 Qu’arriverait-il si nous décidions de passer des besoins qui engendrent l’envie de consommer toujours plus au désir qui est, en nous, faim ou soif profonde de communion? Peut-être ce qui arrive dans l’Évangile de ce jour…
Au lieu de renvoyer les gens vers des lieux où trouver de quoi consommer, peut-être les inviterions-nous à prendre le temps de s’asseoir pour former de petites communautés. Puis, éveillés à la dimension verticale, à la richesse inépuisable de l’amour reçu en héritage, nous verrions nos mains s’ouvrir à la libre circulation des biens entre tous. Je suis sûre qu’il en resterait encore plusieurs corbeilles pleines.
Les pains et les poissons, symbole de ce que nos mains pétrissent et de ce que la nature nous donne, sont destinés à faire un monde nouveau, monde de justice, de fraternité, de communion. Dans la foi, nous affirmons que tout nous est donné par Dieu pour être donné. Comme dit le proverbe chinois : «ce qui n’est pas donné est perdu». Notre pain et notre vin, symboles quotidiens d’un univers en transformation sous la poussée du levain ou du ferment qu’est le Souffle de Dieu, Jésus les prend dans ses mains et reconnaît que c’est son corps et son sang… «Ceci est mon corps livré pour le monde; ceci, c’est mon sang versé pour la multitude!»
Attention, respect et justice vont ensemble. Car l’univers, corps de Dieu, est nourriture pour les yeux, pour les oreilles, pour l’intelligence et pour le coeur, pour le corps et pour l’âme, pour le plaisir et pour la justice. Nous sommes donnés en nourriture les uns, les unes aux autres. «L’oeuvre eucharistique, écrit Maurice Bellet, c’est le bon-à-manger». Jésus qui s’est donné lui-même à manger nous demande de le faire nous aussi en mémoire de lui.
«Depuis les mains qui en pétrissent la pâte jusqu’à celles qui la consacrent, la grande Hostie universelle ne devrait être préparée et maniée qu’avec adoration. » écrit Teilhard de Chardin.
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