Chers Associé-e-s de tous les pays de l'Union canadienne,

Bonjour et chaleureuse bienvenue à chacun et chacune de vous ! Je suis particulièrement heureuse de vous saluer ce matin et de me retrouver au milieu de vous pour partager un temps de ressourcement, alors que se préparent le premier Congrès international de l'Association et le onzième Chapitre général de l'Union canadienne. Votre présence joyeuse, nombreuse, généreuse, parle de la vitalité du charisme qui nous réunit. Le Seigneur est avec nous. Sainte Angèle aussi bien sûr, plus vivante que jamais et Marie de l'Incarnation, heureuse de nous  voir réunis sur sa terre d'adoption.

Ces jours sont une occasion précieuse d'approfondir nos appels respectifs, dans le prolongement du même charisme, hérité d'Angèle Mérici et transmis par Marie de l'Incarnation.

On m'a proposé pour ouvrir ces deux jours de réfléchir avec vous ce matin sur votre vocation d'Associé-e-s, vivant le charisme d'Angèle Mérici dans le monde d'aujourd'hui, à la lumière des paroles de Jésus dans l'Évangile de Jean au chapitre 17, 13 -19.

Je vous partagerai dans un premier temps quelques réflexions, intuitions qui me sont venues à la lecture de ce texte si dense. Nous prolongerons ensuite la réflexion par petits groupes et nous terminerons par une mise en commun de nos partages, comme une distribution de cadeaux.

Je regrouperai mes réflexions autour des deux pôles suggérés par les paroles mêmes de Jésus et qui décrivent la dynamique de la vie chrétienne, de la vie de baptisée et aussi d'associée au charisme d'Angèle Mérici.

Il y a une véritable tension entre ces pôles, comme entre les pôles d'une pile électrique, qui s'attirent, se complètent, se renvoient l'un à l'autre, créant ainsi une force, une énergie. Ces deux pôles constituent un véritable paradoxe que Jésus accentue en les répétant. Quel est ce paradoxe, cette tension ? C'est qu'il s'agit d'être dans le monde, tout en n'étant pas du monde. Le Père Simon Pierre Arnold aime ajouter : et être pour le monde.

Être dans le monde

Au moment de passer de ce monde à son Père, Jésus, en Jean 17, 13-19, nous révèle quel est son lien avec le monde, et donc quel est le nôtre, comme disciples marchant à sa suite.

Relisons-le...

Père, « maintenant je dis cela dans le monde avant d’aller vers toi, pour que ma joie soit tout entière en eux. Je leur ai donné ta Parole et le monde les a détestés, car ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. Je ne te demande pas de les enlever du monde mais de les garder du Mauvais. » (Jean 17,13-19)

Ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. Rends-les saints grâce à la Vérité : ta Parole est Vérité.

Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les envoie dans le monde, et maintenant je me consacre pour eux, de façon qu’eux aussi soient consacrés dans la Vérité.

Ce texte que nous venons de lire arrive à la fin de l'évangile de Jean, à la fin du dernier repas de Jésus, au moment où il prie son Père, sachant que son heure est venue de passer de ce monde à son Père ( Jn 13,1)

Or, ce texte résonne comme un écho aux premières lignes du même évangile qui annonçaient la venue du Verbe dans le monde et le sens de cette venue.

Ce qui est affirmé par Jésus, le soir de son dernier repas, était déjà présent dans le Prologue de Jean.

Dans les deux textes, il est question du choix du Fils de Dieu d'être dans le monde, mais aussi d'un monde qui refuse de le recevoir.

Reprenons ce texte du Prologue de l'Évangile de Jean...

Qu'est-ce qui est dit dans ce texte sur le lien du Verbe, i.e. de Jésus, avec le monde ?

D'abord que le monde a été fait par lui (v.10) donc que le monde est bon. Le monde est voulu par Dieu qui le crée librement, il est aimé de Dieu.

Plus encore, le monde est la demeure de Dieu. Le Fils unique du Père entre dans ce monde comme chez lui : Il est venu chez lui (v. 11) dit le texte.

Il est dit aussi que le Verbe entre dans le monde, non comme un étranger, un lointain visiteur, quelqu'un de passage, mais comme celui qui vient habiter chez nous, et plus encore qui se fait chair, qui  prend notre humanité : Le Verbe s'est fait chair, Il a habité parmi  nous, et nous avons vu sa gloire. (v. 14)

C'est en toute vérité que Jésus peut dire au soir de sa vie: Je dis ces choses encore présent dans le monde. Ce « dans le monde » a caractérisé toute sa vie, sa manière d'être, de vivre, de parler, de se comporter. Jésus n'a pas vécu dans un monde séparé, protégé, à part. Il a fait choix d'être dans le monde, dans ce monde. Il a partagé intégralement les conditions de vie de ses contemporains. Il a été citoyen de Nazareth où il a gagné sa vie comme charpentier. Il était bien intégré et adapté à la vie de son village. Il parlait la langue de son pays, il partageait la sensibilité, la culture de son peuple. Il a été reconnu comme un homme à son comportement, dira Paul aux Philippiens (2,7). Pleinement humain, pleinement incarné, pleinement dans le monde.

Dans ses paraboles, Jésus parle d'un Royaume présent dans le monde et pour le monde : ainsi, le Semeur qui jette sa semence dans la terre, le levain qui est mis dans la pâte, le sel qui est pour la terre, la lumière qui est placée pour qu'on la voit, qui brille pour le monde.

Une spiritualité qui nous éloignerait des réalités humaines quotidiennes, qui viserait plus ou moins à nous faire échapper à la condition humaine dans toute son ambiguïté et sa complexité, qui nous épargnerait la présence dans le monde et pour le monde, serait-elle évangélique, serait-elle fidèle au mystère de l'Incarnation ?

Si le grain de blé n'est pas jeté en terre pour y mourir, il reste seul...( Jn 12,24 )

L'incarnation, sainte Angèle l'a prise au sérieux. On a conclu de sa vie qu'elle avait une spiritualité de l'incarnation. Elle non plus, elle n'a jamais vécu dans un monde séparé, à part. Elle a été citoyenne de Desenzano, puis de Brescia. Elle a cultivé la terre de son pays. Elle a vécu au milieu des siens. Elle connaissait bien la société qui l'entourait et où elle était pleinement insérée. Elle l'a aimée avec ses grandeurs et ses misères. Elle a voyagé aussi, et pas en première classe, mais plutôt en pèlerine, en compagnie de bien du monde. Elle a côtoyé toutes sortes de personnes : des paysans, des citadins, des nobles, des soldats, des hommes et des femmes, des illettrés et des gens instruits, des jeunes et des gens d'âge mûr.

Sainte Angèle, on le sait, n'a jamais habité un monastère. Elle a vécu sa foi, son engagement baptismal, le don total d'elle-même à Dieu en plein cœur du monde.

Adulte, elle a vécu dans sa ferme natale puis chez d'autres, dans de petits appartements de Brescia entre autres, où elle pouvait recevoir les gens. Elle a partagé avec ses contemporains leurs activités les plus significatives.

Puis sa foi dans l'Incarnation du Fils de Dieu l'a amenée à comprendre que Dieu l'invitait à commencer un nouveau mode de vie dans l'Église, une Compagnie de femmes consacrées à Dieu qui vivraient au cœur du monde, là où elles étaient déjà, dans leur maison de famille ou de travail.

Angèle n'a pas eu peur du monde où Dieu lui-même est venu habiter. Elle y a envoyé ses filles. On pense aux paroles de Jésus :

Comme tu m'as envoyé dans le monde,
moi aussi je les ai envoyés dans le monde.
   Jn 17,18

Ce n'est pas pour y accomplir des actions d'éclat qu'Angèle a envoyé ses filles dans le monde, mais pour qu'elles y vivent comme le levain dans la pâte, comme la semence dans le champ. Leur discrète présence contribuera à la transformation du monde par un amour bien incarné dans les tâches, les gestes, les décisions de tous les jours.

Au cœur de ce monde, Angèle ne nous a pas dit quoi faire mais comment être, et surtout comment être en relation avec les personnes, pour qu'elles se découvrent uniques, importantes et aimées de Dieu.

L'histoire a finalement transformé les Ursulines en moniales, mais notre enracinement dans le mystère de l'incarnation est demeuré. Depuis Vatican II, il nous ramène providentiellement à cette profonde intuition de notre mère Angèle que notre place est au cœur du monde.

Combien plus encore est-ce là votre place, Associé-e-s au charisme d'Angèle Mérici, porteurs et porteuses de son appel à vivre au cœur du monde pour transformer le monde par le dedans !

N'ayons pas peur de vivre au monde
Dieu nous a devancés
N'ayons pas peur de vivre au monde
Où Dieu même s'est risqué
    (Jean Servel)

Un nom, c'est une vocation. Et Marie de l'Incarnation porte bien le sien... Avec un amour passionné pour le Verbe incarné, elle a pleinement vécu sa propre condition humaine et s'est faite proche de celle des autres.

Épouse, mère, veuve, chef d'entreprise aux multiples responsabilités, voyageuse, missionnaire, pionnière, fondatrice dans un pays où rien n'était acquis, elle a été constamment plongée dans les réalités concrètes de la vie, forgée par elles, et c'est là qu'elle a rencontré Dieu. Ce n'est pas dans un cadre privilégié, protégé que Marie Guyart a vécu une profonde intimité avec Lui mais au cœur de son intense activité humaine. Et ses grandes expériences spirituelles, elle les a vécues en plein monde, avant même d'entrer chez les Ursulines.

Marie n'avait pas deux vies. Elle rencontrait Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu, au coeur de la vie¨tout court, en y étant profondément engagée.

Qu'en est-il de vous, chères Associées, qui avez reçu l'appel à vivre le même charisme qu'elle au cœur de votre réalité humaine et sociale quotidienne ?

Votre appel n'est pas de partager la vie des Ursulines mais de vivre, d'incarner, de porter le même charisme que nous, là où nous ne sommes pas. Vous êtes appelées à privilégier la vie au cœur du monde et à transformer la société par votre présence immédiate, votre engagement quotidien, comme Marie de l'incarnation sur les quais de la Loire, comme Angèle Mérici dans les rues de Brescia.

Il se peut que vous vous retrouviez dans les mêmes lieux de mission que les Ursulines, dans nos écoles par exemple, mais ce n'est pas nécessaire. Votre appel se vit dans vos maisons, dans vos divers milieux, au cœur de vos rencontres, de vos engagements  de famille, de travail, de société. 

Votre manière d'être dans le monde puise à la même source que la nôtre mais elle s'incarne autrement. C'est là votre couleur propre, votre don particulier. S'il arrive que notre vie vous inspire, nous avons aussi besoin d'être inspirées par la vôtre, par votre manière de rencontrer le monde.

En ce pays qui est le mien
Je voudrais tant porter ton nom 
   (Robert Lebel)

Le charisme d'Angèle Mérici transmis à Marie de l'Incarnation les a donc amenées toutes deux à vivre près de leur peuple, dans une profonde ouverture et un immense intérêt pour tout ce qui le concernait. Leur choix de vivre proche, de vivre avec, a été au départ de leur annonce de la Bonne Nouvelle. Marie de l'Incarnation a traversé les mers pour se faire proche.

Et vous, comme baptisé-e-s, comme Associé-e-s à leur charisme, à leur spiritualité d'incarnation, à leur mission de témoigner de la proximité de Dieu, comment vivez-vous avec votre monde ?

Je vous pose la même question qu’à nous. Ce monde que Dieu aime, ces personnes que nous côtoyons, voient-ils assez que nous sommes avec eux, que nous sommes des leurs, que nous partageons leurs défis ? Il nous est bon de reprendre cette affirmation de Vatican II au début du texte au titre significatif L'Église dans le monde de ce temps : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes et des femmes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux et celles qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ... La communauté des chrétiens se reconnaît réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire » G. S. I

Si nous sommes ouvert-e-s à des rencontres vraies, non seulement nous pourrons contribuer à la transformation du monde, à la guérison des relations, mais le monde nous transformera aussi, il nous humanisera dans une féconde réciprocité.

N'ayons pas peur de vivre au monde
Dieu nous a devancés
N'ayons pas peur de vivre au monde
Où Dieu même s'est risqué
       (Jean Servel)

Sans être du monde

Venons-en au deuxième pôle que le texte évangélique annonçait, celui qui crée la tension, le paradoxe. Puisqu'en même temps qu'il est si profondément et si réellement dans le monde, Jésus dit : Je ne suis pas du monde. Et il le dit de nous aussi : Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. 

Réfléchissons un peu sur ce que peut signifier  ne pas être du monde.

Nous l'avons vu, « il ne s'agit pas de comprendre notre vocation baptismale comme une séparation de l'histoire concrète du monde mais plutôt de nous voir engagés dans la transformation de l'histoire en vue du Royaume... Notre baptême implique la décision de nous incarner dans l'histoire à la manière de Jésus... Nous rejetons la tentation de nous séparer de la vie humaine telle qu'elle est... » (Simon Pierre Arnold, Au risque de Jésus Christ, pp.95-96)
 
Mais il y aura toujours une sorte de tension.

Car si nous sommes appelés à être présents dans le monde assez pour y être significatifs, nous ne sommes pas pour autant identifiés au monde. Si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on ? (Mt 5,13)

Nous ne sommes pas étrangers au monde, mais nous ne lui appartenons pas. Et nous risquons de devenir dérangeants pour le monde, si nous avons vraiment du sel en nous.

Nous vivons pleinement au cœur du monde, mais nous sommes citoyens d'un Royaume qui n'est pas de ce monde.

Nous sommes à la fois en communion et en rupture.

Et si nous ne ressentons pas cette tension, cette rupture même, nous pouvons nous poser des questions. Nous aurons toujours à reconnaître pour les rompre certaines alliances ambiguës, certaines connivences inavouées que nous avons avec le monde. C'est sur le terrain de notre propre cœur que nous vivrons d'abord un combat. Le monde n'est pas extérieur à nous. La frontière entre le monde fermé à Dieu et le monde ouvert à  son amour passe par nos propres cœurs.

Mais quel est donc ce monde dont nous ne sommes pas, dont nous ne voulons pas être, dont nous ne pouvons pas être en tant que disciples de Jésus ? Quel est ce monde dont Jésus dit : Je ne suis pas de ce monde ...Ils ne sont pas de ce monde.

Ce monde, c’est le monde hostile à Dieu, celui des contre-valeurs, celui du mensonge et de la tromperie, de la méfiance et de la concurrence, de la possession effrénée, de la richesse qui ferme le cœur et qui exclut, du pouvoir qui se fait domination, abus et exploitation de l'autre, c’est le monde de l'économie aveugle qui ignore et écrase la personne, c'est le monde du chacun pour soi, dominé par la recherche de la satisfaction et du valoir, c'est le monde dans ce qu'il a d'orgueilleux et de prétentieux, de violent et de fermé, c'est le monde qui ne connaît pas Dieu, le monde qui ne reçoit pas Dieu.

De ce monde, Jean dit dans son Prologue:

Le Verbe était dans le monde
et le monde ne l'a pas connu (Jn 1,10)

Et Jésus ajoute, au dernier soir :

Le monde les a pris en haine
parce qu'ils ne sont pas du monde
Comme moi, je ne suis pas du monde (Jn 17,14)

Est-ce une raison pour fuir ce monde ? Ce n'est pas le choix de Jésus, ni pour lui, ni pour nous.

                        Père, je ne te prie pas de les retirer du monde
                                    mais de les garder du Mauvais...
 
Et il rassure ses disciples :

Dans le monde, vous aurez à souffrir
mais gardez courage, j'ai vaincu le monde (Jn 16,33)

Il ne s'agit pas de rechercher l'affrontement, de provoquer, mais il est certain que, si nous sommes cohérents avec ce que nous sommes, le monde n'aimera pas ce qui ne vient pas de lui, ce qui le remet en question dans nos choix, nos valeurs, notre manière de vivre.

Cependant, il ne faudra pas chercher à tracer une ligne trop droite, trop dure, entre le pur et l'impur ... Les situations humaines sont souvent complexes, ambiguës. De l'ivraie et du bon grain, Jésus dit : « Laissez-les croître ensemble jusqu'à la moisson »…
( Mt 13,30 )

 « Nous sommes citoyens d'une époque, conditionnés par elle, situés en elle ...en nous s'entrecroisent les valeurs et les contre-valeurs de notre temps.. » ( Arnold, p.96)

Cependant, comme témoins du Royaume, « nous sommes appelés à être reflet, critique,   réponse modeste aux questions de nos contemporains, aux inquiétudes de l'humanité en marche… Nos essais pour comprendre et donner une réponse évangélique aux difficiles questions et défis de nos frères et sœurs en humanité sera notre vraie sainteté », dit le Père Arnold. ( Arnold, pp.96-97)

Pour cela, nous avons besoin que l'Esprit nous aide à comprendre toujours mieux le projet de  Dieu sur le monde. «  Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3,16)

Angèle, par son expérience de la vie, connaissait bien ce monde auquel ses filles seraient confrontées. Elle en parle en termes de ténèbres, comme d'un monde misérable, et elle invite à la vigilance.

Mais surtout, face à ce monde des ténèbres, elle propose des attitudes de lumière : la pureté du cœur, la simplicité, la bienveillance, la confiance, la collaboration, le respect des personnes une à une, une manière d'aimer libre, gratuite et universelle, le pardon pour la guérison des relations, la recherche passionnée de la concorde et de l'unité.

Quant à Marie de l’Incarnation, c’est avec beaucoup de réalisme qu’elle décrit les grandeurs et les vicissitudes de ce nouveau monde dans lequel elle apparaît comme une vraie sentinelle.

Le charisme que nous partageons avec ces deux grandes femmes nous équipe donc pour vivre au cœur du monde comme des hommes et des femmes de lumière.

« Le fait de nous rencontrer devrait être pour toute personne une étincelle de compréhension nouvelle, de libération, une heureuse et féconde découverte de nouvelles veines de vie dans l'épaisseur du mystère humain…quelque chose de neuf, un air frais, un climat renouvelé de véritable Évangile, une invitation à se réconcilier avec l’espérance d’une humanité différente et joyeuse »… (Arnold, p.100)

En conclusion : être pour le monde

Si le mélange de l'ivraie et du bon grain nous invite à la vigilance évangélique, c'est  surtout pour saisir les signes de la présence et de l'action de Dieu au cœur de ce monde appelé à la joie du salut. Car Dieu agit en ce monde, Dieu aime ce monde à qui Il a donné son Fils unique. « Telle est la foi et la mission de l'Église : annoncer les germes du Royaume déjà présents dans l'histoire humaine, pour préparer, accueillir et développer dans l'histoire le « pas encore » de ce Royaume. » (Arnold, p.99) Car finalement, le Royaume est pour le monde, pour l'humanité. Vatican II nous a  ramenés comme Église à un Royaume dans l'histoire et non en dehors d'elle.

Car à quoi sert le levain s'il n'est pas pour la pâte ? On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller aux yeux des hommes pour que, voyant vos bonnes œuvres, ils en rendent gloire à votre Père qui est dans les cieux (Mt 5,15)
 
Oui, vraiment, si nous sommes dans le monde, sans être du monde, c'est pour le monde.

Père, comme tu m’as envoyé dans le monde,¸
moi aussi je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me consacre moi-même
afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité. (Jn 17,19)

                                                   
                                                   Louise Gosselin, o.s.u.
                                                   Supérieure générale

St-Augustin, le 2 juillet 2010