Le mariage mystique de Sainte Catherine, avec Saint-Laurent, Sainte Ursule et Sainte Angèle Mérici
 Girolamo di Romano connu sous le nom de Romanino Huile sur canvas, 601/4 x 81 ¾ pces (153 x 207.7 cm) Musée d'art Brooks, Memphis
En 1760, alors qu'il se trouvait dans la collection Maffei, Brescia, ce tableau s'intitulait Les épousailles de Sainte Catherine avec l’Enfant céleste dans les bras de la Vierge Marie (G.B. Carboni, 1760, p. 153). Ce n'est que récemment que le personnage en habit de Tertiaire Franciscaine, agenouillé près de Sainte Ursule, fut identifié comme étant Angèle Mérici (1474-1540) et le retable relié à la fondation de la société des Ursulines (Orsoline Dimesse) le 25 novembre 1535 (M.L. Ferrari, 1961, pp. 47, 74, pl. 91). Le seul portrait sûr d'Angèle Mérici est celui peint après sa mort comme un genre de masque funéraire (V.Guazzoni, 1981, p. 41, attribué à Moretto),
 Il y a des différences entre les traits physiologiques de cette oeuvre et ceux de la personnes assise dans le retable de Romarino, mais ils sont mineurs. Les éléments suivants sont d'une importance capitale dans l'identification de la personne assise comme étant Angèle Mérici: sa position près de Sainte Ursule - la patronne et d'Angèle Mérici et des Ursulines - son âge apparent, et la date relative du tableau.
Pour des raisons stylistiques, Longhi (1926; 1967 cd., p. 108) date le tableau vers 1530, mais, comme l'indique Ferrari, une date plus récente est plus probable. En 1535, Angèle Mérici aurait eu 61 ans, un âge plausible pour le personnage assis peint par Romanino. De plus, Angèle Mérici était Tertiaire Franciscaine. Vezzoli (1974, pp. 394 s.) note que la fête de Sainte Catherine (25 novembre) coïncide avec la date de fondation de la société des Ursulines et que la représentation du mariage mystique de Sainte Catherine avec le Christ est tout à fait appropriée pour une société de vierges s'adonnant à l'instruction chrétienne.
 De plus, la figure de Saint Laurent, que l'on aperçoit dans sa dalmatique parmi les ruines des colonnes à gauche, Vezzoli l'identifie au Vicaire de l'Évêque de Brescia, Lorenzo Muzio, qui obtint de l'évêque l'approbation des Ursulines en 1536 (cf V. Guazzoni, 1981, p. 43, qui associe cette oeuvre à cet événement).
 | Les Ursulines sont l'ordre le plus ancien de femmes enseignantes dans l'Église Catholique. Aussi, sont-elles considérées comme faisant partie de ces premières manifestations de la Contre-Réforme, aux côtés des Théatins, des Capucins et des Jésuites. Leur Règle primitive est approuvé par Paul III en 1544. | En 1572, Grégoire XIII les introduit à la vie communautaire (les premiers membres vivaient chez elles) et aux voeux simples, sur l'instigation de Carlo Bonmeo, un ardent supporter et des Ursulines et de leur rejeton, les Angélines (cf cat. no. 3). Angèle Mérici est élue supérieure en 1537. Malgré le fait qu'elle soit largement reconnue sainte de son vivant, elle est canonisée seulement en 1807.
Ce tableau marque un moment qui n'est pas caractéristique de la carrière de Romanino lorsque, revenu à Brescia après son travail à Trente, il semble répondre de nouveau à l'oeuvre de Moretto et de Savoldo. En effet, Romanino traite le thème de la sacra conversazione en termes du vécu quotidien, avec un sens du détail familial qui dément son expérience vénitienne des Premiers temps.
 L'aspect remarquablement non-idéalisé de la Vierge est rehaussé par le turban contemporain qu'elle porte. La texture et le lustre de son manteau argenté sont peints à la manière descriptive de Savoldo plutôt qu'à la manière plus picturale de Titian, et son auréole est traitée comme un véritable phénomène lumineux plutôt que comme un attribut symbolique.

De la même façon, les attributs de Sainte Catherine — la roue brisée, la couronne accrochée à une des lames saillantes, et l'épée —ressemblent à une nature morte, disposée informellement mais soigneusement transcrite, précurseur des objets en désordre étudié aux pieds de Cupidon dans l'Amor mincit Omnia (Cat. no. 79) de Caravaggio.

La robe de la sainte est brossée avec une évidente attention au détail et avec un amour pour les motifs abstraits créés par la draperie qui, une fois de plus, annonce, jusqu'à un certain point, les premières oeuvres de Caravaggio, en général, et sa Sainte Catherine (cat. no. 72), en particulier.
Par contre, le traitement sévère et franc de la physionomie d'Angèle Mérici présage les grands portraits de la Contre-Réforme de Moroni — surtout son tableau, de 1557, de l'abbesse Carmélite Lucrezia Agliardi Vertova (au Musée Métropolitain). Ce n'est pas surprenant que Bossaglio (1967, p. 1052, n- 2) ait pensé que le portrait d'Angèle Mérici ait été ajouté plus tard, quoiqu'il n'existe aucun fondement technique pour cette supposition. D'une beauté particulière sont le visage de Saint Laurent, illuminé par une lumière reflétée, et le paysage avec une vue sur Brescia, derrière le mur de brique qui s'écroule.
Par ces façons variées, le portrait révèle l'affinité fondamentale de Romanino avec ses contemporains lombardiens. Comme Moretto (cat. no. 7), probablement, il tempère son style habituellement plus agité et vénitien pour s'accorder à l'événement sacré que son retable, de toute évidence, désire communiquer.
K.C. Union romaine des Ursulines
Girolamo di Romano connu sous le nom de Romanino
Romanino est né entre 1484 et 1487 à Brescia où il reçoit, sans doute, sa première formation artistique. Toutefois, sa première oeuvre documentée, une "Lamentation "peinte en 1510 pour San Lorenzo, Brescia (et actuellement dans la Gallerie dell’Accademia, Venise), révèle déjà une connaissance de première main de l'art vénitien À un degré plus grand que pour son contemporain, Savoldo, et son compatriote un peu plus jeune, Moretto, l'exemple de Giorgione et de Titian a une influence déterminante sur sa technique et sur son sens de la couleur et de la lumière.
Néanmoins, Romanino garde un souci typiquement lombardien de la description. À un degré plus qu'ordinaire, c'est le potentiel expressif d'une scène qui l'intéresse. Cela tient, en partie, à son contact, en début de carrière, avec l'oeuvre de Boccaccio Boccaccino et d'Altobello Melon à Crémone. Les tableaux de la Passion du Christ, peints par Romanino entre 1519 et 1520 dans la cathédrale de Crémone, sont l'indication la plus ancienne d'une approcheexpressionniste et non-classique du récit.
En 1521, Romanino obtient le contrat, avec Moretto, de la décoration de la Cappella del Sacramento à San Giovanni Evangclïsta, Brescia. Malgré un effort évident de la part des deux peintres d'harmoniser leurs styles très différents l'oeuvre de Romanino se distingue, encore une fois, par son indifférence pour l'idéalisme du modèle de l'Italie centrale que l'on peut observer dans les scènes de Moretto. De 1531 à 1532, Romanino fait la fresque d'une loggia du Castello Buonconsiglio, Trente. La variété des sujets mythologiques et purs genres (y compris des scènes de concert) qu'il utilise laisse plein d'envergure à son imagination. Ses expressions les plus radicales sont probablement ses cycles de fresques subséquentes dans les églises provinciales de Maria della Neve, Pisogne et Sant'Antonio, Breno, qui témoignent d'une influence Profonde de l'oeuvre de Pordenone à Crémone et révèlent une intensité d'expression quasi germanique. On ne peut, en effet, douter que les gravures de Dürer ont su rejoindre la sensibilité de Romanino.
Il meurt entre 1559 et 1561.
On peut bien douter de la pertinence d'inclure Romanino dans une exposition consacrée à Caravaggio. Langhi (1928- 29, 1968 ed., p. 99), dans son célèbre article sur les prédécesseurs de Caravaggio, nie spécifiquement à Romano tout rôle déterminant, contrastant son style "venezianissimo" à celui de Moretto, de Savoldo, et même de Lotto. Néanmoins, sous divers aspects, cette position peut, aujourd'hui, paraître radicale (cf G. Panazza,1975, p. 166).
C'est le tableau de "Saint Matthieu et l'Ange " dans San Giovanni Evangelista qui présage le plus clairement le premier traitement de ce sujet par Caravaggio en des termes exclusivement humains. Et quoiqu'il est vrai que les racines du style de Caravaggio se retrouvent dans l'oeuvre de Moretto et de Savoldo plutôt que dans celle de Romanino, le sens dramatique et urgent dans les peintures de celui-ci ont dû l'impressionner. Les nus de Romanino dans la loggia du Castello del Buonconsiglio sont le précédent le plus près pour le plafond peu orthodoxe dans le casino du Cardinal del Monte — consigné par Bellori (1672, p. 214) parmi les oeuvres attribuées à Caravaggio — avec leur approche empirique au raccourci et leur traitement naturaliste d'un thème allégorique.
De plus, malgré l'énorme dette de Romanino à la peinture vénitienne en général, et à Titian en particulier, il partage avec ses compatriotes une vive sensibilité lombardienne pour le détail et pour les propriétés poétiques de la lumière. |