«M’aimes-tu?»

Un jour, chez mes parents, avec mon frère prêtre, nous avions célébré l’eucharistie. Et l’évangile était celui de ce 3è dimanche de Pâques. Mon père, très peu instruit, nous avait avoué : «Faut-il être sûr d’aimer une personne pour oser lui demander par trois fois si elle nous aime!»  Je n’ai jamais oublié cette parole et je la rumine encore pour mieux entrer dans le sentiment de Jésus.


Il est question d’amour dans cet évangile. D’un amour qui prend le temps de s’ajuster. En effet, le même verbe «aimer» est la traduction française de deux verbes différents en grec. Jésus demande à Pierre par deux fois s’il l’aime avec le verbe «agapao» et Pierre répond avec le verbe «phileo». La troisième fois, c’est Jésus qui  s’ajuste à l’expérience de Pierre. Il  lui pose la même question mais avec  le verbe employé par Pierre : «phileo».  Voilà Jésus et Pierre au même niveau de rencontre, celui de  Pierre.

Passer au niveau d’amour de Jésus, celui de l’agapè,  c’est réaliser, avec Pierre, qu’aimer Jésus, c’est aimer les autres jusqu’à donner sa vie. Je n’ose pas penser que Jésus ait voulu rappeler à Pierre ses triples reniements, ça ne lui ressemble pas. Mais je sais, par expérience, qu’il me faut souvent  écouter Jésus me rappeler que si je l’aime, je vais le manifester en prenant soin de ses agneaux et de ses brebis.  En effet, «si quelqu’un dit qu’il aime Dieu et qu’il n’aime pas son frère (ou sa soeur), c’est un menteur!» nous dira saint Jean. (I Jn 4,20) Comment en arriver là sans compter sur l’amour-agapè qui n’est pas une capacité humaine mais un don de Dieu en nos coeurs?

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