MISSION DES CONSACRÉS D’HAITI
A PARTIR DU SÉISME DU 12 JANVIER 2010

Homélie par Godefroy Midy S.J le 27 février 2010

Si le tremblement de terre haïtien avait eu lieu à un autre moment de la journée ou de la nuit, je serais mort et ne serais pas présent à cette célébration du souvenir des nôtres… vous non plus, pas vrai!! Vous ne seriez pas présents…

Si le tremblement de terre haïtien avait son épicentre plus prêt de ma maison, ou bien, s’il l’avait frappée un peu plus fort et plus longtemps dans sa partie la plus vulnérable, je serais mort et ne serais pas présent à cette célébration du souvenir des nôtres… Vous non plus, pas vrai!! Vous ne seriez pas présents…

Nous sommes en tout cas vivants, vivantes, vous et moi, SANS AUCUN MÉRITE DE NOTRE PART. Nous avons alors une mission, UNE MISSION QUE DIEU NOUS DONNE, celle de vivre notre vie providentiellement protégée, POUR SERVIR, SEULEMENT POUR SERVIR. A notre vie nous devons donner toutes ses possibilités pour qu’elle grandisse en humanité et en sainteté, pour être pur don, pure générosité. Le Bon Dieu a besoin de nous pour qu’avec un cœur nouveau, un esprit nouveau, une mentalité nouvelle, nous l’aidions à construire une Haïti nouvelle.

Les textes bibliques que nous venons d’écouter : Jacques 1, 2-4. 12; Ps 90; Lc 13, 1-5 veulent à leur façon nous supplier de ne pas faire de Dieu la cause ou l’auteur du tremblement de terre haïtien. Dieu ne serait pas Dieu s’il pouvait faire une pareille chose. Si c’était Dieu l’origine de ce désastre qui est la plus grande tragédie du siècle, Jésus serait le premier à nous demander de ne pas croire en ce Dieu-là. En effet, un pareil Dieu serait le plus cynique des cyniques, le plus criminel des criminels, un véritable monstre. La méchanceté de ce Dieu-là dépasserait en cruauté celle des sadiques et des masochistes de tous les temps, car c’est Lui, Dieu qui aurait cassé mon pays et mis mon peuple à genoux.

Oh! Non, je ne veux pas, je ne voudrais jamais croire en ce genre de Dieu car Jésus nous a révélé un DIEU-AMOUR, qui n’est qu’Amour. Il n’y a pas d’autres dieux. Amour, bonté, beauté, pur don, pure générosité, tel est le Dieu de Jésus, notre Dieu. Quand nous affirmons qu’Il est tout-puissant, c’est son amour qui est tout-puissant, c'est-à-dire capable de se donner de façon infinie et gratuite jusqu'à l’extrême, jusqu'à la fin.

C’est en ce Dieu-là, en LUI SEUL, le Dieu de Jésus, en qui je crois et croirai jusqu'à la mort… Vous aussi, pas vrai! Même si le Dieu de Jésus, Père, Fils, Esprit, voulait faire le mal, soit pour se venger, soit pour nous punir, il ne le pourrait pas car il est seulement amour et ne peut qu’aimer. C’est un Dieu Innocent, le seul qui soit innocent. Il ne peut pas et ne veut pas nous crucifier. C’est nous qui avons le triste pouvoir de le crucifier et de le clouer sur la croix. Et là encore il est toujours prêt à nous pardonner car l’Amour est pardon. C’est cela l’Évangile, la bonne et joyeuse nouvelle.

Ah! QUEL BEAU BON DIEU! Ça vaut la peine de croire en Lui, de Lui faire confiance et de l’aimer. Ah! QUEL BEAU BON DIEU! Ça vaut la peine de chanter sa gloire, gloire rendue à un Dieu de toute beauté, de toute humilité et simplicité, UN BEAU BON DIEU qui donne Sens à la vie, même après un tremblement de terre, un Dieu qui nous traite avec honneur et respect comme si nous étions ses égaux. Des esclaves, il n’en veut pas. Ce qu’il veut c’est des hommes et des femmes libres, créateurs et créatrices, donneurs et donneuses de vie, beaux et belles comme Lui. Amour inconditionnel et gratuit, beauté et bonté sans faille, pardon et miséricorde, TEL EST NOTRE DIEU.

Comment parler de Lui, aujourd’hui, après le 12 janvier? Il est l’Amour solidaire qui peut être à la fois sous les débris avec ceux et celles qui sont là, invalides avec les sans jambes et les sans bras (les estropiés et les manchots), mort avec les morts, vivant avec les vivants. Il est la première victime, le premier rescapé, le premier vivant pour faire souffler l’esprit de vie vers une nouvelle Haïti et une nouvelle humanité. C’est en ce Dieu que je crois, le Dieu de Jésus. Le Dieu des quatre évangélistes et des apôtres, le Dieu de Pierre et Paul qui sont les deux colonnes de l’Église.

Comment parler de Dieu après le séisme du 12 janvier? IL EST LE DIEU DE  LA GRÂCE. Il  n’est pas le Dieu des tremblements de terre et des cyclones, ni de la faim et de la soif, ni de la pauvreté et de la misère, ni de la maladie et de la mort. Par contre, il peut faire tomber sur nous des pluies de grâces à partir des calamités et des malheurs. Voici le secret de la vie spirituelle et de notre foi chrétienne : TOUT N’EST PAS NÉCESSAIREMENT  LA VOLONTÉ  DE DIEU, MAIS TOUT EST GRACE. En d’autres termes, Dieu fera du tremblement de terre qui le fait souffrir, et qui apparemment contredit son amour, un lieu et un temps favorable de grâce. L’Amour de Dieu est fort, tout-puissant, surprenant, capable d’annoncer une bonne nouvelle à partir d’une catastrophe. Religieux (ses), consacrés (ées) d’Haïti, soyons attentifs à la grâce de Dieu, une grâce en relation avec le 12 janvier 2010.

Dieu nous donnera aussi des grâces pour de nouvelles alliances et de nouvelles missions. Une de ces missions pourrait être que Dieu nous apprenne à devenir «des blessés qui guérissent» et «des guérisseuses et guérisseurs blessés». Un joli paradoxe! Le tremblement de terre nous a tous blessés. Qu’allons-nous faire de nos blessures? Dieu nous demande de les transformer en source de bénédiction, de grâce et de guérison pour tous les blessés qu’il mettra sur notre chemin.

Si nous arrivons à connaître, nommer et accueillir nos blessures personnelles, en tant que religieuses et religieux blessés, Dieu fera de nous des guérisseurs qui agissent EN SON NOM. Nous serons des blessés à la manière  de Jésus crucifié; des guérisseuses et guérisseurs à la manière de Jésus ressuscité; des blessés faibles et fragiles à la manière de l’apôtre Paul; des guérisseurs comme Paul, lui qui a accueilli sa blessure et sa faiblesse comme un lieu de la manifestation de la gloire de Dieu. Paraphrasons l’apôtre Paul en disant : quand nous sommes blessés, c’est alors que nous sommes forts, capables de guérir.

Gloire et louange à toi, ô notre Dieu, Père, Fils, Esprit! Gloire à toi qui a le pouvoir de faire de nous «des blessés guérisseurs et des guérisseurs blessés»! Gloire à toi, le seul capable de faire à la fois du 12 janvier haïtien un jour de deuil et de mission, un jour de blessure et de guérison!