FONDATION
DE LA COMPAGNIE PAR ANGÈLE MÉRICI 1535


Le 25 Novembre 1535

Préparé durant quelques années de rencontres et de formation spirituelle, le petit groupe de vierges qu'Angèle avait dû réunir souvent dans l'oratoire d'Isabetta Prato fut admis à la Compagnie. Elles étaient vingt-huit, mais nous ne pouvons préciser quel pourcentage elles représentaient par rapport au reste des aspirantes en période de formation; il nous est également impossible d'indiquer le milieu social auquel elles pouvaient appartenir.

Nous avons déjà dit pourquoi Angèle avait choisi le 25 Novembre: c'était la fête de la martyre sainte Catherine d'Alexandrie, au doigt de laquelle le Christ avait glissé l'anneau nuptial; c'était aussi l'anniversaire de son retour à Brescia après le pèlerinage en Terre Sainte.

Doneda écrit: «Il ne ressort pas qu'on ait suivi un autre cérémonial que celui d'écrire les noms des vierges sous la date citée plus haut dans un petit livre préparé à cette fin et qui existe encore aujourd'hui ». Il précise en note: «On conserve dans les Archives de la Compagnie un petit livre de format in-quarto, à la couverture en carton blanc, qui porte à l'extérieur l'inscription suivante:

« 1535. Jour du 25 Novembre

Dans ce petit livre sont inscrites toutes les vierges qui se réclament de la Compagnie de Sainte-Ursule; elles se réunissent tous les vendredis du mois pour la Sainte Commu¬nion, et tous les derniers dimanches du mois pour écouter la lecture de la Sainte Règle dite de Sainte-Ursule".

Dans ce petit livre sont inscrits les noms de toutes les sœurs de la Compagnie qui y entrèrent en 1535, 1536, 1537 et 1538, de la manière suivante:

« 1535. Jour du 25 Novembre.
La Révérende Mère Sœur Angèle",

Celle-ci est la Bienheureuse Fondatrice. Après elle, en suivent d'autres au nombre de 28. La même méthode est adoptée pour les trois années qui suivent:

« 1536. Jour du 25 Novembre". etc.»

On ne dit pas si la cérémonie se déroula dans l'oratoire de la place du Dôme ou à Ste-Afre. Doneda, cependant, n'a pas d'hésitations: ce fut dans l'église paroissiale près de laquelle Angèle habitait et où se trouvait son confesseur, le Père Serafino de Bologne, chanoine du Latran. Faino, lui, avait supposé que l'acte d'admission à la Compagnie avait eu lieu dans l'oratoire d'Isabecca Prato. Nous n'avons découvert aucune documentation à ce sujet.

Aucun doute ne demeure, par contre, à propos de la date, bien qu'il soit as¬sez fréquent de trouver, chez des auteurs anciens et même çà et là dans les pages des Procès, l'année 1537 comme étant celle de la fondation de la Compagnie. Ce fait s'explique facilement si l'on pense qu'eut lieu cette année-là le premier Cha¬pitre général; son but était d'élire une représentante légale qui aurait le droit d'a¬gir au nom de la Compagnie. Le 18 Mars 1537, Angèle fue élue mère, ministre et trésorière à vie, et cela à l'unanimité: «et viva voce et nemine discrepante».

Le procès-verbal de cette première assemblée capitulaire rapporte le nom des présents et celui des personnes élues aux différentes charges.

Il serait intéressant de pouvoir identifier quelques-unes au moins des soixan¬te-quinze vierges énumérées; mais cela exigerait des recherches prolongées parmi les «polizze d'estimo». Nous avons déjà remarqué un peu plus haut la présence de Maria, fille de Bertolino de Leno; nous y reconnaissons Flora, servante de Gi¬rolamo Patengola, déjà mentionnée, qui avait 43 ans en 1537. Nous y rencontrons la ou les servantes de certaines personnalités de l'aristocratie ou du monde politique: Giovanni Chizzola, Girolamo Patengola, Tomaso Gavardo, Maria Avogadro et Lucrezia Luzzago.

La classe sociale à laquelle appartiennent les vierges n'est pas toujours indi¬quée; mais quand l'acte notarié la précise, l'échantillon qu'il offre révèle à ce sujet une grande variété; cinq filles d'orfèvre et une fille de commerçant en épi¬ces et parfums; des filles de boulangers et de métayers; celle d'un ser Daniele Fruscato, prabablement homme de loi, et aussi la sœur du révérend don Bernar¬dino Grossi.

Et toutes «unies et vivant ensemble dans la concorde, n'ayant toutes qu'un seul vouloir et se tenant sous l'obéissance de la Règle, car tout est là».

La fondation semble bien revivre dans la splendide toile du Romanino, «Sposalizio di santa Caterina», qui se trouve aujourd'hui à la Brooks Memorial Gallery de Memphis (Tennessee, USA), collection Kress, et qui appartenait jadis à la collection Maffei de Brescia. Elle mesure 153x207,7 cm.

Giovanni Vezzoli y voit une intention commémorative précise: le mariage mystique de la Sainte que l'on fêtait le 25 Novembre rappellerait la date de la fondation de la Compagnie.

Catherine, agenouillée, reçoit l'anneau que lui glisse au doigt l'Enfant Jésus tenu sur les genoux de la Madone au centre du tableau. Saint Laurent, à gauche, pourrait reproduire, selon le même Vezzoli, les traits de Lorenzo Muzio qui avait approuvé la Règle le 8 Août 1536. À droite, derrière la Vierge, sainte Ursule, debout, tient son étendard blanc marqué de la croix, tandis qu'Angèle, vêtue en Tertiaire franciscaine, joint les mains, agenouillée.

Rossana Bossaglia pense que cette toile a dû être peinte durant la période centrale de Gerolamo da Romano, c'est à dire aux environs de l'an 1530. Et cela «à cause des reflets argentés dans le déploiement des étoffes, à cause aussi de la façon dont la Sainte est caractérisée (...) ainsi que la Vierge, avec une finesse qui rappelle celle de Cranach, ce qui contribue encore à l'insérer dans la période de Crémone. La coiffure de la Vierge, un turban absurde et magnifique qui semble venu tout droit du Bramantino, et l'atmosphère nocturne pleine de reflets lumi¬neux isolent l'œuvre dans la carrière de notre peintre. Si nous voulions apercevoir dans ce goût du nocturne un certain savoldisme, nous devrions alors reporter ce tableau bien plus avant dans le temps, mais nous ne saurions trouver en ce cas une place adéquate où le situer. Madame Ferrari, Romanino p. 47, penche pour une date postérieure à 1535 car les figures de Ste Angèle Merici et de Ste Ursule, rassemblées à droite, s'expliquent par la fondation de l'Ordre des Ursulines de Ste Angèle qui est de 1535.