Le « oui » de la jeune femme et de la mère


Marie est devenue femme; elle est de belle taille, comme la décrira son fils; on continue à la remarquer. Mais Marie a de plus en plus le goût de la solitude, de la prière. Elle ressent toujours son désir d'être religieuse mais n'en parle plus ouvertement à sa mère. Ses parents décident donc de la marier, projet auquel Marie ne s'oppose pas, croyant que c'est là la volonté de Dieu. Une alliance chrétienne avec Claude Martin, fabricant et commerçant de soie. Marie, douée d'un rare esprit d'ordre et d'exécution secondera son mari en ses entreprises tout en vaquant aux travaux ménagers et s'adonnant à la broderie d'or et de soie qu'elle enseignera plus tard aux Françaises et aux Indiennes.

Marie perd toute inclination (le goût de) aux passe-temps des femmes de son âge; elle se rend chaque jour à l'église, est d'une patience exemplaire. "J'expérimentais les bontés du Seigneur et obéissais sans comprendre comment cela se faisait... je ne faisais que suivre son attrait. Marie continue à dire "oui", à être fidèle  malgré les souffrances que lui apportait son union avec son mari. Dom Oury, bénédictin de Solesme qui a vécu plusieurs années au Canada et qui a beaucoup écrit sur Marie de l'Incarnation, note que ces épreuves sont assez mal connues, à part l'incapacité de Claude pour mener ses affaires et la ruine qui s'ensuivit.

Le recours principal de Marie était dans l'oraison. La prière et la confiance en Dieu sont déjà des traits marquants de sa vie spirituelle. Elle écrit: " J'avais souvent dans mes pensées ce qui m'était arrivé dans mon enfance touchant les caresses de Notre-Seigneur" (le rêve de 7 ans). Ce souvenir est un tremplin pour dire "oui"; il la fortifie.

"Ce souvenir" - son rêve - "m'attirait au désir d'être toute à lui. Je ne soupirais qu'après la sainte communication et je tâchais de prendre les moyens que je connaissais, suivant mon petit jugement," les moyens qui pouvaient servir à ce dessein, d'être toute à lui". Comme Angèle le recommande dans la Prologue de la Règle, no 10. Femme de bon sens, avons-nous dit, qui suit le chemin de la grâce, son coeur et son esprit sont attentifs à suivre ce que son "petit jugement" lui dicte.

Donc, Marie est engagée en mille services: les domestiques de son mari logent dans sa maison; elle s'occupe de leurs repas, de leurs besoins, gagne leur confiance, les éduque à de bonnes manières, un bon langage, les instruit de la foi, les invite à fréquenter les sacrements. Sa vie intérieure se reflète dans ses gestes de charité. Pas de divorce entre sa foi et ses actes.