Soeur Noëlla Gaudreault

Les 2 et 3 août derniers, d’heureuses circonstances m’ont permis de participer à la rencontre annuelle des Gautreau d’Amérique. C’était la première fois que je pouvais le faire même si je suis inscrite comme membre depuis déjà plusieurs années. J’ai beaucoup apprécié me retrouver au milieu de MA FAMILLE ÉLARGIE. Dans les personnes que j’y ai rencontrées, j’ai pu toucher du doigt la fraternité, la fierté, la joie que les mots du Père Jacques nous font si bien chanter. Avec vous, en parcourant l’Ile d’Orléans ou Charlesbourg, je me suis sentie fière de mes ancêtres et reconnaissante pour ce qu’ils ont eu le courage de réaliser.

Ces lignes veulent répondre à la question qui m’a été posée : « Qu’est-ce que vous faites au Japon? Pourquoi le Japon? Pourquoi y restez-vous? » Je suis missionnaire au Japon depuis 1959. Très succinctement, je vous dirai donc pourquoi j’y suis venue et pourquoi je désire y rester encore.

Avec leur culture, nos ancêtres ont apporté la foi catholique en Amérique et cette foi m’a nourrie depuis mon enfance. À 20 ans, j’ai choisi la vie religieuse comme chemin de vie en me joignant aux Ursulines de Québec que j’avais connues au cours de mes études à Roberval. Leur vie donnée à Dieu et à la jeunesse correspondait à ce que je portais au fond du coeur. Au Noviciat, la religieuse responsable de notre formation revenait de plusieurs années de service au Japon et elle m’a, de toute évidence, communiqué son feu missionnaire, le désir d’aller là ou Jésus-Christ est moins connu pour collaborer à la transmission de son message d’amour universel. C’était ma façon d’exprimer ma reconnaissance pour le don de la foi reçu et entretenu dans ma famille et au sein de mon Église locale. Il y aura 50 ans en 2009 que je suis ici et ce feu ne s’est jamais éteint. Il a pris des allures différentes selon les tâches qui m’étaient assignées mais toujours en lien avec la mission de l’éducation chrétienne dans les écoles.

Dans un pays ou la population chrétienne est très minoritaire, (1 catholique sur 400 de population) l’École catholique au Japon est considérée par l’Église comme un lieu privilégié d’évangélisation, un environnement qui veut favoriser la rencontre avec Jésus-Christ, « chemin, vérité et vie » (Jn.14 :6) pour toute personne humaine. Évidemment, nous dépendons du Ministère de l’Éducation pour les programmes scolaires réguliers, mais l’École privée a toute liberté de travailler selon ses propres convictions. Toutes les religions ont leur place. Nous affichons donc clairement nos couleurs comme école catholique et l’objectif de notre éducation affirme qu’elle est basée sur la vision chrétienne de la personne et du monde. Les personnes qui viennent chez nous le savent, le choisissent et nous rencontrons beaucoup de sympathique ouverture. Personne ne résiste à l’attrait de Jésus-Christ lorsqu’on Le rencontre vraiment.  De là à se faire chrétien, c’est une autre question cependant.

Dans ce contexte, comment essayons-nous de réaliser notre objectif? En investissant pour la formation de notre personnel selon nos valeurs éducatives chrétiennes, qui sont en fait des valeurs universelles et en élaborant un programme de formation religieuse pour nos élèves, programme adapté à leur âge. Ceci comprend une prière faite ensemble chaque matin à l’aide d’un micro qui rejoint toutes les classes, une heure d’enseignement religieux par semaine dans chaque classe et surtout l’encouragement à prendre dans le message de Jésus-Christ des bases solides pour leur vie d’aujourd’hui et de demain.

Réussissons-nous? C’est LA question. Un groupe de chercheurs d’une Université catholique dirigée par les Jésuites ont essayé de cerner des critères d’évaluation pour mesurer le succès de notre action évangélisatrice. Leur conclusion s’est exprimée ainsi : a) qu’à peu près 10% des personnes qui auront fréquenté les écoles catholiques  choisissent de se faire disciples de Jésus-Christ par le baptême au cours de leur vie. b) 80% des gradué-e-s peuvent ne jamais se rendre au baptême mais ils-elles puisent dans le message de Jésus-Christ des principes pour guider leur vie quotidienne. c) il se peut que 10% demeurent totalement imperméables au message.  En suivant la trace de nos gradué-e-s, ces critères ne sont pas une utopie. Chaque année, nous recevons des messages de personnes qui se sont engagées définitivement dans la foi catholique en développant la semence reçue au cours de leurs études. Ça nous encourage à continuer de SEMER. Nous avons suffisamment de preuves qui nous disent que nous ne SEMONS pas en vain. Mais il faut penser à long terme. La récolte ne nous appartient pas.

Personnellement, à l’heure actuelle je n’enseigne plus, je collabore à l’administration de 2 écoles. Une maternelle de 80 enfants de 3, 4 et 5 ans et une école secondaire mixte de 450 élèves (10e, 1le et 12e années). Cette année, 5 de nos élèves seulement sont catholiques. Et le personnel? Une infime minorité est chrétienne. Parfois, je trouve que nos collaborateurs et collaboratrices sont des « disciples de Jésus-Christ non-baptisés » !!! Dans une atmosphère imprégnée de la famille ursuline internationale, je suis heureuse de continuer à apporter ma petite part dans cette oeuvre grandiose qui consiste à favoriser un environnement pour la rencontre de Jésus-Christ, « chemin, vérité et vie » pour chacun-e de nous sur terre.

Je vous dis « au revoir ». À la prochaine rencontre! Et si vous en avez le goût, notre site pourra vous en dire davantage à www.ursula.ac.jp