Le « oui » de la mère-veuve-femme d'affaires Entre temps, les Martin accueillent avec joie la naissance d'un fils, Claude, du nom de son père. Mais les affaires de son mari vont mal, le rendent malade; à 19 ans, Marie devient veuve; son fils a 6 mois. Elle s'occupe de la succession de son époux à travers mille difficultés. Cette parole du Seigneur la console: "Je suis avec ceux qui sont dans la tribulation". La parole de Dieu est présente en son coeur. . la parole de vérité, (Angèle : la Vérité dit…) une source constante où Marie va puiser; elle est un puissant moyen d'expression de son expérience spirituelle. "Mon esprit était dépourvu de toute expérience humaine, mais l'Esprit de Dieu, me remplissant, d'espérance et de confiance, me faisait venir à bout de tout". Quand elle se voyait débordée de travail, on lit dans sa correspondance: " Mon doux Époux, il n'est pas possible que je fasse toutes ces choses, ..... faîtes-les pour moi"... Des prétendants ont beau se profiler encore à l'horizon, à cause de sa beauté et de ses talents, une autre étape se prépare pour Marie: Marie continue ce récit en disant que son coeur fut alors ravi (autre sens de ravi : comme enlevé par force) et changé en l'amour de Celui qui lui avait fait cette insigne miséricorde. Lors de son rêve de sept ans, on a vu qu'il s'ensuivit pour Marie une pente au bien; ici cette vision la pousse à aller confesser tous ses péchés. Ce n'est plus l'adolescente qui résiste à la grâce mais la disciple fidèle qui réalise la grande pureté et grandeur de son Dieu, offensé par " un vermisseau de terre". Elle raconte à la suite comment elle revint chez elle toute transformée, puissamment changée, découvrant son ignorance qui lui faisait croire qu'elle était bien parfaite... Depuis lors, elle confessera ses moindres imperfections (confession de dévotion, selon saint Ignace). Marie continue de suivre l'Esprit qui lui enseignait tout et la conduisait où il voulait. " Il faut avouer que l'Esprit-Saint est un grand maître"! écrit-elle! Un comportement nouveau sera visible chez Marie. Marie est veuve et belle jeune femme. On la remarque toujours. A-t-elle été dans un dilemme face à la volonté de Dieu au sujet de son avenir? Puis, une autre volonté du Seigneur: une invitation de sa soeur et de son beau-frère pour venir les soutenir, eux aussi étant dans le tracas des affaires temporelles. Le projet ne lui plaît guère... il lui semble onéreux, mais elle s'y rend, "pour rendre une charitable assistance à sa soeur", écrit-elle; elle subira bien des humiliations. Mais elle est heureuse d'avoir la dernière place: c'est cela qu'elle désire. Ces trois ou quatre années sont pénibles pour Marie. Elle y joue le rôle de servante. Elle écrit:" L'Esprit de grâce qui me conduisait me faisait cacher tous les talents naturels que j'avais; je n'étais capable de rien qu'être la servante des serviteurs de Dieu". "Je faisais les choses les plus humiliantes et on me traitait impérativement (ton sévère) et de façon étonnante... je fis toujours la cuisine, endurant de grandes incommodités, mais plus je souffrais plus le Seigneur me consolait. Je servais les serviteurs de mon frère..." Elle faisait en cachette des travaux dont devaient s'acquitter les serviteurs et quand ils arrivaient pour le faire, tout était déjà fait. Sa charité, toujours en actes! Que devient Claude pendant ce temps? L'éducation des garçons à cette époque était plutôt rigide; "dès l'âge de sept ans, le jeune prenait des vêtements semblables à ceux des adultes et c'était une éducation sans tendresse excessive," écrit Dom Oury. Et Marie, prévoyant la séparation qui viendra un jour, s'exerce à spiritualiser sa tendresse pour son fils. Un détachement s'opère en elle, car elle reconnaît qu'elle ne s'appartient plus, elle pressent que Dieu ne la laissera pas longtemps au milieu du monde. Elle s'exerce donc au sacrifice suprême, se privant, le privant de caresses trop tendres, pourtant si nécessaires à cet âge. Marie, toujours chez sa soeur cumule les emplois, son beau-frère n'ayant pas tout le savoir nécessaire pour remplir ses fonctions; elle est à tour de rôle secrétaire, et gérante des affaires ; elle fait de tout. "Je passais presque les jours entiers dans une écurie qui servait de magasin, et quelquefois jusqu'à minuit, j'étais sur le port (de la Loire) à faire charger ou décharger les marchandises. Ma compagnie ordinaire était des charretiers et 50 ou 60 chevaux dont je prenais soin. Je me voyais souvent si surchargée que je ne savais par où commencer." Eh! bien, que faisait Marie? Voici ce qu'elle dit:" Je m'adressais à mon refuge ordinaire, lui disant:" Mon Amour, il n'y a pas moyen que je fasse toutes choses mais faites-les pour moi". Marie n'est-elle pas fille d'Angèle? " Que Jésus-Christ soit votre unique Trésor. Que votre principal refuge soit aux pieds de Jésus-Christ… vous verrez des merveilles". Ses occupations ne se résument pas seulement aux affaires de sa soeur et de son beau-frère: elle s'étend encore aux pauvres dans une charité toujours bienfaisante. Lorsqu'elle avait épuisé les res-sources que lui versait largement sa soeur, elle s'adressait au Maître de tout bien: " Mon Amour, cette personne a besoin de cela; je vous prie qu'on le lui donne". Notre-Seigneur m'exauçait, avoue-t-elle, et je trouvais aussitôt ce dont ces pauvres avaient besoin". Quels traits de sa spiritualité voyons-nous en cela? Hardiesse, confiance, foi solide en Dieu. Marie croyait que Dieu ne pouvait refuser ce qu'on lui demandait humblement et avec une totale confiance. "Qu'il te soit fait selon ta foi" lisons-nous dans l'évangile. Cela se répètera souvent chez Mère Marie. | |
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