Marie de l’Incarnation et les accommodements « C'est le Canada que je t'ai fait voir; Consacrer sa vie à bâtir une Église au Canada : cet appel ayant été sanctionné par son directeur spirituel. Marie de l'Incarnation et Marie de Saint-Joseph, sa jeune compagne, reçurent ensuite leur obédience de l'Autorité des Ursulines et de l'Archevêque de Tours pour la fondation d'une communauté d'Ursulines au Canada. La Communauté des Ursulines de Tours assumait la responsabilité d'une fondation. Jusque-là, la question ne s'était pas posée d'un choix de Constitutions, les deux Ursulines partantes étant de Tours. Bien plus, Marie crut que les autres responsables en avaient aussi jugé de même, selon le gros bons sens. Nos Prélats et nos Supérieurs qui nous y envoyant, savaient bien qu’encore que nous n'eussions été que d'une seule Maison, il nous fallait beaucoup changer de nos Coutumes, qu’il ne nous eût pas été possible de garder dans un pays tout différent du nôtre, et avec des gens tout contraires en moeurs, en naturel, en coutumes, à ceux avec lesquels nous avons été élevées. Ainsi, il est plus doux de quitter ses premières façons d'agir par nécessité, que si on le faisait par force ou par un amiable accommodement. En février 1639, Marie fit escale à Paris. Souhaitant une troisième Ursuline pour la mission canadienne, elle présenta sa demande aux Ursulines de Paris. À la veille du départ, l'Archevêque de Paris retira l'autorisation qu'il avait accordée à la Mère Hierôme de venir au Canada. Heureusement, pendant l'attente à Dieppe de vents favorables à la traversée, Soeur Cécile de Sainte-Croix recevra son obédience pour la mission. À Québec, après des concessions mutuelles, les trois missionnaires en arrivèrent à mettre sur pied une observance commune provisoire, en attendant d'avoir suffisamment d'expérience canadienne pour rédiger des Constitutions adaptées au pays. Grâces à notre Seigneur, nous n 'avons jamais eu de picques ni de prises par ensemble dans notre petite Communauté pour tous nos accommodements. Tout n'était pas réglé, loin de là ! Deux Ursulines de Paris arrivèrent à Québec en 1640, une Ursuline de Ploërmel en 1643, et deux de Tours en 1644. Les missionnaires et Madame de la Peltrie vivaient dans l'étroit logis situé près du fleuve. Leur lot : la promiscuité, la pauvreté et quatre Constitutions différentes. Ce qui est fâcheux, comme il leur est libre [aux évêques] de faire des Constitutions et des Coutumiers, ils le font de telle sorte que même dans une seule Congrégation plusieurs diffèrent en Coutumes. De plus. Marie de l'Incarnation ignorait l'influence du Père Vimont, jésuite. Supérieur des Missions de Nouvelle-France. Le fait était que, préférant les Constitutions parisiennes, il avait laissé entendre aux Ursulines, avant même le départ de Marie de l'Incarnation, que leurs Constitutions seraient adoptées à Québec; une fois rendue au Canada, la Fondatrice, abandonnée à elle-même, céderait facilement. C'était ne pas connaître l'honnêteté et la fermeté de Marie de l'Incarnation. Car, pour Marie, Tours devait demeurer la Communauté fondatrice et les Constitutions à rédiger au pays devaient respecter les Communautés d'origine, tout en comportant les accommodements nécessaires à la vie au Canada. Les nouvelles recrues ignoraient tout ce qui s'était passé [des accommodements acceptés par les trois premières arrivées], sinon qu'elles croyaient simplement que nous allions passer dans leur Congrégation et prendre leurs Règlements et tout ce qui s'ensuit. En fait, les Parisiennes étaient porteuses des opinions du P. Vimont et de leur communauté. Une situation équivoque s'ensuivit. Cette affaire, je la remets entre les mains de Dieu. Afin de faire quelque compensation d'accommodement, les Mères de la Congrégation de Paris ont pris notre habit, qui différait assez du leur, aux mêmes conditions que nous avons pris le voeu [d'instruire les filles]. Si un retour en France s'imposait un jour, tout serait annulé. Ne réussissant pas à s'adapter, une Ursuline de Ploërmel et une autre de Tours retournèrent en France en 1656. À propos de N., retournée à Tours, qui avait rapporté maladroitement, ou faussement, les faits. Marie a écrit : "Elle y mêle une certaine confusion défaits qui m'oblige à vous en donner un véritable éclaircissement. " Les deux Lettres citées datent de 1645 et de 1656. Entre temps, de pénibles événements avaient affecté Marie de l'Incarnation et la Communauté de Québec. De 1639 à 1647, Marie vit des "tentations d'aversion" du prochain. En 1651, l'incendie du monastère et sa reconstruction, alors que la dette du premier monastère n'est pas éteinte, apportent de lourdes responsabilités à Mère Marie. En 1652, après une longue maladie, survient le décès de Soeur Marie de Saint-Joseph, sa compagne du début de la fondation. Les accommodations auxquelles sont arrivées Marie de l'Incarnation et la Communauté de Québec ont été le fruit de souffrances qu'il nous est difficile d'imaginer, nous qui avons hérité du don de leur vie et de l'Église au Canada. Hélène Bélanger, o.s.u. | |
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