie éternelle qu'il désire nous faire goûter cette vie de notre vivant. Il ne veut surtout nous perdre en route!

Dans quelle mortelle issue Jésus ne veut donc pas perdre ceux que le Père lui confie? De quelle mort les sauve-t-il!? Certes pas de la mort naturelle qui fait partie du long processus de naissances successives qu'est la vie...Personne, pas même Jésus, n'a échappé à ce passage. Ne serait-ce pas de la mort du désir inscrit au plus profond des entrailles? De ces situations qui, pires que la mort, ne tuent pas le corps mais l'âme? «Personne ne vit mieux en fuyant les autres... en refusant de compatir, de donner... Ce n'est rien qu'un lent suicide». (Pape François)

La volonté du Père, écrite en notre chair, s'appelle désir de vivre. Jésus sait que ce désir qui nous tenaille rebondit toujours. Croire en Jésus c'est croire qu'en nous partageant sa vie, il ne veut surtout pas nous perdre en route! Notre dernier soir sera suivi du grand matin, alouette!

Il parlait de son corps! - Jn 2,13-22

Tout une première que cette sortie publique de Jésus à Jérusalem! Comme si le tourment de l'amour était devenu une indignation que Jésus ne peut plus contenir! J'ai mal à imaginer le branle-bas dans le Temple : bêtes chassées à coups de fouet, monnaies répandues au sol, comptoirs renversés, changeurs, marchands et juifs choqués! 

Pourquoi tout ce cinéma? Parce que la Maison où le Père veut rencontrer ses enfants et les faire communier ensemble à son amour, cette maison est travestie en marché public où sont installés des marchands en mal de consommateurs et de sang à verser. 

En voyant ce qu'est devenu le Temple de Jérusalem que les Anciens ont mis tant de passion à construire, Jésus voit en gros plan ce que la marchandisation peut faire de l'univers et du corps de chaque personne que Dieu a choisis pour demeure. À ceux qui lui demandent un signe pour justifier son geste, Jésus offre de détruire le Temple qu'est son propre corps pour qu'un nouveau Temple soit rebâti selon le désir du Père. Les disciples eux-mêmes n'ont compris cela qu'après la résurrection de leur maître...

Saint Paul nous demande de ne pas oublier que nous sommes le Temple nouveau où habite le Souffle de Dieu. L'univers aussi est Demeure de Dieu. Nous allons au Temple, pour nous abreuver ensemble aux sources vives afin qu'en sortant l'eau vive reçue coule dans tous les quartiers et fasse fleurir la vie partout. 

Quel fouet inventer aujourd'hui pour ébranler avec Jésus les assoiffés d'argent, de pouvoir et de sang? Ils multiplient les nouveaux temples au dieu Argent et y sacrifient tant de personnes, tant de ressources naturelles ? Heureusement, nous le croyons solidement : le corps du Christ que nous sommes est indestructible!

J'ai eu peur... - Mt 25, 14-30

Que devient LE don qui fait de chaque personne un être unique dans le monde? Quel est ce don si bien partagé que chaque personne est un cadeau pour les autres? Plusieurs l'ont heureusement découvert. Nana Mouskouri chante : «J'ai reçu l'amour en héritage»; Jacques Brel : «Quand on n'a que l'amour à offrir en partage»!


Nous avons généreusement déployé les dons reçus pour l'activité humaine. Pour en avoir reçu cinq, nous en avons sûrement développé cinq autres! Le chiffre 10 représente la totalité des activités humaines. N'avons-nous pas doublé les dons reçus pour la communication? À partir des deux reçus pour dialoguer l'un-e avec l'autre, nous avons habilement développé d'autres dons pour communiquer, dans un instant record, avec des personnes des quatre points cardinaux? Mais le don qu'est l'amour et qui donne un nom unique à chaque personne, le don que chaque personne EST, l'aurions-nous enfoui par peur?

 

Je me suis longtemps demandé pourquoi Jésus parle de banque à celui qui, avouant avoir eu peur, a enfoui le don reçu. Je prends conscience que le don de l'amour est un placement de lui-même que Dieu investit, en exclusivité, au coeur de chaque être humain. Ce don inné ne se développe pas à la force de nos poignets et de nos intelligences. Comme tout placement en banque, il croît par lui-même grâce aux placements de chacun, de chacune. L'amour ne fait pas que doubler, il s'accroît sans cesse quand il est investi au fur et à mesure qu'il est reçu. «Si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie» (Pape François).
Merci à la personne qui m'a posé cette question la plus 'chamboulante' de ma vie : «Pourquoi avez-vous peur d'aimer?» 

Quand t'avons-nous revêtu, visité, nourri? - Mt 25, 31-46

Le Roi que nous fêtons affirme qu'aimer les siens c'est l'aimer, lui. Comment une personne, même roi, dont on n'aime pas le corps pourrait-elle se sentir aimée? L'Évangile nous propose de réfléchir à cela. Celui qu'on appelait Emmanuel, c'est-à-dire Dieu-avec-nous, devenu l'un de nous, s'appelle Jésus. Revenu d'Égypte, on le nomme «nazaréen». Avant de mourir, il nous révèle sous quel nom le reconnaître désormais: celui de nos soeurs et frères humains. Quel croyant pourrait prétexter qu'Il ne savait pas! Surgi du tombeau, le ressuscité se fait corps de notre chair jusqu'à s'identifier à tout être humain.

Une parole-glaive, très souvent rappelée, m'atteint chaque fois au vif : «Ce que vous faites aux plus petits d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites». Dieu affirme par Isaïe : «mes entrailles en moi frémissent comme une cithare»! Il ressent donc en lui ce que nous acceptons ou refusons de faire les uns, les unes pour les autres. Les «indignés de la terre», sans le conscientiser, rappelleraient-ils cela mieux que les grands parleurs, souvent décideurs du sort des humains? Tant de personnes sont victimes impuissantes de la cupidité aveugle des autres! Ne sommes-nous pas témoins, chaque jour, du rejet des prophètes, du jugement de l'histoire?

Des paroles de saint Basile (4è s.) me mettent aussi mal à l'aise: «Il appartient à celui qui a faim, le pain que tu gardes; à celui qui est nu, le manteau que tu conserves dans tes coffres; l'argent que tu tiens enfoui. Ainsi tu commets autant d'injustice qu'il y a de personnes à que tu pourrais donner!» Radicalisme dépassé?

Le Roi que nous fêtons aujourd'hui désire célébrer avec nous. Il est revêtu de notre fragile humanité! L'accueillons-nous dans son corps actuel, avec ses innombrables noms?