Sortir et semer la réconciliation
Après avoir médité l’éclairante circulaire 6-3 de Mère générale, je me suis demandé comment Angèle répondrait, aujourd’hui, à cet appel de la réconciliation universelle selon son charisme et le visage concret de notre monde actuel. Et j’ai répondu: probablement en empruntant le même chemin qu’elle a suivi en son temps chemin évoqué dans la dernière partie de la circulaire. Tout d’abord elle commencerait “ le travail sur le terrain de son propre coeur” pour se laisser réconcilier dans le Christ par la prière, l’ascèse et l’humble et généreuse acceptation de la volonté de Dieu sur elle. “O mon Seigneur, illumine les ténèbres de mon coeur,...affermis mes affections et mes sens ...qu’ils ne me détournent pas de ta Face resplendissante...je vois en moi tant d’égarements...et demande miséricorde et temps pour la pénitence. Daigne ,ô très bienveillant Seigneur, me pardonner tant d’offenses...(R 5, 16...) Ces quelques extraits de sa prière nous montrent bien qu’elle se reconnaît humblement “simple vase d’argile” entre les mains du Potier, mais, qu’en toute confiance, elle en fait l’offrande à Celui qui l’a séduite, ce que nous retrouvons dans la suite de sa prière: “Ô mon Seigneur, ma seule vie et mon unique espérance, je te prie de daigner recevoir ce coeur si misérable et si impur, et de brûler chacune de ses affections et passions dans la fournaise ardente de ton divin amour...Je te prie de recevoir mon libre arbitre,...ma volonté propre, mes pensées, paroles et actions,...tout ce qui est à moi, et en moi et hors de moi. Cette prière quotidiennement vécue nous révèle le chemin de la longue mais assurée maturation de sa mission de Mère de la Compagnie. Que de détachements avec lesquels elle a dû se réconcilier, que d’oubli de soi pour répondre aux appels du Seigneur, chemins de virginisation de tout son être devenu progressivement “Icône du Mystère d’Alliance de Dieu avec l’Humanité”. Ô notre Mère sainte Angèle, toujours vivante parmi nous, obtenez-nous la grâce de vous suivre toujours de plus en plus près sur ce chemin que vous nous avez tracé. Le deuxième repère sur son chemin de réconciliation n’est nul autre que celui proclamé par l’Évangile: “Il n’y a pas de réconciliation vraie avec Dieu sans réconciliation avec ses frères et soeurs les plus proches.” Sa sollicitude pour sa soeur, son empressement à répondre aux appels de compassion, d’accompagnement spirituel et autres témoignent de son vécu de personne radicalement donnée à ses frères et soeurs. L’importance d’être en harmonie avec ses proches, de devenir des "Êtres de communion”, des artisans de paix, des semences de réconciliation dont la source est le Christ-Époux, Angèle n’a cessé de le redire tout au long de ses écrits destinés à ses filles dont nous sommes. “ Et donc par-dessus tout, qu’elle garde le coeur pur et la conscience nette de toute pensée méchante, de toute ombre d’envie et de malveillance, de toute discorde et mauvais soupçon...”(R 9, 7-9) “En parlant, qu’elles ne disent que des paroles sages et mesurées, ni âpres ni dures, mais aimables, portant à la concorde et à la charité....Et qu’elles cherchent à mettre la paix et la concorde où elles seront.” (A 5,12, 16) “Mon tout dernier mot pour vous-et je vous le dis en vous priant même avec mon sang- est que vous viviez dans la concorde, unies ensemble, toutes d’un seul coeur et d’un seul vouloir. Et vous pourriez comme moi continuer les citations qui nous confondent et nous entraînent dans des demandes quasi quotidiennes de réconciliation avec Dieu, avec nous-même et avec nos plus proches. Ô notre mère sainte Angèle obtenez-nous la grâce d’avancer sur ce chemin d’union et concorde tissé de réconciliations puisées dans notre “charisme d’Alliance intime avec Dieu nous reliant les unes aux autres” dans la communion des fils et filles de Dieu en Jésus Christ, notre Vie. Le troisième point que je retiens c’est l’audace prophétique d’Angèle pour ouvrir des chemins de réconciliation dans les conditions propres à son époque. Il y a bien sûr les faits particuliers bien connus rapportés par ses historiens. Mais je voudrais davantage retenir comment elle a ouvert des chemins de libération pour la femme, trop souvent tenue en tutelle, en revendiquant son autonomie par des attitudes et des gestes concrets. Tout d’abord au niveau de l’orientation de sa vie et de la conscience personnelle: “...que celle qui devra entrer...dans cette Compagnie...y entre de sa propre volonté.”(R 1,1-4) “ ...non en faisant le voeu sur exhortation humaine, mais en faisant volontairement à Dieu le sacrifice de son propre coeur.”(R 9,2) “...si elles veulent prier plus longuement...qu’elles prient de la manière et aussi longtemps que l’Esprit et la conscience le leur dicteront.”(R 6,7) “Et par-dessus tout: obéir aux conseils et inspirations que l’Esprit Saint nous envoie continuellement au coeur,”(R 8,14) Outre cette réconciliation de la dignité de la femme avec le plan du Créateur, mentionnons le chemin prophétique de réconciliation du désir de se donner à Dieu avec la situation décadente des monastères. De quelle audace prophétique n’a-t-elle pas été investie pour réaliser sa mission “de renouveler au coeur de l’Église le prophétisme de la virginité consacrée”(Const.No 1); ce qui fut à l’origine de toute une floraison d’Instituts religieux. Et que dire de la forme de gouvernement de sa compagnie en collaboration avec des laïcs: chemin de réconciliation de la vocation du baptisé avec sa place dans l’Église, vocation mise en lumière par Vatican II et le pape Jean-Paul II. Encore une fois, audace prophétique! plus de quatre siècles en avance! Au terme de cet exposé, nécessairement incomplet, une question me vient à l’esprit : Comment et en quoi, nous, aujourd’hui, concrètement, sommes-nous interpellées sur ce chemin qu’Elle nous a tracé devant les défis qui sont les nôtres: mondialisation, laïcisation de notre société en quête de points de repère, situation de notre Église locale, particulièrement en perte d’effectifs, notre propre situation; en toute lucidité, comment nous réconcilier avec ce vécu qui est le nôtre?... Écoutons encore notre Mère sainte Angèle: “ Et que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ, et là toutes, avec toutes vos filles, de faire de très ferventes prières. “l’Esprit Saint, comme dit Jésus-Christ, est celui qui nous enseigne toute vérité.”(R8,16) 9/9/2006 Stella Tellier, o.s.u. | |
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