Le « oui » de l'ursuline Revenons au concret de la vie de Marie. L'attrait pour le cloître qui n'était jamais sorti de son esprit, se fait de plus en plus impérieux, urgent. Et, après discernement, son désir de vie religieuse est d'entrer chez les Ursulines parce qu'elles étaient instituées pour aider les âmes. Les Ursulines s'étaient établies à Tours en 1622 et avaient aménagé après 3 ans près de la maison de Madame Buisson, sa soeur. Et chaque jour Marie passait devant leur couvent pour se rendre à l'église ou à ses occupations. Des rencontres avec la prieure, Françoise de St-Bernard, lui facilitent les choses en lui offrant une place au noviciat. Mais... le fils Claude se rend compte qu'il se passe quelque chose d'anormal à la maison: des chuchotements, des soupirs, un mystère. Claude étouffe dans cette atmosphère; il a à peine 12 ans et décide de s'enfuir de la maison pour aller à Paris chez un oncle. Voici comment Marie raconte sa version de l'aventure. "Quinze jours avant mon entrée au couvent, il prit envie à mon fils de s'en aller à Paris pour se faire religieux avec un Père Feuillant; sans rien dire à personne s'en alla". Durant trois jours, on ne put le retrouver. Marie écrit:" Je n'aurais jamais cru que la douleur de la perte d'un enfant fut si sensible à une mère. Je l'avais vu malade presque jusqu'à rendre l'esprit et je le donnais à Notre-Seigneur, mais le perdre de la sorte, c'était ce que je ne pouvais comprendre... Pendant tout ce temps, j'avais gravée en moi la douleur que ressentait la très sainte Vierge lorsqu'elle perdit dans le temple le petit Jésus." "Enfin, s'écrie-t-elle, le Bien-Aimé ne me trouva pas digne de souffrir davantage cette privation." Après trois jours d'absence, l'enfant fut retrouvé sur le port de Blois. C'est Marie Guyart alors qui a peut-être entendu dans son coeur les paroles de Jésus: " Ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois aux choses de mon Père?" Mais les assauts continuent pour la dissuader d'entrer en religion. Marie s'en remet aveuglément à son directeur, puis dialogue avec son Claude bien-aimé. Que lui dit-elle? En mère affectueuse, par des paroles de douceur et de persuasion, elle lui fait comprendre que ce sera facile de se revoir, même si elle est au couvent. Le pauvre petit acquiesce, probablement pour se faire pardonner son escapade... Enfin, la résolution est prise. Le matin du 25 janvier, - nous sommes en 1631 - Marie prend le chemin du noviciat, accompagnée de son vieux père tout en lamentations, de sa nièce de 4 ans, Marie Buisson, qui deviendra ursuline, et de son fils qui pleure amèrement. Marie avance fermement malgré la douleur de son coeur de fille et de mère. Elle écrit:" Claude me faisait si grande compassion qu'il semblait qu'on m'arrachait l'âme et qu'on me séparait en deux. Est-ce qu'Abraham n'a pas ressenti la même douleur dans son coeur quand il lui fallut immoler son fils Isaac: comment un Dieu si bon pouvait-il lui demander un tel sacrifice... "Cependant, continue Marie, je lui dis adieu... en riant...(plutôt en souriant ?…)" Dom Jamet écrit à propos de ce sourire, qui a bien fait parler...: "Jamais Marie n'a été plus tendre, ni plus femme, ni plus mère"... Une telle certitude peut-elle venir d'un autre que Dieu?...Mystère difficile à comprendre, difficile à accepter... Marie écrit encore à son fils: "Il voulait nous séparer et pour vous retenir j'ai dû combattre près de 12 ans... Si j'ai enfin cédé à l'amour divin, cela n'a pas empêché que je ne me sois estimée la plus cruelle de toutes les mères. Sachez donc encore une fois qu'en me séparant de vous, je me suis fait mourir toute vive." Quel amour, quelle fidélité, quelle obéissance à son Dieu qui la destinait à devenir une mère spirituelle, la mère spirituelle d'une nation. Voici donc Marie au noviciat; elle apprécie vivement la vie du cloître, toute ordonnée en vue d'élever l'âme et de la maintenir dans un commerce incessant avec Dieu, dans le silence, le travail et la prière, dans le lien de la charité. Claude souffre toujours de l'absence de sa mère. Seul ou avec ses compagnons, combien de fois est-il allé frapper à la porte conventuelle en criant: "Rendez-moi ma mère!" Marie chaque fois essaie de lui faire entendre raison. Elle craint qu'on la congédie à cause du trouble que son fils apporte à la communauté. On l'accuse d'insensibilité, elle qui par un effort surhumain parvient à refouler au profond de son coeur ses angoisses de tous les instants. Marie prend finalement l'habit religieux; Claude ira étudier avec les Jésuites à Rennes et Mme Buisson promet de se charger de Claude. La Providence a tenu parole: Dieu s'occupe de son fils. Le 25 janvier 1633, Marie de l'Incarnation prononce ses voeux perpétuels. Claude est présent; il sait maintenant prendre sur lui, sans laisser paraître sa peine. Maintenant une phase nouvelle de sa vie va s'ouvrir pour Marie. Noël 1634. Avec sa simplicité coutumière, elle va nous communiquer la première vision touchant sa mission en terre canadienne. Un vrai film ! "Une nuit, il me fut représenté en songe, dans un léger sommeil, que j'étais avec une jeune dame séculière que j'avais rencontrée par je ne sais quelle voie. Marie ne la connaît pas, ni ne sait comment elle est là. Elle et moi avions quitté le lieu de notre demeure ordinaire. Je la pris par la main, et, à grands pas, je le menai après moi, avec bien de la fatigue, parce que nous trouvions des obstacles qui s'opposaient à notre passage. Nous cheminions sans les voir, nous les sentions seulement. Notre chemin était vers le lieu où on s'embarquait. Enfin, on aborda à un grand pays. Étant descendues à terre, on est monté sur une côte. Au bout du chemin, nous trouvons une belle place où était un homme vêtu de blanc. Il était le gardien de ce lieu. (St Joseph? qui devint patron du Canada ou l'ange du Canada?)Il me fit signe de la main, car il était silencieux et solitaire et son signe me servait d'adresse pour aller à une petite église... J'entrai en ce lieu qui était ravissant; il n'avait pas d'autre couverture que le ciel. C'était une place grande et spacieuse. Le silence y était qui faisait partie de sa beauté." Marie selon ses habitudes raconte ce songe à son directeur spirituel. Le révérend Père lui répond que ce pays pourrait bien être le Canada, un pays dont Marie de l'Incarnation n'avait jamais entendu parler. Marie assure les cours d'instruction religieuses aux novices auxquels assistent des religieuses plus anciennes, désireuses de profiter de son enseignement. On peut apprendre à tout âge de personnes de tout âge, n'est-ce pas?... et ces religieuses devinaient sans doute que Marie avait un don pour expliquer la Parole de Dieu. Avec une grande bonté et une grande sagesse, avec clairvoyance, simplicité et patience, Marie éduque ces jeunes novices, "se contentant de prendre garde que toutes fassent leur devoir, sans les inquiéter ni les gêner". Un vraie éducatrice selon le coeur d'Angèle: les persuader, non les forcer, car Dieu a donné à chacune le libre arbitre. Le pays de mission hante toujours son regard intérieur. Elle prie le Père éternel de prendre en pitié ces âmes rachetées par l'effusion du sang de son Fils et qu'il est en droit de voir germer par toute la terre. Elle prie, prie, prie encore, importune le Père éternel qui semble ne pas vouloir l'exaucer. Elle se dit que de son côté il manque quelque chose et s'en humilie demandant qu'il mette lui-même en elle ce qui lui plairait davantage. Alors elle expérimente un rayon en son âme et entend ces paroles: " Demande-moi par le coeur de mon Fils: c'est par lui que je t'exaucerai et t'accorderai tes demandes." Comme l'écrivait une religieuse, il faut bénir Marie de l'Incarnation d'avoir surpris Dieu en nous révélant la dévotion au coeur de son Fils, le Sacré-Coeur de Jésus. Depuis ce moment, Marie terminera sa journée de prière et de labeur par une prière que nous prions ensemble à Québec tous les dimanches auprès de son tombeau et (une petite confidence...) prière que moi-même j'ai pris l'habitude de réciter tous les soirs avant de m'endormir.... Je m'approche de vous, ô Père"...par le Coeur de mon Jésus... par le coeur de celui que le Père aime infiniment, son Fils... - "personne ne va au Père que par moi" - ma Voie, le seul chemin qu'elle veut suivre; ma Vérité, celui dont elle est sûr et qui lui enseigne tout; ma Vie, celui qui a ravi son coeur, à qui elle s'est donnée toute entière. | |
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