Jusqu’au bout


«La vie est belle, mais elle est difficile, vous savez!» me disent des personnes âgées. «Qu’il est difficile d’aimer », chante Vigneault!

Oui, il est difficile d’aimer. D’aimer jusqu’au bout son conjoint, sa conjointe, ses enfants, ses parents, ses voisins et voisines, ses compagnes et compagnons. Pouvons-nous  aimer vraiment sans expérimenter la «déchirure» que chante Brel?  Aimer jusqu’au bout quand vient la maladie qui défigure la beauté première. Quand vient le doute qui s’infiltre sournois dans la toute petite faille des alliances de confiance. Quand vient le temps des pertes inattendues ou celui des surprenantes glorioles. 

Jésus est réaliste dans l’évangile de ce jour. Il nous dit, en mots clairs, que nous ne pourrons pas tenir dans nos relations sans trouver une source commune où puiser l’amour qu’il faut pour nous aimer jusqu’au bout. Aucune personne, si aimante, si fidèle soit-elle, n’est  source  inépuisable de vie pour une autre. Elle arriverait vite au bout de ses biens, au bout de ses mots d’amour, au bout de son corps…épuisée et vidée.

C’est pourquoi, il nous faut vraiment, dans nos relations les plus bellement commencées, nous assurer de pouvoir toujours joindre nos mains en Présence vive de la «Source sans fond de la douceur humaine» et, les yeux clos peut-être, demander ensemble  l’amour qu’il faut pour la journée, comme l’écrit si doux Marie Noël, poétesse française. 

Il n’est certes pas facile de renoncer à compter sur nos propres  forces pour garder vives  nos relations. Jésus  s’y connaît dans la voie étroite de l’amour, il sait de quoi il parle,  car «ayant aimé les siens les aima jusqu’au bout.»  Porter ma croix, c’est peut-être prendre tout de moi, de la tête aux pieds,  et, sachant où puiser l’amour, marcher chaque jour les yeux fixés sur Jésus. 

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